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Plan de développement 2026-2030 : L’épreuve de la concrétisation

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  • 22 juin 2026
  • 6 min de lecture
Plan de développement 2026-2030 : L’épreuve de la concrétisation

Accumuler les études, les stratégies, les consultations et les plans de réforme n’aboutit généralement à rien de concret, sinon à des promesses souvent difficiles à réaliser. Si, au cours des dernières années, les difficultés ont été parfaitement identifiées, c’est surtout au niveau de l’exécution des projets que les résultats sont restés en deçà des attentes.

C’est dans ce constat récurrent d’un décalage entre la planification et la mise en œuvre que s’inscrit le Plan de développement 2026-2030. Celui-ci ne sera pas jugé sur la pertinence de ses orientations ni sur l’ambition de ses objectifs, mais sur sa capacité à produire des résultats tangibles dans le quotidien des citoyens, dans chaque région du pays sans exception.

La Presse — Ce changement d’approche a été d’ailleurs revendiqué au plus haut niveau de l’État. En mars dernier, le Président de la République, Kaïs Saïed, a affirmé, en présence de la Cheffe du gouvernement et du ministre de l’Économie et de la Planification, que le Plan de développement 2026-2030 devait être élaboré à partir des attentes et des priorités exprimées par les citoyens. Il a insisté sur la rupture avec les méthodes traditionnelles de planification, longtemps conçues et pilotées par le pouvoir central.

Le nouveau modèle repose donc sur une approche ascendante fondée sur les conseils locaux, régionaux et de districts issus du nouveau système institutionnel. Le rôle de l’État central ne serait plus de définir seul les projets de développement, mais de coordonner et de synthétiser les propositions remontant des territoires. Cette approche vise à mieux refléter les attentes des citoyens tout en préservant l’unité de l’État.

Sa réussite reste toutefois tributaire de la capacité à mobiliser l’ensemble des acteurs dont les  administrations, les collectivités locales, les entreprises publiques, le secteur privé et la société civile. Le développement ne peut être l’affaire exclusive de l’État. Il suppose impérativement une dynamique collective et une convergence des efforts.

C’est dans cette perspective que le Plan de développement 2026-2030 a été au centre d’un Conseil des ministres, tenu lundi 15 juin 2026, sur instructions du Président de la République.  La Cheffe du gouvernement a souligné que le plan de développement pour cette période marque un tournant national décisif, rompant avec les politiques précédentes qui ont engendré des dysfonctionnements socioéconomiques, environnementaux et institutionnels. 

Elle a rappelé que ce projet de  plan de développement 2026-2030 a fait l’objet d’un suivi rigoureux et continu de la part du Chef de l’Etat, tout au long des différentes étapes de son élaboration, rappelant qu’il s’agit, pour la première fois en Tunisie, d’une approche ascendante, partant du niveau local vers le niveau régional, puis au niveau des districts, pour aboutir au plan national.

Quelques jours plus tard, et plus précisément le 20 juin, un Conseil ministériel consacré au suivi des projets de développement est venu confirmer la volonté du gouvernement de placer l’exécution des investissements publics au cœur de son action. Le problème n’est plus tant celui du financement que celui de la capacité de l’administration à transformer les crédits budgétaires en réalisations concrètes.

Le gouvernement met en avant une hausse significative de l’investissement public, passé de 4,7 milliards de dinars en 2023 à 6,5 milliards en 2026, et annonce l’entrée effective dans la phase de mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030. Dans ce contexte, les gouverneurs ont été appelés à jouer un rôle central dans le suivi de terrain, avec pour mission de lever les blocages administratifs, techniques et fonciers qui retardent les projets.

Parmi les mesures annoncées figurent la généralisation d’une plateforme numérique de suivi des projets, la mise en place d’un système d’alerte précoce pour détecter les risques de retard, l’assouplissement des procédures des marchés publics pour les grands projets ainsi qu’un contrôle plus strict des entreprises chargées de leur exécution. Autrement dit, il s’agit de renforcer le pilotage, d’accélérer les décisions et de garantir une meilleure exécution des projets publics dans les délais fixés.  

L’obligation d’intégrer tous les projets dans une plateforme de suivi et l’introduction d’indicateurs de performance témoignent d’une évolution vers une administration davantage orientée vers les résultats. Reste à savoir si cette culture de l’évaluation pourra s’imposer durablement dans les pratiques publiques.

Dorénavant, le véritable défi consiste à exécuter plutôt qu’à programmer. Depuis des années, la Tunisie souffre moins d’un déficit de plans et de stratégies que d’un déficit de réalisations. L’accent mis aujourd’hui sur le suivi et l’évaluation traduit implicitement la reconnaissance de cette faiblesse structurelle. La véritable question est de savoir si les nouveaux outils de pilotage permettront de surmonter les lourdeurs administratives qui freinent encore l’investissement public.

L’importance accordée aux gouverneurs et aux responsables locaux révèle également la volonté de renforcer la chaîne de responsabilité. Mais cette responsabilisation soulève aussi une interrogation essentielle.  Quelles seront les marges de manœuvre réelles accordées aux acteurs régionaux pour agir efficacement dans un cadre qui demeure largement centralisé ?

Au-delà des annonces et des outils de pilotage, le véritable test sera celui de la concrétisation. Pour les citoyens, la réussite du Plan 2026-2030 ne se mesurera ni au nombre de réunions ministérielles ni aux tableaux de bord numériques, mais à la réalisation effective de routes, d’hôpitaux, d’écoles, de zones d’activité, d’infrastructures de base et à la création d’emplois dans les régions. La crédibilité de l’action publique se jouera, une fois encore, sur le terrain de l’exécution.

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Auteur

Samir DRIDI

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