Faux agents, fausses agences, fausses adresses : la saison estivale tunisienne s’annonce sous tension immobilière.
Dans un entretien accordé le 21 juin 2026 sur les ondes de RTCI, Mohsen Chaabani, président du Groupement Professionnel des Agences Immobilières, dénonce une recrudescence des faux intermédiaires et rappelle que ce sont souvent les propriétaires, et non les fraudeurs, qui se retrouvent juridiquement exposés.
Son appel est sans détour : ne jamais confier ses clés sans vérification préalable de l’agrément délivré par le ministère du Commerce, et ne jamais envoyer de fonds à un particulier plutôt qu’au compte bancaire d’une agence reconnue. Il détaille également le rôle de structuration que joue son organisation face à cette anarchie persistante du secteur.
Des propriétaires exposés en première ligne
Les propriétaires figurent souvent parmi les premières victimes des arnaques immobilières, avant même les locataires, selon Mohsen Chaabani. Cette vulnérabilité s’explique par l’absence d’une structure permettant de distinguer un véritable agent immobilier d’un faux. Plusieurs cas concrets illustrent cette réalité : des propriétaires interpellés par la police au moment d’embarquer dans un avion, ignorant qu’un procès était engagé contre eux après que leur logement eut été loué par l’intermédiaire d’un faux agent, communément appelé samsar en Tunisie. Dépourvu de toute identité professionnelle, ce type d’intermédiaire agit en toute impunité, tandis que le propriétaire, de bonne foi, se retrouve visé par une plainte déposée par des voisins ou par des clients victimes d’escroquerie à la même adresse. Des appels de propriétaires confrontés à ce type de situation parviennent quotidiennement au président du GPAI, qui qualifie ces pratiques de particulièrement dangereuses, tant pour les propriétaires que pour les faux agents eux-mêmes.
Le profil du faux agent immobilier
Aucun cahier des charges, aucune identité professionnelle reconnue, et surtout aucune fiscalité : tel est le profil du faux agent immobilier dressé par Mohsen Chaabani. Contrairement aux agences agréées, qui s’acquittent de l’intégralité des taxes dues, ces faux intermédiaires échappent à l’impôt tout en faisant peser sur la profession les conséquences de leurs agissements non déclarés. Une confusion répandue veut qu’une simple patente commerciale suffise à exercer la profession ; pour le président du GPAI, ce document ne confère ni le statut d’agent immobilier, ni même celui d’agent commercial, une telle structure pouvant tout au plus constituer une entreprise sans droit d’exercice dans l’immobilier. Cette situation, spécifique à la Tunisie selon lui, traduit l’absence d’un encadrement légal suffisant de la profession.
La vérification de l’agence, une étape incontournable
Avant tout engagement, propriétaires et locataires sont invités à se rendre directement sur place pour vérifier la présence des documents juridiques affichés, notamment le cahier des charges et l’agrément délivré par le ministère du Commerce. Trois éléments doivent être systématiquement vérifiés avant le versement d’un acompte ou d’un montant de location : le cahier des charges de l’agence, le compte bancaire associé à la transaction, et l’identité du gérant en titre, et non d’un simple employé. Ce responsable assume personnellement la responsabilité des fonds reçus, y compris vis-à-vis de la Banque centrale ; dès lors que la transaction repose sur ces bases, aucun risque n’est encouru, assure Mohsen Chaabani. L’argent ne doit jamais être envoyé au nom propre d’un particulier, mais uniquement sur le compte bancaire officiel de l’agence, une consigne présentée comme essentielle pour les Tunisiens résidant à l’étranger et les étrangers réservant un logement à distance, après que de nombreux témoignages de victimes ayant transféré des fonds sans jamais retrouver ni l’agence ni l’agent concerné lui sont parvenus.
Les locataires également exposés aux fraudes
Des personnes résidant à l’étranger envoient régulièrement de l’argent en Tunisie après avoir repéré une annonce sur une plateforme en ligne, au titre d’une caution ou d’une commission, pour ne trouver personne à leur arrivée : l’interlocuteur cesse de répondre au téléphone ou communique une fausse adresse. La multiplication anarchique de ces plateformes, jugée responsable de la falsification des transactions par Mohsen Chaabani, appelle selon lui une intervention de l’État pour remettre de l’ordre dans ce secteur.
Plusieurs centaines de pages proposent aujourd’hui les mêmes services que les agences légitimes, allant jusqu’à utiliser les photographies d’annonces appartenant à des agences agréées : un phénomène que Mohsen Chaabani qualifie de cauchemar pour la profession. Faire patienter les clients, leur facturer des frais de visite de cinquante à cent dinars alors qu’aucun bien réel n’est disponible : ces pratiques se multiplient sur les réseaux



