Amine Aloulou : “La Tunisie doit agir aujourd’hui pour ne pas rater le train de l’intelligence artificielle”
La Tunisie doit agir dès aujourd’hui pour ne pas rater la révolution de l’intelligence artificielle (IA). C’est le message porté par Amine Aloulou, président de l’Association des Tunisiens des Grandes Écoles (ATUGE) en Tunisie, à l’occasion de la 3ᵉ édition du Tunisia Global Forum, organisée sous le thème “Bâtir l’avenir à l’ère de l’intelligence artificielle”.
Dans une déclaration accordée à La Presse de Tunisie, Amine Aloulou a insisté sur la nécessité d’une prise de conscience collective et d’un projet national associant l’État, les acteurs économiques, les startups, les compétences tunisiennes et la diaspora, afin de transformer l’intelligence artificielle en opportunité de croissance et d’innovation.
“Nous avons tous les ingrédients pour réussir, mais aussi tous les ingrédients pour ne pas réussir si nous ne faisons rien aujourd’hui”, a-t-il résumé, appelant à une mobilisation immédiate autour de cette transformation technologique majeure.
Un forum qui s’impose comme un rendez-vous des talents tunisiens du monde
Organisé par l’ATUGE, le Tunisia Global Forum s’est imposé, édition après édition, comme un espace de rencontre entre les compétences tunisiennes établies en Tunisie et à l’étranger, les entrepreneurs, les investisseurs et les décideurs économiques.
Le choix d’organiser cet événement durant la période estivale répond à une logique précise, selon Amine Aloulou : profiter de la présence en Tunisie de nombreux membres de la diaspora pour dépasser le cadre traditionnel des vacances familiales et créer un moment de reconnexion avec les enjeux économiques et les opportunités de développement du pays.
“L’idée forte était dès le début de saisir cette opportunité de leur présence pour que les vacances ne se limitent pas à l’aspect famille et plage, mais qu’elles soient aussi un moment de reconnexion avec l’avenir de notre pays, ses acteurs économiques et ses opportunités”, a-t-il expliqué.
Cette troisième édition a enregistré une participation record avec 2 500 participants présents sur place, plus de 3 000 personnes connectées à distance, 150 entreprises et startups représentées ainsi que 80 intervenants mobilisés autour de conférences et de débats consacrés à l’intelligence artificielle, aux talents, à la formation, à la transformation des métiers et aux expériences entrepreneuriales.
L’intelligence artificielle, une opportunité que la Tunisie ne doit pas manquer
Pour le président de l’ATUGE, le choix de placer cette édition sous le signe de l’intelligence artificielle n’est pas un effet de mode, mais une nécessité stratégique.
“Personne aujourd’hui ne peut ignorer l’importance de ce sujet et l’impact qu’il aura demain sur notre avenir”, a-t-il souligné.
Face aux interrogations sur la pertinence d’aborder l’IA alors que le pays fait face à des défis immédiats liés à l’économie, aux infrastructures ou encore à l’énergie, Amine Aloulou estime au contraire que le moment est venu d’agir.
“Si on n’en parle pas aujourd’hui, si on ne se pose pas les bonnes questions, nous risquons de rater ce train et cette opportunité, avec un impact très grave pour notre pays et pour nos enfants”, a-t-il averti.
Selon lui, la Tunisie dispose déjà de plusieurs atouts : des compétences humaines reconnues, un écosystème entrepreneurial dynamique, des startups innovantes et une diaspora capable d’apporter expertise, investissement et réseaux internationaux.
Quatre priorités pour construire un écosystème tunisien de l’IA
Amine Aloulou a identifié plusieurs axes prioritaires pour permettre à la Tunisie de tirer profit de l’intelligence artificielle. Le premier concerne le développement des usages et des applications liées à l’IA, en s’appuyant sur les talents tunisiens, les entreprises et les startups.
Le deuxième porte sur la nécessité d’améliorer progressivement les infrastructures numériques et énergétiques indispensables au développement de cette technologie. Il a notamment insisté sur la nécessité de lever certains freins réglementaires qui limitent aujourd’hui l’investissement, notamment dans les énergies renouvelables et l’écosystème startup.
“On ne peut pas attendre que les moyens arrivent du néant. Il faut travailler progressivement sur nos infrastructures, dans une approche d’investissement centrée sur la création de valeur et la frugalité”, a-t-il expliqué.
Le troisième axe concerne les talents tunisiens à l’étranger, considérés comme “un actif majeur” pour le pays. L’objectif est de faciliter le retour de ceux qui souhaitent rentrer, encourager l’investissement de ceux qui veulent contribuer à distance et renforcer les échanges d’expertise entre la Tunisie et sa diaspora.
Finalement et non moins important, il a insisté sur l’importance d’un cadre de gouvernance et d’une vision collective permettant d’encadrer cette transformation.
Un Livre blanc sur l’IA présenté comme un point de départ
À l’occasion du Tunisia Global Forum, l’ATUGE présente également un Livre blanc consacré à l’intelligence artificielle en Tunisie, fruit d’un travail collaboratif réunissant plus d’une vingtaine d’experts, d’entrepreneurs et de compétences tunisiennes en Tunisie et à l’étranger.
Réalisé pendant plusieurs mois sur une base bénévole, ce document se veut, selon Amine Aloulou, non pas un programme figé, mais “un point de départ” pour lancer une réflexion collective.
“Ce n’est pas un programme qui dit voilà ce qu’il faut faire. C’est vraiment le début d’une prise de conscience collective”, a-t-il précisé.
Le Livre blanc sera publié en accès libre (open source) afin de permettre aux acteurs économiques, aux institutions, à la société civile et aux citoyens de contribuer à son enrichissement.
À travers cette initiative, l’ATUGE ambitionne de faire émerger une réflexion nationale autour de l’intelligence artificielle et de créer les conditions permettant à la Tunisie de transformer cette révolution technologique en opportunité de développement économique et social.


