Développement : Les axes stratégiques de la sécurité hydrique
Face à la menace hydrique, le Chef de l’Etat ne cesse, à chaque fois, de réaffirmer l’urgence de se doter d’une stratégie prospective intégrée axée sur la rationalisation de la consommation d’eau, la modernisation du réseau disponible, pour éviter le gaspillage, et la valorisation du potentiel naturel national.
La Presse — Le stress hydrique continue à peser lourdement dans les différentes économies mondiales. Aucun pays n’est malheureusement à l’abri. La volatilité climatique a fini, justement, par créer un climat d’incertitude, et les appréhensions sont devenues, ainsi, plus fortes.
Et notre pays reste totalement concerné par cette menace, surtout que nos ressources sont qualifiées de peu rassurantes. N’oublions pas que, comme on l’a déjà soulevé, la Tunisie figure parmi les cinq pays les plus exposés au stress hydrique mondial. Elle est, en même temps, « classée parmi les plus pauvres en eau avec une moyenne en dessous du seuil de la pénurie ».
Certes, le niveau de nos barrages a connu une nette amélioration, mais cela reste insuffisant. La sécurité hydrique suppose, justement, une stratégie prospective intégrée. Une stratégie qui devrait reposer, elle-même, sur un parallèle à deux vitesses. L’une pour les mesures urgentes et l’autre pour les dispositions stratégiques.
Pour ce qui est des urgences, la rationalisation de la demande, notamment au niveau des secteurs à forte consommation est une priorité absolue. On pense en particulier à l’agriculture qui, faute d’alternatives, continue à accaparer environ 80% de nos ressources. Un peu trop pour un pays appelé à surmonter des enjeux de développement stratégiques.
Cette exigence de rationalisation nécessite, toutefois, une accélération du processus de modernisation agricole, l’amélioration du volume technologique, l’innovation au niveau des modèles disponibles et un engagement responsable des différents acteurs. Cela est d’autant plus vrai que la négligence, le manque d’implication et même la corruption, comme le rappelle à plusieurs reprises le Chef de l’Etat, ont toujours sanctionné le secteur hydrique national.
Un souci de valorisation
D’ailleurs, on ne cesse de réaffirmer, à chaque fois, l’urgence de parfaire les réseaux disponibles, moderniser l’infrastructure et garantir une gestion saine et durable. Des facteurs essentiels pour éviter les gaspillages gratuits et inutiles, améliorer la capacité nationale de stockage et se doter d’une politique d’entretien et de maintenance efficace. Justement, cette dernière question fait net défaut et pénalise, sérieusement, ce secteur. En témoigne le dernier incident technique survenu au barrage de Mellègue, et qui aurait pu être très lourd de conséquences.
En plus de la rationalisation de la consommation, notre pays doit trouver, aujourd’hui, la parade qui lui permettrait d’exploiter un potentiel naturel national que tout le monde pense très important.
Il est inconcevable, justement, qu’un pays qui dispose de plus de 5 milliards de m3 fasse l’objet d’un stress hydrique de moins de 450 m3 par habitant et par an. C’est totalement paradoxal, ce qui implique une accélération de la valorisation de nos lacs collinaires qui constituent des sources fiables et durables. On parle, en effet, d’un levier incontournable pour la sécurisation des ressources, et la lutte contre l’érosion. Et la question devient vitale lorsqu’on parle de plus de 900 lacs collinaires renfermant plus de 17 millions de m3.
Cette utilité justifie d’ailleurs l’engagement par les services compétents d’un programme spécifique pour la réhabilitation de 74 lacs. On parle, en même temps, de la construction, entre 2025 et 2026 de 11 nouveaux lacs pour une enveloppe de l’ordre de 7 milliards de dinars.
Mais ce qui est réellement plus important, c’est qu’en plus des actions à court terme, la Tunisie a cherché à inscrire la sécurité hydrique dans une logique de développement durable. D’où le lancement du plan national « eau 2050 » qui misera sur la promotion des ressources non conventionnelles.
La priorité sera accordée à la consolidation des programmes de dessalement de l’eau de mer avec l’objectif, comme le retient le plan, de réduire la pression sur nos barrages, l’élargissement de la réutilisation des eaux usées traitées pour renforcer l’usage agricole et industriel et la modernisation du réseau national et l’infrastructure disponible pour réduire les gaspillages gratuits. Les statistiques parlent, en effet, de 40% de perte inutile.


