Culture

Mes Humeurs : L’espoir a le visage d’un enfant de Gaza

  • 11 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Mes Humeurs : L’espoir a le visage d’un enfant de Gaza

La Presse — Il existe des nouvelles qui, au milieu du bruit des guerres, ressemblent à des murmures. Elles ne font pas trembler les chancelleries, ne modifient pas les lignes de front, ne changent pas le cours immédiat de l’Histoire ; elles sont loin de bouleverser l’ordre du monde ; tant s’en faut. Pourtant, elles rappellent que l’humanité n’a pas entièrement déserté ce monde. L’annonce du milliardaire suédois Roger Akelius ( et du gouvernement suédois) appartient à cette catégorie de nouvelles discrètes qui portent en elles une lumière.

Alors que Gaza n’est plus qu’un paysage de ruines, où les immeubles effondrés côtoient les écoles pulvérisées, où les cris des enfants se mêlent au fracas des explosions, un homme a choisi de répondre autrement. Non par des discours, encore moins par des armes, mais par un geste d’une simplicité désarmante : bâtir des écoles. Quatre cents écoles, cent mille enfants, plus de cent millions de dollars consacrés à l’éducation, à la nourriture et à des espaces de vie digne. Les chiffres sont immenses. Pourtant, ils demeurent dérisoires face à l’étendue de la catastrophe. Car ce que l’armée sioniste a détruit à Gaza ne se compte pas seulement en tonnes de béton ou en kilomètres de routes, ce sont des enfances que l’on a ravagées, des rêves interrompus, des cahiers abandonnés sous les gravats, des cartables ensevelis avec les souvenirs d’une vie ordinaire.

La guerre ne tue pas uniquement les vivants, elle assassine aussi l’avenir. Chaque école détruite est une bibliothèque réduite au silence; chaque salle de classe éventrée est une promesse de savoir que l’on empêche de naître. Lorsqu’un enfant cesse d’apprendre, ce n’est pas seulement une année scolaire qui disparaît. C’est une part, sinon son avenir entier, qui s’efface.

Depuis l’occupation de leur terre, des centaines de milliers d’enfants de Gaza grandissent sans connaître le rythme paisible des matinées d’école, sans entendre la voix rassurante d’un instituteur, sans retrouver leurs camarades dans une cour de récréation. Leur alphabet est devenu celui des sirènes, des drones et des abris de fortune. Ils apprennent à reconnaître le bruit des avions avant celui du rythme d’un poème. C’est pourquoi le geste de Roger Akelius dépasse de loin la philanthropie traditionnelle, il constitue un acte de foi dans l’intelligence humaine. Construire une école au milieu des ruines, c’est proclamer que la barbarie n’aura pas le dernier mot. C’est croire qu’un livre peut survivre à une bombe, qu’un tableau noir peut effacer un peu de la noirceur des jours, qu’un professeur peut devenir, à sa manière, un artisan de paix.

Les civilisations ne se relèvent jamais uniquement grâce aux traités ou aux cessez-le-feu, elles renaissent lorsque les enfants retrouvent un pupitre, un cahier, un crayon. C’est dans une salle de classe que se prépare le véritable lendemain des peuples. Les armes imposent parfois le silence ; seule l’éducation construit une paix durable. Il est frappant qu’à une époque où les budgets militaires ont atteint des sommets vertigineux, il faille saluer comme un événement exceptionnel le financement de quelques centaines d’écoles. Le monde dépense chaque jour des milliards pour perfectionner les moyens de détruire ; il s’émerveille lorsqu’une infime partie de cette richesse est consacrée à apprendre à lire, à écrire et à penser. Voilà peut-être le plus cruel des paradoxes de notre temps.

Le don du philanthrope suédois ne reconstruira pas, à lui seul, Gaza, il ne rendra pas les parents disparus, n’effacera pas les traumatismes ni les nuits d’angoisse. Mais il offre un geste inestimable : la possibilité de recommencer. Une école est plus qu’un bâtiment. Victor Hugo écrivait : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. », c’est une déclaration de confiance adressée à l’avenir. C’est une manière de dire à un enfant gazaoui : « Tu vaux davantage que cette guerre.»

Dans un temps où tant de puissants investissent dans les armes, Roger Akelius a choisi d’investir dans les cahiers, c’est une manière de rappeler qu’une école ouverte est toujours une défaite infligée à la barbarie.

Auteur

Hamma Hannachi

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