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Moody’s confirme la perspective stable de la Tunisie : ce qui rassure… et ce qui continue d’inquiéter

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  • 28 juillet 2026
  • 6 min de lecture
Moody’s confirme la perspective stable de la Tunisie : ce qui rassure… et ce qui continue d’inquiéter

L’agence de notation Moody’s Ratings a achevé sa revue périodique des notations de la Tunisie, à l’issue d’un comité de notation tenu le 16 juillet 2026. Dans son analyse, l’agence ne procède pas à une nouvelle action de notation, mais réévalue la situation économique et financière du pays à la lumière de sa méthodologie et des évolutions récentes.

Moody’s maintient ainsi son appréciation selon laquelle la notation de la Tunisie reste contrainte par plusieurs facteurs majeurs : la faiblesse de la marge de manœuvre budgétaire, le niveau élevé de la dette publique, les obstacles structurels pesant sur la croissance à moyen terme et les difficultés persistantes d’accès au financement à des conditions soutenables.

L’agence souligne toutefois une amélioration de la position extérieure tunisienne, estimant que les besoins de financement extérieur sont désormais mieux couverts par les réserves en devises, qui, bien que restant modérées selon les standards internationaux, ont fait preuve de stabilité et de résilience ces dernières années, notamment malgré les importants remboursements d’euro-obligations.

Moody’s relève également que la Tunisie continue de bénéficier d’un soutien financier résiduel de ses partenaires internationaux, même si celui-ci reste ponctuel et limité au regard des besoins de financement de l’État.

Les réserves en devises résistent malgré la hausse de la facture énergétique

Selon Moody’s, la position extérieure de la Tunisie montre des signes de résistance dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’énergie.

L’agence indique que les importations énergétiques ont augmenté de 38 % en glissement annuel entre janvier et mai 2026, sous l’effet de la hausse des prix du pétrole, mais que les réserves en devises sont restées globalement stables. Elles couvraient l’équivalent de 3,3 mois d’importations en juin 2026.

Moody’s explique cette résilience par plusieurs facteurs, notamment la progression des exportations agricoles, la croissance continue des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et l’augmentation des investissements directs étrangers.

Les investissements directs étrangers ont progressé de 14 % sur un an au premier trimestre 2026, selon les données citées par l’agence.

L’agence estime en outre que le remboursement, en juillet 2026, du dernier grand eurobond tunisien a permis d’améliorer le profil d’amortissement de la dette extérieure du pays pour les prochaines années.

2026, une année de pause dans la consolidation budgétaire

Sur le plan des finances publiques, Moody’s considère que l’année 2026 marque une pause dans le processus de consolidation budgétaire. Cette situation s’explique notamment par l’augmentation de la masse salariale dans le secteur public et le lancement des premiers projets inscrits dans le cadre du Plan national de développement 2026-2030, intégré au budget 2026.

L’agence estime aussi que la hausse des prix mondiaux de l’énergie pourrait accentuer la pression sur les dépenses de compensation. Elle rappelle que les subventions énergétiques ont représenté en 2025 environ 20 % des dépenses publiques, soit l’équivalent de 6,8 % du PIB.

Pour Moody’s, la rigidité de la structure des dépenses publiques constitue l’une des principales vulnérabilités du profil financier tunisien.

Une croissance freinée par des obstacles structurels

Dans son évaluation, Moody’s attribue à la Tunisie une force économique notée « ba3 », reflétant un niveau de richesse modéré, une croissance structurelle faible, des obstacles persistants à la création d’emplois, des difficultés à développer un secteur privé moteur de croissance et une capacité limitée à attirer davantage d’investissements étrangers.

L’agence souligne également que ces contraintes contribuent aux tendances d’émigration et à la fuite des compétences.

Concernant les institutions et la gouvernance, Moody’s attribue une note « b2 », estimant que la Tunisie reste confrontée à des difficultés dans la mise en œuvre des réformes financières et dans la transformation du cadre institutionnel.

Cette appréciation est toutefois partiellement compensée par une politique monétaire et macroéconomique jugée relativement efficace.

La dette publique et les risques budgétaires restent les principales faiblesses

Moody’s attribue à la Tunisie une solidité budgétaire classée « caa1 », reflétant la dégradation des indicateurs budgétaires et de dette au cours de la dernière décennie, le poids des dépenses difficiles à réduire et les risques liés aux engagements financiers potentiels des entreprises publiques.

L’agence souligne notamment les risques liés aux garanties accordées aux entreprises publiques, qui représentent des passifs potentiels supplémentaires pour l’État.

Selon Moody’s, la situation conduit à un résultat de score indicatif final situé entre B3 et Caa2, contre un résultat initial situé entre B2 et Caa1. La notation attribuée reste toutefois dans la fourchette du résultat final indiqué par son modèle d’évaluation.

Sur un autre plan, Moody’s indique que les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont un impact négatif significatif sur la notation tunisienne.

L’agence attribue à la Tunisie un score d’impact ESG de niveau CIS-4, en raison notamment d’une exposition très élevée aux risques sociaux, d’un profil de gouvernance jugé faible et d’une capacité limitée des finances publiques à absorber les chocs sociaux.

Moody’s estime toutefois que les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger jouent un rôle compensateur important face aux faibles perspectives de revenus.

Une perspective stable, mais des risques équilibrés

La perspective stable associée à la Tunisie repose, selon Moody’s, sur l’hypothèse que les besoins de financement extérieur resteront contenus.

L’agence souligne cependant que plusieurs vulnérabilités demeurent dont les pressions liées aux prix élevés de l’énergie, le niveau toujours élevé de la dette publique et la poursuite du recours au financement monétaire par la Banque centrale. Moody’s estime que les risques sont globalement équilibrés.

Une amélioration de la notation pourrait intervenir en cas de progrès durables dans les réformes structurelles, d’accélération de la consolidation budgétaire, d’amélioration de la croissance et d’accès renforcé à des financements extérieurs à des coûts soutenables.

À l’inverse, une dégradation pourrait être envisagée en cas de pression accrue sur les réserves en devises, de durcissement important des conditions de liquidité intérieure et d’aggravation des déséquilibres budgétaires et extérieurs.

Finalement et non moins important, Moody’s précise que les notations de la Banque centrale de Tunisie (BCT), classées Caa1 avec perspective stable, restent inchangées.

L’agence rappelle que la Banque centrale assure l’émission et le remboursement des instruments de dette au nom du gouvernement tunisien.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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