Le secteur de l’élevage demeure un pilier incontournable de l’économie agricole tunisienne. Après des années de sècheresse récurrentes, le cheptel national, fragilisé, sort progressivement de la zone critique. La filière reste, toutefois, confrontée à des lacunes structurelles persistantes. Comment dépasser la crise ? Le ministère de l’Agriculture s’engage à reconstituer le cheptel national.
La Presse —L’élevage est plus qu’un segment économique, c’est un pilier du monde rural. Cette filière demeure exposée aux vulnérabilités d’un système fortement dépendant de la pluviométrie et des importations de fourrages.
Aujourd’hui, la fragilité structurelle continue de peser sur cette filière, dont l’équilibre reste étroitement lié aux conditions climatiques et à la volatilité des marchés internationaux des intrants agricoles. La dépendance se reflète ainsi dans les coûts supportés par les éleveurs.
Les prix aussi, paille et fourrage, demeurent élevés malgré l’amélioration des pâturages liée aux précipitations hivernales et printanières. Si ces pluies ont temporairement allégé la pression sur les exploitants, elles n’ont pas pour autant effacé les déséquilibres accumulés au fil des campagnes marquées par la sécheresse. Car, les dérèglements climatiques touchent les ressources pastorales, les cultures fourragères, et les résidus de culture qui servent à nourrir le bétail.
Plan de relance
Si l’amélioration des conditions climatiques a offert un répit bienvenu à la filière, l’intervention du ministère de tutelle pourrait également jouer un rôle déterminant dans la stabilisation du secteur. Loin d’adopter une posture attentiste, le ministère de l’Agriculture a déployé un plan de reconstitution du cheptel, conçu comme un dispositif pour soutenir durablement les éleveurs et préserver les capacités productives nationales.
L’alimentation animale est déterminante dans les coûts de production et dans le maintien de l’activité d’élevage. Plus l’alimentation est disponible, plus les éleveurs ont la possibilité de maintenir et de garder leurs troupeaux. La question du fourrage est donc centrale.
Le véritable enjeu consiste désormais à adopter un modèle durable et résilient, capable de réduire sa dépendance aux importations de fourrages, d’amortir les chocs climatiques et de sécuriser durablement la souveraineté alimentaire nationale.
Vitalité économique
L’élevage représente une source de revenus essentielle pour de nombreuses familles rurales et contribue à la vitalité économique de vastes régions. Mais derrière cette activité indispensable se cache aujourd’hui une réalité plus difficile. Entre sécheresse, hausse des coûts de production et manque de rentabilité, de nombreux éleveurs traversent une période de plus en plus complexe.
La raréfaction des ressources en eau représente également une préoccupation grandissante. Le développement des cultures fourragères locales, l’amélioration de la gestion de l’eau et le renforcement de l’accompagnement technique des éleveurs figurent parmi les pistes les plus souvent évoquées.
La valorisation des races locales, mieux adaptées aux conditions climatiques tunisiennes, pourrait aussi contribuer à renforcer la résilience des élevages face aux épisodes de sécheresse et aux fortes températures.
Rétablissement du marché domestique
Le ministère de l’Agriculture a annoncé, au début du mois de juillet, la mise en place d’un plan quinquennal de relance du secteur de l’élevage sur la période 2026‑2030. Les actions prévues dans le cadre de ce plan reposent sur quatre principaux axes, à savoir : la reconstitution des troupeaux bovins et des petits ruminants, le développement des ressources fourragères, la numérisation du suivi du cheptel et le renforcement des services de santé animale.
Des sources de financement seront mobilisées, notamment le budget de l’Etat, le Fonds de développement de la compétitivité du secteur agricole et des ressources extérieures. «Cette orientation avait déjà été amorcée dans la loi de finances 2025, qui a mobilisé une enveloppe de 10 millions de dinars (3,38 millions de dollars) pour soutenir la reconstitution du cheptel bovin.
Sur ce montant, 5 millions de dinars sont destinés à renforcer les fonds propres des petits éleveurs afin de faciliter leur accès aux crédits bancaires pour l’acquisition de génisses. Les 5 millions de dinars restants financent une prime exceptionnelle visant à encourager l’élevage des génisses et des veaux de race pure ». Cette aide est versée à différentes étapes du cycle d’élevage, de la naissance jusqu’au premier vêlage, afin de soutenir durablement le renouvellement du cheptel national.
Le plan de relance du secteur de l’élevage de bétail est décidé au moment où la taille du cheptel national ne cesse de régresser. Selon les indicateurs, la Tunisie qui comptait un total estimé à près de 8,37 millions de têtes de bétail (ovins, caprins et bovins) en 2016, enregistre une baisse de cet effectif de près de 30 % pour se situer à 5,94 millions de têtes en 2022.
En outre, l’effet combiné de la sécheresse prolongée, de la hausse des prix internationaux des matières premières ainsi que de la dépendance aux importations d’aliments pour animaux a fortement dégradé la rentabilité des exploitations.
Face à cette situation alarmante, une partie des éleveurs a réduit ses activités ou quitté la filière, alors que d’autres ont été contraints de vendre une partie de leurs animaux pour faire face à leurs charges.
À travers ce plan de relance, la Tunisie vise un rétablissement progressif de l’équilibre sur le marché des produits animaux, sous tension depuis plusieurs années avec la contraction du cheptel.
Par ailleurs, l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP) a fait savoir, selon ses statistiques, que « le prix moyen d’une brebis est passé d’une fourchette comprise entre 240 et 300 dinars en 2010 à près de 2 500 dinars au cours du premier semestre 2026. Parallèlement, la production nationale de viande rouge a reculé d’environ 10 % sur la même période, passant de 122 700 t en 2010 à quelque 110 800 t en 2025, alors que la demande demeure soutenue ».
Sur le marché de la viande, la baisse de l’offre locale a contribué à une augmentation des prix, poussant les autorités à renforcer les importations afin de maintenir l’approvisionnement des consommateurs.
C’est dire que le plan de relance annoncé par le ministère de l’Agriculture vise à la fois un rétablissement du marché domestique et la reconstitution du cheptel tunisien.
Rappelons que «l’élevage contribue à hauteur de 38 % au PIB agricole et procure de l’emploi à 22 % de la main‑d’œuvre du secteur».



