Et si le vent tournait enfin ?
Pendant des décennies, un axiome semblait intangible : le soutien des États-Unis à I’Etat sioniste relevait davantage du dogme que du débat. Républicains et démocrates rivalisaient d’empressement pour réaffirmer une alliance qualifiée d’«indéfectible», tandis que toute remise en cause de l’aide militaire était aussitôt assimilée à une hostilité envers l’État voyou lui-même. Or, depuis quelques mois, les certitudes vacillent, ce qui paraissait impensable hier devient aujourd’hui un sujet de discussion au cœur même des institutions américaines.
Le récent vote de la Chambre des représentants en constitue un symptôme frappant. Certes, la proposition visant à réduire de 3,3 milliards de dollars le financement militaire annuel à l’Etat sioniste a été rejetée; mais l’essentiel est ailleurs : plus d’une centaine de parlementaires ont choisi de rompre avec une tradition politique vieille de plusieurs décennies. En avril 2024, seuls trente-sept élus démocrates s’étaient opposés à une aide supplémentaire. Aujourd’hui, ils sont plus de cent à demander que cesse ce flux financier. Une telle évolution n’est pas anodine.
Ce basculement traduit une transformation plus profonde de l’opinion américaine. Le vice-président J.D. Vance lui-même a reconnu que l’Etat sioniste était « en train de perdre l’opinion publique américaine». Une affirmation qui aurait semblé inimaginable il y a encore quelques années. Les nouvelles générations, y compris au sein de la communauté juive américaine, regardent désormais le conflit avec des lunettes différentes de celles de leurs aînés. Les images de destruction à Gaza, la colonisation rampante de la Cisjordanie, le nombre considérable de victimes civiles et les accusations répétées de violations du droit international ont profondément ébranlé les récits traditionnels.
Des organisations juives proches de l’Aipac, le puissant lobby pro-Etat sioniste, ont cette fois choisi de s’en affranchir. Le monopole du discours favorable à cet Etat colonial n’est plus absolu : une pluralité de voix s’impose désormais dans un paysage politique américain longtemps verrouillé.
Les détracteurs du gouvernement estiment que l’assassin Netanyahu cherche avant tout à desserrer l’étau judiciaire qui l’entoure dans les affaires de corruption et d’abus de confiance dont il fait l’objet. En parallèle, le maintien de son alliance avec les partis ultra-orthodoxes (ceux de Ben Gvir et consorts), opposés à la conscription de leurs fidèles, apparaît comme la condition de sa survie au pouvoir. La défense des intérêts partisans semble ainsi prendre le pas sur les principes de l’État de droit.
L’Etat sioniste se retrouve donc confronté à une double érosion : celle de son illusoire crédit démocratique à l’intérieur et celle de son capital politique à l’extérieur. Longtemps présenté comme «la seule démocratie du Moyen-Orient».
Le changement observé à Washington ne signifie pas que l’alliance américano-sioniste soit sur le point de s’effondrer. Elle demeure solide, soutenue par de puissants intérêts stratégiques. Mais une évidence s’impose : le soutien inconditionnel n’est plus une vérité incontestable.



