Raul Paz au Tabarka jazz festival : Le monde en partage
22h tapantes, direction la musique cubaine, avec l’énergique Raul Paz. Des milliers de kilomètres parcourus pour retrouver un public qui n’a pas oublié son dynamisme d’il y a 20 ans. Des nostalgiques s’en souviennent, des jeunes et des moins jeunes étaient là pour le découvrir sur scène.
La Presse —A l’heure du Tabarka jazz festival, la ville du corail quitte son rythme habituel et renoue avec ses traditions. Des traditions en partie délaissées mais jamais oubliées. La ville ne vit plus au rythme des marchands ambulants, ses odeurs de bonbons caramélisés, de fritures et des fast food, on essaye de réveiller les anciennes habitudes qui donnaient une renaissance au goût et aux plaisirs d’une musique qui a bercé des générations.
Tabarka jazz festival a, hélas, quitté son nid, la basilique et le café andalou n’en sont plus le cœur battant, là où la scène extérieure était installée et où l’écran gérant permettait aux retardataires ou à ceux qui ont choisi de prolonger leur dîner de regarder le concert du soir. Ce fut un temps. Et les temps changent… Tabarka aujourd’hui est dotée de son théâtre de la mer. Grand, accueillant avec une vue imprenable sur le fort et la mer. Et le Tabarka jazz cette année occupe ces nouveaux lieux. A Tabarka, la soirée commence à l’heure où le Street Jazz investit la place du corail faisant dialoguer les étals colorés, quelques terrasses animées et les rythmes chaloupés qui s’échappent de la scène. Jeudi soir, c’était Ahmed Ajabi qui s’est imposé comme une évidence. Figure montante du jazz tunisien, le saxophoniste, compositeur et pédagogue incarne une génération de musiciens qui puisent dans les codes du jazz sans jamais s’y enfermer. Entre concerts, enseignement, compositions et collaborations avec des formations variées, Ahmed Ajabi a construit patiemment une identité musicale où la virtuosité reste toujours au service de l’émotion.

Son concert à Tabarka vient affirmer une vision ouverte, collective et résolument contemporaine du jazz. Liberté, écoute mutuelle et improvisation, tout en gardant la mélodie au cœur de sa musique sans jamais rompre le lien avec le public. À Tabarka, son concert prend ainsi une dimension particulière. Dans l’atmosphère conviviale du Street Jazz, où les passants deviennent spectateurs le temps d’un morceau, le souffle de son saxophone accompagne le bruissement du marché, les conversations et le ressac de la Méditerranée. Une manière de rappeler que le jazz est avant tout une musique vivante, qui se nourrit de la rue, des rencontres et de l’instant. 22h tapantes, direction la musique cubaine, avec l’énergique Raul Paz. Des milliers de kilomètres parcourus pour retrouver un public qui n’a pas oublié son dynamisme d’il y a 20 ans. Des nostalgiques s’en souviennent, des jeunes et des moins jeunes étaient là pour le découvrir sur scène. Il commence seul, sa guitare entre les mains, Raúl Paz choisit la sobriété pour ouvrir son concert. Les premières notes de «Veinte Años», ce classique du répertoire cubain, qui était interprété par la regrettée chanteuse Omara Portuondo ont immédiatement installé une ambiance empreinte de nostalgie et de douceur. Sa voix chaleureuse, portée par un jeu de guitare tout en finesse, a captivé un public déjà conquis. Sans rompre ce climat intimiste, il a ensuite enchaîné, poursuivant ce voyage entre tradition cubaine et sensibilité contemporaine, avant de laisser progressivement monter l’énergie qui caractérise ses concerts. Accompagné de ses musiciens, Raúl Paz a offert un voyage musical entre mémoire et modernité. Très vite, il invite le public à danser et à partager ce moment de communion avec un répertoire où les rythmes de son île dialoguent avec des sonorités contemporaines. Lui qui a vécu l’exil pendant 15 ans n’a jamais rompu le lien avec ses racines.
Bien au contraire, il les réinvente en faisant de la Guajira, la musique rurale de sa région natale de Pinar Del Río, le cœur battant de son univers artistique. Porte-voix d’une Guajira moderne, métissée et profondément personnelle, Raúl Paz fait cohabiter tradition et innovation avec une remarquable fluidité qui s’est pleinement exprimée à Tabarka, où chaque morceau semblait raconter un fragment de son parcours et surtout son retour à son pays natal. Raúl Paz a défendu une musique ouverte sur le monde, fidèle à son héritage tout en portant un regard lucide sur son époque.
Entre émotion, énergie et élégance, sa prestation a confirmé qu’il demeure l’une des figures majeures de la musique cubaine contemporaine. Le public était ravi.


