Economie

Réindustrialisation de l’Europe : Quelles implications pour la Tunisie ?

  • 4 septembre 2026
  • 5 min de lecture

La réindustrialisation de l’Europe continue d’occuper les devants de la scène du débat public, malgré certaines disparités entre les pays européens eux-mêmes et une trame de pessimisme quant aux moyens humains et financiers qui préoccupent les entrepreneurs, mais également au regard de la concurrence chinoise et américaine.

La Presse — Tout récemment, à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France (ERF), tenue à Roland Garros les 26 et 27 août dernier, la question a été débattue en présence de 7 candidats à la prochaine présidentielle en mai 2027, les industriels interrogeant les politiques comment comptent-ils faire pour accélérer cette réindustrialisation.

Une enquête réalisée pour le compte du Medef (patronat français) auprès de 66.000 entreprises révélait que 81% des sondés pensaient que la réindustrialisation faisait partie des principales priorités au cours du prochain quinquennat, aux côtés de la réduction de la fiscalité (83%), la réduction de la dette publique et la simplification des normes (75%).

Certes, la question semble, de prime abord, une problématique purement franco-européenne, bien que le but annoncé de cette réindustrialisation soit de réduire les importations et de renforcer la souveraineté industrielle du vieux continent. Toutefois, pour un pays comme la Tunisie, dont l’économie est étroitement liée au marché européen, une question légitime se pose : dans quelle mesure cela impactera l’activité économique en Tunisie, surtout que l’UE demeure son premier partenaire économique.

Le débat en rapport avec cette problématique laisse émerger trois concepts majeurs. Le premier consiste à délimiter le champ des activités industrielles ciblées. Pour la plupart des acteurs, réindustrialiser ne signifie pas réintroduire l’industrie du passé, bien qu’en partie, cela se traduise par la relocalisation de certaines activités considérées comme stratégiques, à l’instar des domaines de la santé, la défense, l’alimentation, l’énergie, etc.

Les activités de sous-traitance, comme celles relevant de la loi 72 en Tunisie, ne sont pas pour l’heure prioritaires, du fait de la proximité de l’Europe, mais aussi au regard de la compétitivité du site tunisien… Ce que veut l’Europe, c’est une industrialisation orientée vers l’avenir et basée sur la haute technologie, l’économie verte et décarbonée, la production utilisant l’intelligence artificielle, etc.

Ce sont au fait des domaines ciblés un peu partout dans le monde, entre autres, en Tunisie. Le deuxième volet concerne les finances. Pour cette réindustrialisation, l’Europe a besoin de beaucoup de fonds, alors qu’elle éprouve de nombreuses difficultés en raison des conséquences de la guerre en Ukraine.

Cette même guerre est au fait une source de motivation pour renforcer le compter sur soi industriel, un concept déjà prisé en Tunisie, toutes proportions gardées. Le troisième chantier sur lequel l’Europe se concentre est celui de l’expertise et de la main-d’œuvre. Il s’avère, au fait, que pour se réindustrialiser, l’Europe a un besoin pressant d’ingénieurs, de techniciens et de main-d’œuvre qualifiée.

Cette dimension est déjà pensée et théoriquement résolue par la mise en place d’un système de migration sélective, puisant dans le système éducatif et les compétences de plusieurs pays partenaires, dont la Tunisie. 46.000 départs d’ingénieurs tunisiens ont été enregistrés au cours des dix dernières années, soit 42% des effectifs inscrits à l’Ordre des ingénieurs tunisiens.

Sans doute, l’Europe offre une meilleure rémunération et des chances d’évolution personnelles et professionnelles plus intéressantes. Pour l’heure, le seul bénéfice qui revient à la Tunisie, c’est le transfert d’argent de sa diaspora qui, de plus en plus important, devient une ressource importante en devises permettant de contribuer au rééquilibrage de ses finances.

Il va sans dire que sur ce volet précis, la Tunisie, qui ne met aucun obstacle pour endiguer la fuite des compétences, pourrait négocier une nouvelle posture lui permettant de mieux valoriser ses ressources humaines dans lesquelles elle avait longtemps investi, surtout à l’heure où les appels à renégocier l’accord de partenariat avec l’UE se multiplient et que la Tunisie elle-même mise pour son avenir sur l’économie verte, la haute technologie, les secteurs à haute valeur ajoutée, etc.

Aujourd’hui, de nombreux secteurs productifs travaillent en réseau à partir de plusieurs points éloignés les uns des autres à travers le monde et la Tunisie pourrait exiger une meilleure intégration, grâce à ses ingénieurs, dans ces chaînes futuristes. Elle pourrait également exiger une meilleure implication du partenaire européen dans le financement de la formation de base et continue de ressources humaines.

Et puis, en ces temps de bouleversements géostratégiques, n’est-il pas judicieux de repenser son positionnement sur la nouvelle carte économique, ou attendons-nous de résoudre d’abord cet épineux désordre de pénurie d’eau embouteillée !

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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