Sacs à usage unique : Sauter le pas et appliquer les décisions
La Journée mondiale sans sac plastique a été célébrée dans le monde le 3 juillet. Créée en 2010 sous l’impulsion de l’ONG Bag Free World, cette date vise à sensibiliser le public aux conséquences désastreuses de la pollution plastique sur l’environnement et à promouvoir des alternatives durables.
La Presse — Les sacs en plastique et leur effet sur l’environnement, nous en avons parlé en Tunisie depuis 2016. C’est à cette période que l’on a commencé à prendre les premières initiatives avec la signature d’une convention pour mettre un terme à la distribution de ces sacs à usage unique dans les grandes surfaces et en mars 2017 et dans les pharmacies en 2018.
Le 16 janvier 2020 a paru le décret gouvernemental n° 2020-32 au Journal officiel qui a marqué un tournant. Il a officialisé l’interdiction de la production, de l’importation et de la distribution des sacs plastiques à usage unique et de certains types de sacs non biodégradables sur le marché.
D’un commun accord, entre les différentes parties prenantes, l’application devait être progressive.
C’était sans compter sur la pression des professionnels du secteur qui ont agi pour retarder ou suspendre la mise en œuvre qui visait l’éradication de ce fléau.
La Tunisie reste le 4e consommateur de produits en plastique par habitant dans la région.
Et voilà que ce sujet revient à l’ordre du jour pour essayer de mettre un terme à, non pas au seul emploi de ces sacs à usage unique, mais surtout à cette léthargie qui s’est emparée de tous ceux qui étaient censés s’en occuper pour arrêter les effets dévastateurs de ce fléau.
Nous utilisons 4,2 milliards de sacs en plastique dont trois milliards sont importés.
-315 millions étaient distribués par les grandes surfaces
-Une minute pour produire un sac et 400 ans pour qu’il se dégrade
On jette environ 0,08 million de tonnes de plastique dans la nature
-La Tunisie génère environ 188.000 tonnes de déchets plastique sur un total de 2,5 millions de tonnes de déchets ménagers. Soixante pour cent de ces déchets ne sont pas traités
Si nous avons rappelé tous ces chiffres, dates et rendez-vous manqués, c’est pour rappeler que depuis 2016, c’est un incessant va-et-vient dans les couloirs et une étrange faiblesse vis-à-vis de ceux qui, en toute connaissance de cause, continuent sereinement à polluer. Tout le monde sait et est en effet convaincu que ces sacs constituent un danger pour la planète. L’impact sur l’environnement est en effet considérable.
Mais tout ce beau monde poursuit son œuvre destructrice sans broncher.
Même les tortues de mer n’ont pas échappé à cette destruction systématique et un certain nombre de ces pauvres victimes ont été sauvées par des pêcheurs qui les ont libérées et renvoyées dans leur élément naturel.
La volonté politique
Cette volonté politique existe sans aucun doute, mais c’est au niveau de l’application que cela bute. Pire que cela, aussi bien les grandes surfaces que les boulangeries ont imaginé un moyen de gagner plus d’argent en mettant en vente des sacs, en fait à usage unique, en y apposant le nom de l’entreprise. En plus de la pollution, on transforme le client en homme sandwich. Et personne ne réagit.
Les boulangers encaissent les revenus de la monnaie jamais rendue des baguettes et le produit des sacs qu’ils mettent en vente. Ces sacs ne diffèrent en rien de ceux qui sont interdits.
Dans les marchés, on compte dans le total des achats le prix du sac fourni pour des emplettes qui dépassent le kilo.
C’est dire que nous continuons à procéder par « campagnes » avec les gros dossiers qui reviennent à l’ordre du jour et sont énergiquement pris en main le temps de la commémoration de l’événement pour que tout retombe dans l’oubli. Et le temps qui file et la pollution de notre environnement qui met en danger les futures générations. Et les fabricants de ces sacs qui ne font aucun effort pour s’adapter et opter pour les sacs biodégradables.
Se décider et appliquer
Nous avons eu dernièrement une image concrète de ce dont sont capables les autorités lorsqu’elles décident d’appliquer une décision. Les plages ont été rendues aux Tunisiens et à leurs hôtes qui viennent spécialement pour en profiter. Dans le même ordre d’idées, il n’y a plus de parkings payants dans ces plages qui étaient réquisitionnées par de véritables bandes organisées. Cela a été radical.
L’occupation des trottoirs et des chaussées que l’on s’efforce de dégager pour fluidifier la circulation et limiter les menaces qui guettent les piétons commence à convaincre les récalcitrants et il y a plus d’espace et plus d’air.
Les rondes sont plus fréquentes et les mesures prises sont fermes.
Qu’est-ce qui nous empêche d’appliquer les décisions prises pour supprimer ces sacs à usage unique et sanctionner les utilisateurs impénitents ?
Si dans les pays développés, on s’amène de nos jours avec un sac multiusage et de petits récipients pour acheter ce dont on a besoin en application des décisions prises pour protéger la planète, pourquoi ne serions-nous pas capables de nous munir de notre vénérable couffin et d’en faire autant ?
Il faut commencer à appliquer. Il y aura de la résistance, des campagnes de protestation sur le web, mais nos enfants ne nous reprocheront pas un legs pourri et des conditions de vie impossibles.



