Dans une interview accordée à La Presse de Tunisie, le directeur général de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), Nafâa Baccari, a souligné que la Tunisie engage une transformation structurelle de son modèle énergétique, fondée sur la décentralisation et le développement des énergies renouvelables, avec une attention particulière portée aux régions du centre et du sud.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre d’objectifs nationaux clairement définis : atteindre 35 % de production électrique à partir des énergies renouvelables à l’horizon 2030, puis 50 % à l’horizon 2050. Pour y parvenir, une approche territoriale est désormais privilégiée, visant à faire des gouvernorats de véritables unités de production énergétique capables de couvrir localement une part importante, voire la totalité, de leurs besoins.
Selon le responsable, si environ 50 % des gouvernorats parviennent à produire 100 % de leur électricité à partir des énergies renouvelables, la Tunisie pourrait atteindre son objectif global de 50 % dès 2035.
Sidi Bouzid, futur pôle d’autosuffisance énergétique
“Le gouvernorat de Sidi Bouzid illustre cette dynamique. Il devrait atteindre une capacité installée et programmée supérieure à 400 MW, pour une consommation estimée à environ 350 MW. Cette configuration placerait la région dans une trajectoire de production excédentaire, faisant d’elle le premier gouvernorat tunisien susceptible de dépasser 100 % d’autosuffisance électrique”, a-t-il expliqué.
Selon M. Baccari, cette performance repose principalement sur le solaire, mais également sur d’autres sources d’énergies renouvelables intégrées au mix énergétique local.
“Dans le même temps, d’autres régions avancent dans la même direction. Tozeur dispose d’un potentiel permettant d’atteindre jusqu’à 80 % de couverture en énergies renouvelables, avec des perspectives de dépassement à terme. Pour leur part, les gouvernorats de Gabès, Gafsa et Kairouan enregistrent également une progression régulière vers des niveaux de couverture supérieurs à 50 %”, a-t-il encore précisé.
Une transition fondée sur un mix énergétique diversifié
Nafâa Baccari n’a pas manqué de rappeler que la stratégie nationale ne repose pas uniquement sur le solaire. Elle intègre également l’éolien, la biomasse et la valorisation énergétique des déchets, dans une logique de diversification du mix énergétique.
“Au-delà de la dimension énergétique, cette approche territoriale ouvre de nouvelles perspectives de développement. Elle favorise l’émergence de projets de territoires durables, voire de villes entièrement “vertes”, susceptibles d’attirer des investissements et des financements dédiés aux infrastructures à faible empreinte carbone”, a-t-il expliqué.
Finalement et non moins important, le responsable a rappelé que cette dynamique contribue à réduire les disparités régionales. “Les régions de l’intérieur, notamment au centre et au sud, disposent d’un avantage structurel lié à leur fort potentiel solaire et à la disponibilité du foncier, contrairement aux zones côtières où la pression foncière est plus forte”, a-t-il indiqué.
Cette orientation confirme ainsi le rôle stratégique des territoires intérieurs dans la transition énergétique et dans la construction d’un modèle de développement plus équilibré et durable.



