Intelligence artificielle : Le nouvel accélérateur des infrastructures numériques
Avec son potentiel solaire, sa proximité avec l’Europe et ses connexions sous-marines, la Tunisie dispose de plusieurs atouts pour se positionner sur le marché émergent de la puissance de calcul et des infrastructures numériques. Mais cette ambition reste conditionnée par sa capacité à développer rapidement ses capacités énergétiques, ses réseaux et son cadre réglementaire. Pour Amir Ben Gacem, Co-Founder et CEO de Solecrypt, le pays pourrait transformer son énergie renouvelable en véritable avantage compétitif et devenir un pont numérique entre l’Afrique et l’Europe.
La Presse —La Tunisie se trouve à un tournant décisif. Entre contraintes et opportunités, une nouvelle vision émerge: transformer son abondant potentiel solaire en levier de compétitivité dans l’économie numérique mondiale. Le pays pourrait se positionner comme un hub stratégique entre l’Afrique et l’Europe. Une ambition portée notamment par Amir Ben Gacem, Co-Founder et CEO de Solecrypt, qui plaide pour une intégration accélérée de la Tunisie dans l’économie des données et de l’intelligence artificielle.
Transformer le potentiel solaire en puissance de calcul
Comme nous le savons, la Tunisie fait face à un déficit énergétique. Dans ce contexte, il devient difficile pour le pays de jouer un rôle significatif dans un marché ou un écosystème incapable de produire suffisamment d’énergie. Ben Gacem a d’emblée souligné cet enjeu stratégique.
La Tunisie dispose d’une ressource abondante : l’énergie solaire. Cependant, elle ne possède pas encore les infrastructures nécessaires pour transformer cette énergie en électricité exploitable à grande échelle. L’idée consiste donc à convertir cette énergie solaire en actifs numériques ou en puissance de calcul, que nous pourrions ensuite exporter. À l’instar de l’huile d’olive ou d’autres produits, la Tunisie pourrait ainsi exporter des capacités de calcul et des infrastructures numériques. L’expert a expliqué que cette transformation représente une opportunité économique majeure. Par exemple, cela nécessite le renforcement des connexions en fibre optique. La Tunisie dispose déjà de trois liaisons de câbles sous-marins, ce qui lui confère un potentiel réel. Toutefois, il est indispensable de structurer un écosystème complet pour concrétiser cette vision. Ben Gacem a précisé que les bases techniques existent, mais que l’enjeu réside dans la coordination des acteurs.
C’est précisément ce sur quoi travaille notre partenaire. La construction de l’infrastructure dans certaines zones est en cours de préparation. Un centre de données devrait voir le jour prochainement, avec un délai de réalisation estimé entre 12 et 18 mois. Il a ajouté que ce projet s’inscrit dans une dynamique de déploiement rapide.
La mise en place de ces infrastructures répond à des critères techniques spécifiques, comparables à ceux exigés dans des secteurs sensibles comme la santé. Parallèlement, il est nécessaire de développer des centrales solaires afin d’exploiter le potentiel énergétique du pays, encore largement sous-utilisé. Le dirigeant a insisté sur l’importance d’un cadre technique rigoureux.
La Tunisie a les capacités de construire ces infrastructures énergétiques et numériques. En pratique, il faut environ 12 mois pour bâtir une unité, et jusqu’à 18 mois pour déployer un système complet. Il a affirmé que ces délais restent compétitifs à l’échelle internationale.
Un pont numérique entre l’Afrique et l’Europe
Les opportunités sont considérables. La Tunisie peut devenir un véritable « microprocesseur » à l’échelle mondiale. Cette ambition s’inscrit dans la continuité de ce que le pays a réalisé dans l’industrie 3.0, notamment dans les années 1970 et 1980, avec la création de zones industrielles et d’un écosystème logistique performant reliant ports et aéroports. À titre d’exemple, un produit fabriqué à Kairouan ou à Sousse peut être exporté vers Paris, Londres ou l’Allemagne. Ben Gacem a fait remarquer que ce modèle peut être reproduit dans le numérique.Aujourd’hui, il est possible de reproduire ce modèle dans l’industrie 4.0, en s’appuyant davantage sur les énergies renouvelables et les infrastructures numériques. Les principaux défis résident dans le cadre réglementaire, l’exploitation de l’énergie solaire et le développement des « autoroutes de l’information» notamment les réseaux de fibre optique qui soutiennent la puissance de calcul. Il a également indiqué que des ajustements réglementaires sont nécessaires. La Tunisie dispose déjà d’infrastructures performantes. Le câble Medusa, par exemple, figure parmi les plus avancés au monde. Toutefois, le véritable enjeu réside dans la capacité d’exécution. Selon lui, la rapidité de mise en œuvre fera la différence. La proximité géographique constitue également un avantage stratégique majeur. En tant qu’exportateur de puissance de calcul, la Tunisie bénéficie d’une latence avec l’Europe d’environ 10 millisecondes. La proximité avec Marseille, par exemple, permet des échanges bien plus rapides qu’avec des villes plus éloignées comme Paris. Il a souligné que cet avantage compétitif est déterminant.
En s’appuyant sur son expérience avec les entreprises européennes dans l’industrie manufacturière, la Tunisie peut reproduire ce modèle dans le numérique. Elle peut ainsi devenir un véritable pont digital entre l’Afrique et l’Europe, grâce à ses infrastructures et à ses réseaux d’innovation.
Amir Ben Gacem a affirmé que cette position géostratégique est un atout clé. Dans ce cadre, le Co-Founder a avancé une vision ambitieuse : faire de la Tunisie un microprocesseur au service de l’Europe. L’idée repose sur un modèle où les données et les capacités de calcul circulent entre l’Europe et la Tunisie, permettant la création et l’exportation issue d’une énergie propre.
Enfin, si la Tunisie a manqué certaines opportunités dans le domaine des énergies renouvelables, elle dispose encore d’une carte à jouer dans le domaine de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique. Le défi consiste désormais à agir rapidement pour ne pas rater cette nouvelle transformation. Amir Ben Gacem a averti que le temps est un facteur déterminant.



