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Reportage – Rafraf : Quand la mer devient le gagne-pain de tout un village

  • 21 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Reportage – Rafraf : Quand la mer devient le gagne-pain de tout un village

Chaque été, la plage de Rafraf Lahmeri se transforme en une véritable ruche. Si les vacanciers viennent chercher fraîcheur et dépaysement, des dizaines de travailleurs saisonniers y trouvent une occasion pour gagner leur vie. Entre vendeurs ambulants, loueurs d’embarcations et restaurateurs, la baie vit au rythme d’une économie estivale où chaque rayon de soleil est synonyme d’espoir.

La Presse — Dès les premières heures de la matinée, la plage de Rafraf Lahmeri change de visage. Les familles s’installent sous les parasols, les enfants courent vers une mer déjà chaude et les premiers baigneurs prennent possession d’une eau limpide qui fait la réputation de cette station balnéaire du nord de la Tunisie. Au fil des heures, la plage se remplit jusqu’à ne plus laisser le moindre espace libre. Sur le sable comme dans la mer, la foule est partout.

Cette affluence témoigne de l’engouement grandissant pour Rafraf, dont les paysages, où les montagnes plongent dans la Méditerranée, séduisent un nombre croissant de visiteurs venus de tout le pays.

Une armée de petits métiers

Mais derrière cette image de vacances se cache une autre réalité, plus discrète et pourtant omniprésente : celle de dizaines de femmes et d’hommes qui vivent de la saison estivale. Pour eux, chaque week-end ensoleillé représente une précieuse source de revenus, parfois la seule de l’année.

À peine installé sur sa serviette, le vacancier est sollicité. Un vendeur de pop-corn passe en faisant tinter sa clochette. Quelques mètres plus loin, un adolescent porte sur l’épaule un grand couffin rempli de glaces. Un autre propose des kakis, des glibettes, des cacahuètes ou de la barbe à papa. Les allées et venues sont incessantes et les petits prix attirent une clientèle soucieuse de préserver son pouvoir d’achat.

Une mer transformée en parc de loisirs

L’animation est encore plus spectaculaire du côté de la mer. Là où, autrefois, seuls les nageurs évoluaient tranquillement, se croisent aujourd’hui pédalos multicolores, kayaks, canots, planches à voile, scooters des mers et vedettes rapides. À certains moments de la journée, la densité des baigneurs est telle qu’il devient difficile de distinguer les espaces réservés à la baignade de ceux occupés par les embarcations.

Les éclats de rire des enfants se mêlent au vrombissement des moteurs et aux appels répétés des loueurs. «Une balade en mer ? Un tour en pédalo ? Un kayak?» Les propositions fusent de toutes parts.

Les activités nautiques se sont multipliées au point de transformer la baie en un vaste parc de loisirs à ciel ouvert. Chaque prestation est payable rubis sur l’ongle, avant même l’embarquement. Une heure de pédalo est proposée autour de 20 dinars, tandis que les vedettes rapides emmènent les visiteurs jusqu’à l’îlot Pilau, affectueusement surnommé «Sabbat».

Quand l’ingéniosité remplace l’emploi

Cette effervescence commerciale peut parfois donner l’impression d’une concurrence exacerbée, chacun cherchant à convaincre le vacancier de choisir son activité. Mais derrière cette apparente insistance se cache une réalité sociale bien plus profonde.

Faute d’emploi stable, beaucoup de Tunisiens investissent leurs économies dans un pédalo, un kayak ou une petite vedette. D’autres sillonnent la plage, un couffin sur l’épaule, sous un soleil de plomb, espérant vendre quelques glaces ou sachets de cacahuètes. L’été est court et chaque journée compte.

Les restaurateurs ne sont pas en reste. Certains proposent des formules originales associant un repas de poisson grillé à une promenade en mer jusqu’à l’îlot Pilau pour près de 80 dinars, offrant ainsi aux visiteurs une expérience complète mêlant gastronomie et découverte du littoral.

La mer entre loisir et survie économique

La renommée de Rafraf continue de grandir avec le développement des résidences secondaires et des locations de vacances. Cette fréquentation record fait vivre toute une économie locale où chaque métier, aussi modeste soit-il, trouve sa place.

Lorsque le soleil décline et que les derniers baigneurs quittent la plage, les vendeurs replient leurs marchandises et les embarcations regagnent le rivage. Derrière les sourires des estivants restent les visages marqués par une longue journée de travail. Pour ces hommes et ces femmes, Rafraf n’est pas seulement une destination touristique. C’est, durant quelques semaines, le théâtre d’une lutte quotidienne pour gagner dignement sa vie grâce à la mer.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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