L’OIT appelle à ne pas rompre les liens avec les ingénieurs tunisiens à l’étranger
Le doyen de l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens, Mohsen Gharsi, a alerté ce mardi sur les conséquences de la rupture des liens entre la Tunisie et ses dizaines de milliers de compétences ingénieures établies à l’étranger, qualifiant cette situation de « perte majeure » pour le développement national, notamment dans des secteurs stratégiques tels que les technologies, la transformation numérique et les énergies renouvelables.
S’exprimant à la radio, il a souligné que le départ d’ingénieurs à l’étranger ne constitue pas en soi une perte pour le pays, estimant qu’il reflète au contraire la qualité de la formation tunisienne. « La véritable perte réside dans la rupture du lien entre la Tunisie et ses compétences », a-t-il insisté.
Selon les données de l’OIT, plus de 105 000 ingénieurs sont inscrits, dont environ 45 000 ont émigré au cours de la dernière décennie. Le coût de formation d’un seul ingénieur dépasse 100 000 dinars pour les finances publiques.
Lors d’une audition tenue le lundi 22 juin 2026 devant l’Assemblée des représentants du peuple, l’Ordre des ingénieurs a proposé la création d’une plateforme numérique commune regroupant le Conseil national des Tunisiens résidant à l’étranger, l’Ordre des ingénieurs et les ministères concernés. Objectif : établir un lien direct et structuré avec les compétences tunisiennes établies hors du pays.
Les ingénieurs tunisiens expatriés occupent aujourd’hui des postes clés dans l’économie mondiale du savoir et de la technologie, intervenant dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité, l’énergie, les infrastructures, l’aéronautique ou encore les énergies renouvelables.
Mohsen Gharsi a également souligné que de nombreux ingénieurs souhaitent contribuer au développement de la Tunisie mais manquent de canaux de التواصل avec les institutions nationales, appelant à s’inspirer d’expériences internationales ayant réussi à mobiliser leurs diasporas qualifiées.
De son côté, l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques, rattaché à la Présidence de la République, avait identifié en 2024 plusieurs causes majeures de la fuite des compétences : conditions de travail insuffisantes, niveaux de rémunération, dégradation du cadre de vie, fragilité du climat des affaires, retard technologique, insuffisance de la formation et manque de perspectives pour les jeunes ingénieurs.
L’ITES avait recommandé une stratégie globale de valorisation des compétences, incluant l’amélioration des incitations financières et fiscales, l’adaptation des formations aux évolutions technologiques, le renforcement des programmes d’accueil et d’intégration des ingénieurs expatriés, ainsi que la modernisation des laboratoires et centres de recherche.
Cette stratégie prévoit également le soutien à l’entrepreneuriat, notamment à travers les start-ups, la révision du code des changes, le développement des partenariats internationaux et l’amélioration du climat général de gouvernance et de transparence afin de rendre le pays plus attractif pour ses talents.



