La Presse — L’Humeur devait revenir sur le centenaire de Marilyn Monroe à la date de son anniversaire ; l’actualité en a décidé autrement. Rendre hommage d’abord à deux grandes figures récemment disparues, le pianiste et compositeur sud-africain Abdullah Ibrahim et le philosophe Edgar Morin me semblait plus adéquat.
est venue l’annonce du décès de l’une des icônes de l’art moderne, David Hockney, le 11 juin 2026, disparition qui a fait la une de nombreux médias, nous lui consacrerons prochainement un hommage ; ils nous quittent en si peu de temps les uns après les autres ces illustres personnages que l’on croirait les voir se hâter vers un rendez-vous mystérieux avec la gloire posthume, comme si la postérité les appelait déjà à rejoindre son panthéon de lumière.
Revenons aujourd’hui à celle dont le visage continue, soixante ans après sa mort, d’illuminer l’imaginaire du monde. Cent ans après sa naissance, Marilyn Monroe continue de traverser le temps comme une étoile dont l’éclat refuse de s’éteindre, certaines célébrités appartiennent à leur époque ; Marilyn, elle, appartient à l’imaginaire universel. Son visage demeure l’un des plus connus au monde, son sourire illumine encore les affiches, les écrans et les mémoires, tandis que sa silhouette blonde semble flotter entre rêve et mélancolie.
Née le 1er juin 1926 à Los Angeles sous le nom de Norma Jeane Mortenson, celle qui deviendra Marilyn Monroe connaît, dès l’enfance, l’instabilité et l’abandon. Placée dans plusieurs familles d’accueil, privée d’une véritable vie familiale, elle grandit avec cette blessure intime qui ne la quittera jamais. Pourtant, au cœur de cette fragilité naît une volonté farouche de s’inventer un destin.
Dès les années 1950, elle s’impose comme l’incarnation du glamour américain ; mais derrière l’image de la blonde ingénue que les producteurs exploitent avec complaisance, se cache une femme intelligente, avide de culture et soucieuse d’être reconnue comme une véritable actrice. Marilyn lit les grands écrivains, fréquente les intellectuels, suit les cours de l’Actors Studio à New York, bref, elle veut être davantage qu’une image.
Son combat contre les stéréotypes constitue l’un des aspects les plus méconnus de sa personnalité. À une époque où Hollywood enferme les femmes dans des rôles convenus, elle ose revendiquer sa liberté artistique. Sa carrière est jalonnée de films devenus mythiques «Les hommes préfèrent les blondes» (1953), «Sept ans de réflexion» (1955).
Dans ce film, la scène de la robe blanche soulevée par l’air du métro devient l’une des images les plus célèbres de l’histoire du cinéma. «Certains l’aiment chaud» (1959), chef-d’œuvre de Billy Wilder où son talent comique éclate avec une grâce irrésistible. Ce film lui vaut un Golden Globe et demeure l’un des sommets du cinéma américain.
Sa voix douce et légèrement voilée contribue également à sa légende, qui pourrait oublier «I Wanna Be Loved by You», avec son fameux «boop-boop-a-doop», ou encore l’émouvante interprétation de «Happy Birthday Mr. President», chantée en 1962 devant John F. Kennedy ? Ce moment, à la fois glamour et troublant, est resté gravé dans l’histoire de la culture populaire.
Car derrière le mythe rayonnant se cachait une immense solitude, les succès, les mariages avec la légende du base-ball, Joe DiMaggio, puis avec Arthur Miller, l’admiration du monde entier ne parvinrent jamais à combler le vide laissé par une enfance douloureuse. Marilyn luttait contre l’anxiété, l’insomnie et la dépendance aux médicaments.
Plus elle devenait célèbre, plus la frontière entre la femme réelle et le personnage public semblait s’effacer.En 1962, à seulement trente-six ans, Marilyn Monroe est retrouvée morte dans sa maison de Brentwood, à Los Angeles. Les circonstances de sa disparition alimentent encore les interrogations et les légendes. Suicide, accident, complot, les hypothèses se sont multipliées au fil des décennies, mais au-delà du mystère demeure une vérité simple et poignante : une femme fragile s’est éteinte au sommet de sa gloire.
Un siècle après sa naissance, Marilyn Monroe n’est plus seulement une actrice ni une icône de beauté, elle est devenue le symbole d’une quête impossible : celle du bonheur derrière les projecteurs. Son rire continue de résonner dans les salles obscures, son regard habite encore les photographies, et son destin nous rappelle que les étoiles les plus brillantes portent parfois en elles les nuits les plus profondes. Marilyn appartient désormais à cette constellation rare des êtres dont la lumière survit à la mort, éclairant encore les rêves de l’humanité.
H.H.



