Société

Tunisie : Ces petits métiers qui fleurissent pendant la saison estivale

Avatar photo
  • 4 août 2026
  • 8 min de lecture
Tunisie : Ces petits métiers qui fleurissent pendant la saison estivale

Lorsque les températures grimpent et que les plages se remplissent, une autre saison s’ouvre en Tunisie : celle des petits boulots d’été. Derrière les cartes postales des stations balnéaires, les terrasses bondées et les médinas animées, une économie saisonnière se met en marche. Chaque année, des milliers de jeunes, étudiants, lycéens ou jeunes diplômés profitent des deux ou trois mois de vacances pour décrocher un emploi temporaire ou exercer une activité de rue. Pour les uns, il s’agit de financer les études, d’acheter un ordinateur, de préparer la prochaine rentrée universitaire ou de soulager le budget familial. Pour d’autres, ces emplois constituent une première immersion dans le monde du travail, une occasion d’acquérir de l’expérience et d’apprendre les exigences de la vie professionnelle.

La Presse — Mais l’été tunisien ne se résume pas aux offres d’emploi publiées par les hôtels ou les cafés. Il fait également revivre tout un univers de métiers traditionnels, parfois modestes, souvent informels, mais profondément ancrés dans le patrimoine populaire. Ce sont eux qui donnent aux soirées estivales leur couleur, leur parfum et leur animation.

Le symbole le plus emblématique demeure sans conteste le machmoum, ce petit bouquet délicatement tressé à partir de fleurs de jasmin ou de fell. À la tombée de la nuit, alors que la chaleur s’atténue et que les familles envahissent les promenades, les jeunes vendeurs apparaissent dans les rues avec leurs paniers d’osier garnis de bouquets fraîchement confectionnés.

Leur silhouette fait partie du décor estival. Ils circulent entre les terrasses des cafés, abordent les promeneurs avec discrétion, proposent leurs bouquets aux couples, aux touristes ou aux habitués des cafés. Quelques dinars suffisent pour repartir avec un concentré de parfum qui accompagnera la soirée.

On les rencontre dans les ruelles de la médina de Tunis, autour de Bab Bhar, sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, sur les avenues de La Marsa ou de La Goulette, mais également dans les stations balnéaires de Hammamet, Sousse, Monastir, Mahdia ou Djerba. À Nabeul et à Dar Chaâbane El Fehri, réputées pour leur production florale, la confection des machmoums constitue même une véritable activité familiale pendant toute la saison estivale.

Pour certains jeunes, cette activité dure seulement quelques semaines. Pour d’autres, elle se transmet de père en fils. Dès les premières heures de la journée, les fleurs sont cueillies avant que la chaleur ne les altère. Elles sont ensuite minutieusement assemblées selon un savoir-faire ancestral qui exige patience, dextérité et rapidité. Le soir venu, les bouquets prennent le chemin des rues, des plages, des festivals, des cafés et des lieux touristiques où la demande atteint son maximum.

Autre incontournable des soirées d’été : le bambalouni. Ces célèbres beignets, frits à la minute puis généreusement recouverts de sucre, attirent chaque soir des files de gourmands. À Sidi Bou Saïd, La Goulette, Hammamet, Sousse ou Djerba, les échoppes spécialisées ne désemplissent pas.

Le spectacle est toujours le même : un artisan façonne la pâte à la main, lui donne sa forme caractéristique avant de la plonger dans une huile frémissante. Quelques secondes plus tard, le beignet ressort doré, croustillant à l’extérieur, moelleux à l’intérieur. Il est aussitôt saupoudré de sucre et servi brûlant. Pour beaucoup de Tunisiens, il est impossible d’imaginer une soirée estivale sans déguster un bambalouni face à la mer.

Les ftayers connaissent eux aussi un regain d’activité. Ces galettes farcies, préparées devant les clients, séduisent aussi bien les habitants que les touristes. Les vendeurs de glaces, de boissons fraîches, de maïs grillé, de fruits découpés ou encore de fruits secs profitent eux aussi de l’affluence estivale. Sur les plages, ils parcourent des kilomètres chaque jour, transportant glacières, chariots ou paniers afin de répondre aux envies des vacanciers.

À la tombée de la nuit, les promenades du front de mer changent de visage. Les terrasses débordent de clients, les enfants réclament une glace, les musiques s’échappent des cafés et les marchands ambulants multiplient les allées et venues. Une véritable économie parallèle s’organise discrètement, générant des revenus indispensables pour des milliers de familles.

Les promenades en calèche participent elles aussi à cette animation. À Hammamet, Sidi Bou Saïd, Nabeul ou encore dans certains centres historiques, les cochers proposent des circuits qui permettent de découvrir autrement les villes touristiques. Si cette activité a progressivement perdu de son importance au fil des décennies, elle continue néanmoins d’attirer les familles tunisiennes et les visiteurs étrangers, particulièrement durant les vacances scolaires.

À côté de ces métiers traditionnels, l’économie touristique demeure le principal moteur de l’emploi saisonnier. Chaque année, dès le début de la haute saison, les hôtels renforcent leurs effectifs pour faire face à l’afflux des vacanciers. Réceptionnistes, bagagistes, serveurs, cuisiniers, femmes et valets de chambre, maîtres-nageurs, agents d’entretien, animateurs sportifs ou responsables des activités pour enfants : les besoins sont nombreux et concernent pratiquement tous les métiers de l’hôtellerie.

Les cafés et les restaurants recrutent également massivement. Dans les zones touristiques, les établissements prolongent souvent leurs horaires jusqu’au cœur de la nuit et recherchent une main-d’œuvre supplémentaire pour assurer le service en salle, la préparation des repas, la plonge ou les livraisons. Pour beaucoup d’étudiants, ces emplois constituent une première expérience qui leur permet de développer leur sens du contact, de la discipline et du travail en équipe.

Le commerce profite lui aussi de cette dynamique. Les grandes surfaces, les enseignes de prêt-à-porter, les boutiques de souvenirs, les commerces installés dans les zones touristiques ainsi que les centres commerciaux recrutent des vendeurs, des caissiers, des agents de mise en rayon ou des conseillers clientèle afin de répondre à une fréquentation plus importante qu’à l’accoutumée.

Les centres d’appel figurent également parmi les employeurs les plus actifs pendant les vacances. Grâce à des contrats de courte durée et à des horaires relativement souples, ils attirent de nombreux étudiants maîtrisant le français, mais aussi l’anglais, l’italien ou l’allemand. Pour certains, cette expérience représente une première source de revenus réguliers ; pour d’autres, elle constitue une opportunité d’améliorer leurs compétences linguistiques et professionnelles.

Les agences d’animation touristique, les clubs de vacances et les bases nautiques recrutent également des moniteurs sportifs, animateurs, photographes, guides ou accompagnateurs. Dans les stations balnéaires, certains jeunes trouvent aussi un emploi temporaire dans la location de parasols, de transats, de pédalos, de jet-skis ou d’embarcations de loisirs.

Cependant, derrière cette effervescence estivale, la réalité demeure contrastée. Beaucoup de ces activités relèvent du secteur informel et ne garantissent ni stabilité ni protection sociale. Les revenus varient fortement selon l’affluence touristique, les conditions météorologiques ou encore le pouvoir d’achat des vacanciers. Malgré ces incertitudes, ces petits métiers demeurent une source de revenus essentielle pour de nombreuses familles.

Ils offrent également aux jeunes une première confrontation avec les responsabilités professionnelles : ponctualité, relation avec la clientèle, gestion du stress, travail sous de fortes chaleurs ou jusque tard dans la nuit. Autant d’expériences qui constituent souvent un véritable apprentissage de la vie active.

Au-delà de leur dimension économique, ces petits boulots contribuent aussi à préserver une identité estivale propre à la Tunisie. Les vendeurs de machmoums perpétuent une tradition vieille de plusieurs générations. Les artisans du bambalouni entretiennent un savoir-faire devenu un symbole des soirées d’été. Les marchands ambulants, les cochers, les vendeurs de glaces ou de ftayers participent, chacun à sa manière, à cette atmosphère chaleureuse qui fait le charme des villes côtières.

Ainsi, lorsque les vacanciers flânent sur les promenades de Hammamet, de Sidi Bou Saïd, de Nabeul ou de Sousse, ils découvrent bien plus qu’une simple destination touristique. Ils rencontrent une multitude de femmes et d’hommes qui, chaque été, redonnent vie à des métiers parfois anciens, parfois précaires, mais toujours indispensables. Derrière chaque bouquet de jasmin, chaque bambalouni encore fumant ou chaque balade en calèche se cache une histoire, un savoir-faire et, souvent, l’espoir d’un avenir un peu meilleur grâce aux quelques semaines que dure la saison estivale.

Avatar photo
Auteur

Brahim OUESLATI

You cannot copy content of this page