Alors que la Tunisie traverse une nouvelle vague de chaleur, une question revient avec insistance sur les réseaux sociaux et dans les conversations du quotidien : comment expliquer que le bulletin météorologique annonce 43 °C alors que beaucoup affirment ressentir une chaleur proche de 50 °C ?
L’ingénieur en hydrométéorologie à l’Institut national de la météorologie (INM), Mehrez Ghannouchi, apporte une réponse claire : il ne s’agit pas d’une erreur dans les prévisions, mais d’une distinction fondamentale entre la température de l’air mesurée et la température ressentie par le corps humain. Cette dernière dépend de plusieurs paramètres environnementaux qui peuvent considérablement amplifier la sensation de chaleur, sans pour autant modifier la température officielle enregistrée par les stations météorologiques.
Une mesure scientifique… et une sensation bien réelle
La température publiée dans les bulletins météo correspond à une mesure réalisée selon les normes de l’Organisation météorologique mondiale. Les capteurs sont installés dans des abris météorologiques normalisés, à l’ombre, à environ deux mètres du sol et à l’écart des surfaces susceptibles de fausser les relevés, comme le béton, l’asphalte ou les façades exposées au soleil. Cette méthode garantit des données fiables et comparables à l’échelle internationale.
La température ressentie, en revanche, ne constitue pas une mesure physique, mais un indicateur qui traduit la manière dont le corps humain perçoit la chaleur. Elle tient compte de plusieurs facteurs, notamment le taux d’humidité, la vitesse du vent, l’intensité du rayonnement solaire ainsi que l’environnement immédiat.
L’humidité joue un rôle déterminant. En temps normal, l’organisme régule sa température grâce à l’évaporation de la transpiration. Mais lorsque l’air est fortement chargé en humidité, cette évaporation devient moins efficace. La chaleur s’évacue plus difficilement, ce qui accentue la sensation d’inconfort et augmente le risque de stress thermique.
Selon Mehrez Ghannouchi, une température de 38 °C accompagnée d’une humidité de 30 % peut être ressentie comme 43 °C. Avec un taux d’humidité de 70 %, cette même température peut donner une impression de chaleur dépassant 58 °C. Même une température de 32 °C peut être perçue comme 42 °C lorsque l’humidité atteint 60 %.
Une vigilance renforcée pendant les vagues de chaleur
Cette réalité explique notamment pourquoi les régions côtières tunisiennes, pourtant souvent moins chaudes que l’intérieur du pays, peuvent s’avérer particulièrement éprouvantes en été. L’humidité élevée réduit la capacité du corps à se refroidir naturellement, rendant la chaleur plus difficile à supporter.
L’expert rappelle toutefois que la température ressentie ne remplace pas la température officielle. Elle constitue avant tout un indicateur de risque sanitaire, largement utilisé dans plusieurs pays, notamment en Europe et en Amérique du Nord, afin d’évaluer les dangers liés aux épisodes de fortes chaleurs et de déclencher, si nécessaire, des alertes destinées à protéger la population.
Dans le contexte de la vague de chaleur actuelle, certaines régions pourraient enregistrer des températures comprises entre 43 et 47 °C, tandis que la chaleur ressentie pourrait être nettement supérieure, en particulier dans les zones humides, lorsque les vents sont faibles et que l’exposition au soleil est prolongée.
Au-delà des chiffres, les spécialistes invitent donc la population à adopter les bons réflexes : s’hydrater régulièrement, éviter les déplacements durant les heures les plus chaudes de la journée et accorder une attention particulière aux personnes les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées et les malades chroniques.
En période de canicule, le thermomètre ne raconte qu’une partie de l’histoire. Pour mesurer le véritable impact de la chaleur sur l’organisme, il faut également tenir compte de l’humidité, du vent et du rayonnement solaire, autant de facteurs qui déterminent la température réellement ressentie par le corps humain.



