L’été 2026 sera, semble-t-il, plus chaud que ceux qui l’ont précédé ; une estimation qui ne s’appuie aucunement sur de simples prémonitions mais plutôt sur des données scientifiques avancées par les météorologues et les climatologues sur le phénomène El Niño. C’est ainsi que depuis quelque temps, nous assistons à une augmentation des températures sans précédent, qui perdure et intrigue aussi bien les spécialistes que Monsieur Tout-le-monde.
A quoi devrions-nous nous attendre d’ici la fin de la saison estivale et les prochaines années ? Hamdi Hached, ingénieur spécialisé en environnement et en climat, nous éclaire sur la situation. Il propose des mesures qui seraient plus que salutaires pour les prochaines années.
1- A quoi assistons–nous, sur le plan climatique, dans la région méditerranéenne et en Tunisie en particulier ?
Nous assistons à un phénomène exceptionnel qui place 62% du globe terrestre — soit près des deux tiers de la Terre — sous l’emprise d’une chaleur inhabituellement élevée, voire exceptionnelle ! Le qualificatif «exceptionnel» est justifiable à plus d’un titre : d’abord, la canicule n’a jamais eu une telle étendue géographique. Elle touche, en effet, les deux tiers du globe terrestre, ce qui est énorme.
Les Tunisiens ont dû passer ces douze derniers jours dans une température qui n’a pas chuté à moins de 37°C; une température qui pourrait être considérée comme un nouveau seuil thermique. Nous avons vécu dernièrement sous l’effet des «tropical nights» ou des nuits tropicales. Ces dernières sont connues pour être extrêmement chaudes, vu que le mercure affiche des températures supérieures ou égales à 30°C, d’où le stress thermique et l’incapacité des gens à récupérer même durant la nuit. Pis encore : le nombre de nuits tropicales va crescendo.
En résumé, l’augmentation du seuil thermique qui a atteint les 37°C, la durée de la canicule et le blocage de la dépression thermique confèrent à cet été son aspect exceptionnel. Il est à savoir aussi que l’administration nationale américaine des océans et de l’atmosphère (Noaa) vient de classer la vague de chaleur marine que connaît la Méditerranée, et surtout en date des 20 et 21 juillet 2026, sous la catégorie 4, soit celle dite «extreme marine heatwave».
Cela revient à l’augmentation de la température de la surface marine de plus de cinq degrés en comparaison des valeurs normales. Atteindre la catégorie 4 signifie que nous sommes face à un évènement exceptionnel et rarissime, qui aura certainement des impacts notables sur l’écosystème marin.
2- Quels sont les scénarios climatologiques probables pour les années à venir ?
La hausse du seuil thermiqueest devenue la règle et il devient judicieux de s’attendre aux répercussions y référents dont des averses en été et des courtes périodes de chaleur en hiver. Ce qui est certain, c’est que cet été sera le moins chaud en comparaison des étés à venir.
3- Quelles sont vos recommandations en matière de mesures de précautions énergétiques et autres ?
Il convient de tabler, désormais, sur la climatisation passive en optant pour l’implantation des arbres et des végétaux, lesquels assurent, naturellement et proprement, le rafraîchissement de l’air et l’équilibre environnemental. Il faudrait aussi renforcer l’infrastructure énergétique afin de pouvoir faire face aux nouvelles exigences climatiques.
En outre, la sensibilisation et l’information constituent un facteur essentiel à la rationalisation de la consommation énergétique et à la protection de l’environnement. Certes, les réseaux sociaux jouent un rôle considérable dans ce sens, ce qui apporte une bouffée d’oxygène intellectuelle. Néanmoins, les institutions de l’Etat sont vivement appelées à utiliser la sensibilisation et l’information comme vecteur de conscience et de changement pro-écologique et pro-énergétique.
Par ailleurs, l’heure est aux constructions écologiques. Le recours à l’isolation thermique, à la technique de l’ombrage et à la climatisation passive s’impose. La présence des arbres doit être une condition indiscutable pour toute autorisation de construction. La végétation dans les quartiers doit être imposante et non pas limitée à un arbre ou deux arbres… Nul ne doute que la canicule pour certaines personnes à risque rime avec mort.
Aussi est-il fondamental, désormais, d’instaurer les jalons d’une justice sociale en matière de droit à la climatisation, et ce, au profit des catégories vulnérables. Il est donc inadmissible de fermer les yeux sur cette réalité et de priver les catégories vulnérables, notamment les personnes démunies, du droit à la climatisation.
Pour ce, instaurer un système de climatisation à faible coût en leur faveur constitue une mesure qui urge. Parmi les mesures indispensables à prendre désormais figure la libéralisation du secteur des énergies renouvelables. Il est absurde de rester sous l’emprise d’un système énergétique unique et archaïque.
Enfin, il faut se mettre à l’idée que le réchauffement climatique n’est pas une période caniculaire à surmonter avec les moyens du bord. Il s’agit plutôt des nouvelles caractéristiques climatologique de l’avenir. Aussi, choisissons-nous de convertir ce que nous vivons actuellement en une chance à saisir pour mettre en place des acquis fondamentaux les prochaines années et non comme une leçon punitive.



