Conjoncture internationale : La technologie amortit le choc pétrolier !
Le pétrole freine, l’intelligence artificielle accélère. C’est le principal enseignement de la dernière mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale du FMI, qui voit dans la révolution technologique un facteur de résilience face aux conséquences économiques des tensions au Moyen-Orient, malgré une croissance mondiale attendue en léger ralentissement.
La Presse — L’expansion technologique portée par l’intelligence artificielle (IA), qui continue sa percée en tant qu’appui à la production dans tous les domaines, commence à laisser son empreinte sans équivoque dans la création de la valeur, le soutien à la croissance et la compensation de la décélération provoquée par la hausse des cours du pétrole et tout ce qui s’ensuit ( inflation, déficit, endettement, etc.).
Le constat a été dressé par le Fonds monétaire international (FMI), dans une mise à jour de ses « Perspectives de l’économie mondiale », rendue publique exceptionnellement ce 8 juillet, alors que d’habitude il n’émet que deux prévisions par an, en avril et en octobre. « L’activité économique mondiale et les perspectives d’avenir sont façonnées par deux forces majeures qui agissent en sens opposé, avec des répercussions asymétriques selon les pays. Il s’agit, premièrement, du choc d’offre négatif provoqué par le conflit au Moyen-Orient et deuxièmement, du choc technologique positif en cours, qui se traduit par une accélération du cycle technologique mondial, portée en grande partie par les progrès et le déploiement d’outils d’intelligence artificielle (IA) », peut-on lire dans un document de synthèse de 15 pages.
Dans cette publication, le FMI revoit ses perspectives relatives à la croissance mondiale légèrement à la baisse, 3% en 2026 et 3,4% en 2027, contre des prévisions respectivement de 3,1% en 2026 et 3,2% en 2027 projetées en avril dernier. L’inflation mondiale est également revue légèrement à la hausse : 4,7% en 2026 et 3,9% en 2027, alors qu’en avril dernier, à l’occasion des assemblées du printemps, l’institution de Bretton Woods avait prédit une inflation oscillant entre 3,1% et 4,4%, selon l’évolution des tensions au Moyen-Orient. Ces tensions, à leur paroxysme ont porté les cours du pétrole à près de 120 dollars le baril et, paradoxalement, leur accalmie ramène les prix en deçà des 80 dollars, sans pour autant revenir aux niveaux d’avant-guerre.
Le bondissement enregistré ce mercredi 8 juillet en est la parfaite illustration, les cours du Brent passant de 72 à 79 dollars le baril, suite à l’intensification des violences en Iran et dans le Golfe.
La surprise technologique
Dans son rapport, le FMI se félicite de la résilience de l’économie mondiale qui a « mieux résisté au choc de la guerre que ce que l’on craignait », expliquant que « la hausse relativement modérée des prix mondiaux du pétrole s’explique par le fait qu’une partie de la baisse des flux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz a été compensée par un prélèvement sur les stocks, limitant ainsi la nécessité d’ajuster la consommation et la production de pétrole par le biais des prix ».
Par ailleurs, et sans omettre « la progression constante de la part des énergies renouvelables dans la production mondiale d’énergie», le FMI met en exergue l’apport technologique, notamment l’IA, la qualifiant de grande surprise dans ce contexte assez complexe de 2026.
« Une grande partie de la surprise positive s’est concentrée sur quelques économies bien intégrées dans la chaîne de valeur technologique mondiale », affirme le rapport. Et d’expliquer : «Les quatre principaux exportateurs nets de matériel lié à l’IA (la province chinoise de Taïwan, la Corée, la Thaïlande et la Malaisie) ont enregistré une surprise moyenne annualisée et corrigée des variations saisonnières de 4,4 points de pourcentage, alors que pour le reste des pays du monde, cette surprise s’établissait à –0,3 point de pourcentage ».
« La Corée, malgré sa forte dépendance à l’égard des importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient, a créé la surprise avec un taux de croissance de 7,5 % — soit plus de quatre fois les 1,8 % prévus en avril — porté principalement par l’essor des exportations de semi-conducteurs et de matériel lié à l’IA.
L’économie chinoise a progressé plus rapidement que prévu, affichant une croissance de 8,1 % (selon les estimations corrigées des variations saisonnières des services du FMI), sous l’impulsion d’investissements publics précoces dans les infrastructures et d’une forte accélération de la production manufacturière de haute technologie ainsi que des exportations, alors même que la consommation intérieure restait atone », a détaillé le rapport. D’autres économies ont également réalisé des progressions, quoique relativement plus modérées, imprévues de leurs PIB, comme le Japon (1,8%), l’Allemagne (1,4%) ou encore les Etats-Unis (2,1%).
« L’investissement des entreprises en équipements et en produits de propriété intellectuelle a constitué un puissant moteur de croissance face à la forte hausse des importations et au ralentissement de la consommation des ménages », constate, ainsi, le Fonds monétaire international.
Cela étant, les perspectives économiques devraient évoluer « selon l’exposition au conflit et à la chaîne de valeur technologique », avec une lueur d’espoir de revenir à la normale au mois de mars 2027, sous-entendu «une réouverture du détroit d’Ormuz à la mi-juillet ». Autrement, c’est-à-dire en cas de reprise du conflit (ce qui est fort probable au regard des récents développements dans la région du Moyen-Orient), le monde entier sera confronté à « une nouvelle hausse des prix des matières premières, une volatilité persistante, des pénuries d’approvisionnement et des pressions sur les taux de change ». Les décideurs se retrouveraient, en conséquence, « face à des arbitrages difficiles entre la maîtrise de l’inflation, le soutien à l’activité et la protection des ménages vulnérables », prévient le FMI.
Et, « parallèlement, le dynamisme de l’activité porté par l’IA exerce une pression haussière supplémentaire sur les prix tout en soutenant la consommation à court terme, mais expose le système financier à un risque accru d’instabilité ». « Il s’agit, pour les pouvoirs publics, de gérer l’impact immédiat des chocs actuels tout en renforçant la résilience face aux diverses évolutions possibles de ces chocs et de ceux à venir.
Cette démarche nécessite des réponses adaptées à la situation de chaque pays — tenant compte des disparités en matière de dynamique de l’inflation, de marge de manœuvre budgétaire et de vulnérabilités financières — ainsi qu’une coopération internationale renouvelée», conclut le rapport du 8 juillet.



