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Saber Rebaï ouvre en apothéose la 60e édition du Festival de Carthage

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  • 17 juillet 2026
  • 6 min de lecture
Saber Rebaï ouvre en apothéose la 60e édition du Festival de Carthage

Le chanteur tunisien Saber Rebaï a présenté une grande fresque musicale en ouverture de la 60e édition du Festival international de Carthage, jeudi soir, devant un amphithéâtre romain affichant complet. Intitulé « Sous le jasmin », ce 23e passage de l’artiste sur la scène antique a été pensé comme une création originale axée sur la transmission intergénérationnelle, marquée par des duos inédits et l’usage de l’intelligence artificielle.

Confirmant sa grande maturité artistique et sa sagesse, le chanteur-compositeur a traduit cette démarche par le partage avec les figures emblématiques Lotfi Bouchnak et Cheb Khaled, la transmission en invitant quatre voix de la jeune génération – Ahmed Rebaï, Molka Cherni, Mohamed Ali Chebil et Boutheina Nabouli- et le devoir de mémoire en hommage aux artistes tunisiens l’ayant précédé.

En cette nuit d’été particulièrement chaude, devant un amphithéâtre romain affichant complet, le chanteur-compositeur a d’abord interprété ses premiers succès avant de s’adresser à la foule. Le Prince de la chanson arabe a donné le ton de la soirée dès ses premières allocutions : « En cette nuit, nous ne célébrons pas seulement les 60 ans d’un festival, mais 60 ans de la mémoire d’une patrie », a-t-il lancé. « Le véritable message de Carthage n’est pas de remplacer une génération par une autre, mais de transmettre le flambeau de main en main sans qu’il ne s’éteigne ».

De Sfax à la célébrité arabe : un retour aux sources

Le spectacle s’est ouvert sur une rétrospective vidéo retraçant le parcours de l’artiste, originaire de Sfax, avant de laisser place à une formation réunissant des musiciens de plusieurs pays (Tunisie, Algérie et France), placés sous la direction du maestro Kais Melliti.

Saber Rebaï a ainsi construit la première partie du concert sous la forme d’un voyage musical à travers le temps, naviguant entre ses premiers albums et ses productions récentes. Le public a accompagné l’artiste sur ses classiques incontournables, reprenant en chœur Ezz el Habayeb, Tmanit, Bibassata et son tube à succès Barcha, ainsi que les titres Mathalt el Hob alya, Ezzet nafsi et Meziana.

Le chanteur a également choisi cette scène pour dévoiler ses deux dernières créations : Tayer, une chanson pop en dialecte libanais, écrite par Salah Balloul et composée par Ahmad Baraka, saluée par la critique pour sa rythmique estivale, et le morceau éponyme de sa fresque, Sous le jasmin. Cette œuvre bilingue franco-arabe, dont Rebaï a lui-même écrit les paroles en arabe et signé la composition, est décrite par la presse arabe spécialisée comme une fusion romantique et fluide entre les deux langues. Le titre déploie une déambulation nostalgique à forte identité tunisienne évoquant les ruelles traditionnelles de la Médina, portée par des arrangements modernes de Hamdi Mehairi.

Duos intergénérationnels

Le cœur du projet « Sous le jasmin » s’est matérialisé par une série de collaborations sur scène visant à lier le passé et l’avenir de la musique tunisienne. Le moment le plus marquant de la soirée a été l’hommage rendu à la diva disparue Dhekra Mohamed. Après la diffusion d’un extrait sonore de sa voix sur le titre Elassami, Saber Rebaï a été rejoint par son neveu Ahmed Rebaï et la jeune révélation Molka Cherni pour un trio inédit. La performance s’est accompagnée d’une projection visuelle générée par intelligence artificielle, reconstituant les traits de la chanteuse disparue au milieu des gradins. Le trio a enchaîné sur le classique Yom lik w youm alik.

C’est ensuite la figure emblématique de la chanson tunisienne, Lotfi Bouchnak, qui est montée sur scène en jebba traditionnelle pour interpréter Ritek ma naaref win et Ya Dalloula en duo avec Rebaï. Dans ce tube éternel que les Tunisiens connaissent par cœur, Saber Rebaï a su apporter l’empreinte unique de sa voix, déployée comme un véritable instrument, offrant une relecture d’une profonde intensité.

Deux figures montantes de la nouvelle scène, Boutheina Nabouli et Mohamed Ali Chebil, les ont ensuite rejoints. Ce quatuor a livré une suite patrimoniale dédiée aux figures de l’âge d’or de la musique tunisienne, reprenant successivement Mahabitech, Ydhik bik eddahr ya meziena, Ah weddaouni et Lamouni elli gharou menni.

La surprise Cheb Khaled

Le « Roi du Raï », Cheb Khaled, a fait une apparition surprise sur scène aux côtés de Saber Rebaï. Les deux stars ont fusionné les rythmes tunisiens et algériens en interprétant leurs succès planétaires respectifs, Sidi Mansour et Abdelkader ya Boualem. Cette apparition intervient à deux jours du propre concert de Cheb Khaled à Carthage, prévu le 18 juillet, qui affiche complet.

En conférence de presse à l’issue du spectacle, Saber Rebaï a affirmé que le Festival international de Carthage, qui suscite toujours un vif intérêt auprès des médias culturels et du public, demeure « le plus important festival au monde ». « Bien plus qu’une simple scène, Carthage est synonyme d’histoire, de gloire, de souvenirs, de joie, mais aussi d’un public, d’une responsabilité et de beaucoup de travail », a-t-il confié, qualifiant d’immense privilège et de lourde responsabilité la charge d’ouvrir cette édition anniversaire.

L’artiste a révélé que ce projet d’envergure avait été mis sur pied en un « laps de temps très court », saluant la réactivité de ses équipes pour répondre aux exigences techniques d’une ouverture de cette importance. Accompagné de son neveu Ahmed Rebaï, le chanteur-compositeur a insisté sur le fait que la fresque « Sous le jasmin » – dont il a personnellement supervisé toutes les étapes de création avec sa direction artistique et ses collaborateurs – avait été pensée pour condenser sa vision et célébrer ces six décennies.

Son intention était de traduire l’idée que Carthage incarne le passé, le présent et le futur, tout en transmettant le flambeau aux jeunes artistes pour qu’ils marchent avec persévérance sur les pas de leurs aînés.

Les festivités de cette 60e édition, qui compte vingt grands spectacles, se poursuivront à Tunis jusqu’au 19 août prochain.

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Auteur

La Presse

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