Billet : Une culture qui dérange !
La Presse — Le festival Tabarka Jazz, après 6 ans de gel, retrouve, cette année, tous ses droits, sauf celui du pilotage. C’est que, pour cette reprise, le ministère de la Culture, jusque-là discret et peu impliqué, a décidé de prendre, à lui seul, les commandes et de s’approprier, ainsi, le droit à la gestion, quitte à remettre en cause la vocation et l’identité, même, de cet événement.
Un interventionnisme de l’administration publique qui est, de l’avis de la majorité, très grave surtout lorsque cela concerne une manifestation privée historique. Ce qui est encore plus grave, c’est qu’au moment même où nos décideurs encouragent l’esprit d’initiative et recommandent une meilleure implication du secteur privé, voilà que notre ministère de la Culture décide autrement.
Nos responsables auraient, certainement, mieux fait de revaloriser le festival international de Tabarka, le doyen des manifestations nationales (depuis 1962), et qui tiendra, cette année, sa 62e édition.
Ce rendez-vous phare n’a cessé, tout au long de ces dernières années, de perdre de son rayonnement à tel point qu’on commence à parler, ici et là, d’une «culture sacrifiée». En effet, la ville où personne « ne bronze idiot» connaît une érosion culturelle et commence à perdre tout ce qui faisait son charme.
Pourtant, cet événement a réussi, des années durant, à dominer la hiérarchie musicale aussi bien nationale que régionale. N’oublions pas que les plus grands noms s’y sont produits. Il suffit de rappeler Abdelhalim Hafedh, Najet Essaghira, Cheb Khaled, Cheb Mami… Et la liste est bien longue.
Il est clair donc qu’on cherche à asphyxier l’activité culturelle locale. Un constat désolant et difficile à digérer, car c’est cette même activité qui a fait rêver des générations entières.
On dirait, même, que la tutelle n’est pas prête à s’effacer au profit de l’intérêt général de la ville. Or, elle gagnerait beaucoup plus à corriger les défaillances, trop importantes au niveau du paysage culturel, qu’à détruire ce qui est déjà acquis.
On pense surtout à la restauration de nos musées, presque en ruine, à la préservation des principaux sites culturels et patrimoniaux, totalement marginalisés, et à la sauvegarde de nos monuments historiques, en pleine érosion. Des composantes fondamentales de la mémoire collective nationale.



