Au moins vingt-huit professions sont déjà menacées de disparition, auxquelles les maîtres artisans, vétérans du secteur, n’ont plus la capacité de s’adonner. Mais ils sont prêts à transférer leur savoir-faire et leurs acquis professionnels, passant ainsi le flambeau à de jeunes générations d’artisans. Car demain se construit aujourd’hui.
La Presse — Cette relève de nouvelles compétences s’avère très intéressante, dans la mesure où elle assure la pérennité de ces activités et préserve un héritage ancestral aussi capital. Il s’agit, a priori, d’une liste préliminaire de spécialités prioritaires, à savoir la broderie de Kerkennah, la poterie Jefna de Guellala, la fabrication de selles et objets similaires, la sculpture et la gravure sur plâtre, le dorage et le lustrage, la sparterie et les produits en fibres végétales, ainsi que la tuile traditionnelle de Testour.
Sept maîtres artisans honorés
Ainsi, l’Office national de l’artisanat (ONA) persiste et signe, donnant corps à une initiative salutaire intitulée « Maître de l’artisanat tunisien », dont l’idée fait son chemin depuis des mois, à la suite d’actions de repérage et d’études de terrain, afin d’actualiser le répertoire national de nos métiers d’artisanat et garantir leur pérennité.
En fait, lors d’une toute récente cérémonie, à Tunis, sept maîtres artisans spécialisés dans nombre d’activités jugées boudées, faute de mains-d’œuvre et de formation d’apprentis, ont été honorés pour leur parcours de création et d’innovation fort témoigné. Cette marque de reconnaissance et de distinction dédiée à ces compétences artisanales vient récompenser les efforts qu’elles ont consentis tout au long de leur carrière respective.
Il s’agit, somme toute, de 28 maîtres artisans identifiés et sélectionnés, dont les métiers sont rarissimes et peu répandus à travers les régions et le potentiel cognitif et professionnel hérité de père en fils risque de s’éteindre. Et si rien n’est fait, il n’y aura pas de continuité : un pan de notre artisanat, véritable symbolique d’identité et d’imaginaire sociétal et culturel, serait, hélas, rayé d’un simple trait. Au fur et à mesure, ce secteur aura perdu ses éminentes références, avec moins d’emplois existants.
Et pour cause ! Ce choix sélectif n’est guère fortuit ! L’initiative en question est incontournable, dans le sens de préserver notre patrimoine artisanal aussi bien matériel qu’immatériel. La directrice général de l’ONA, Leila Msellati, a bien confirmé cette tendance conservatrice, soulignant que l’initiative « Maître de l’artisanat tunisien » s’inscrit dans le cadre du projet de coopération réalisé avec l’Unesco-Tunisie « Soutien du rôle de la culture dans le développement durable », avec l’appui financier de la fondation Besrour. Ainsi, l’hommage rendu à d’anciens artisans chevronnés en la matière ouvre la voie à une nouvelle étape de formation pointue, au cours de laquelle ils vont mettre à profit leurs connaissances et savoir- faire acquis au fil des jours et des ans.
Une formation sur quatre ans
Cela étant, « ce transfert des compétences artisanales dans des métiers bien déterminés, en partenariat avec l’Unesco et la fondation Besrour, est une sorte de reconnaissance à nos anciens artisans, en leur attribuant le label “Maître de l’artisanat tunisien” », précise la DG de l’ONA. Et d’enchaîner que ces artisans sont appelés, dès septembre prochain, à veiller à former des jeunes dans des métiers reconnus être en voie de disparition.
« Ce projet de formation 2026-2029 est destiné essentiellement à revaloriser nos professions artisanales menacées, à raison de sept métiers par an, soit 28 au bout de quatre ans. En d’autres termes, chaque maître artisan sera chargé, à lui seul, d’encadrer trois jeunes chaque année », prévoit-elle, indiquant que formateurs et apprenants bénéficieront, tous deux, d’une rétribution mensuelle, en guise de motivation et d’engagement pour le suivi et l’accompagnement.
Certes, l’artisanat tunisien, vieux comme le monde, doit renaître de ses cendres et savoir préparer la relève. Le but étant de pérenniser les métiers traditionnels et reconstituer un noyau dur de jeunes compétences censées leur insuffler un sang neuf. « De surcroît, cette initiative artisanale permettrait, non seulement, de revaloriser les anciennes compétences en la matière et les renouveler, mais aussi de faciliter aux jeunes générations leur insertion professionnelle », résume Charaf Ahmimed, représentant de l’Unesco pour les pays du Maghreb- bureau de Tunis.
Mais, il ne s’agit pas, faut-il le dire, de seulement 28 professions artisanales en voie de disparition qu’il faut régénérer. Il y en a certainement d’autres qui ont besoin d’un vrai mécanisme national de formation multidimensionnelle, servant d’outil d’appui à la valorisation de nos compétences professionnelles et leur continuité, leur favorisant l’opportunité de tirer le secteur vers le haut et dénicher de nouveaux marchés.



