L’histoire de notre pays ne cesse de nous le rappeler : notre terre, riche d’un passé millénaire, est reconnaissante envers tous ses enfants qui ont apporté leur pierre à son édifice, et c’est par des mains bienveillantes qu’elle les préserve aujourd’hui des affres de l’oubli.
Quel est ce peintre tunisien, né à des milliers de kilomètres de la terre qu’il allait tant aimer, dont le destin fera bientôt l’objet d’un documentaire tissant un pont entre la Tunisie et l’Indonésie ? Son nom : Hatem El Mekki.
Il est l’auteur de 454 timbres-poste, d’une pièce de monnaie et d’affiches devenues des icônes du patrimoine visuel tunisien. Pourtant, son nom reste peu connu au-delà des frontières du pays qu’il a tant contribué à représenter. Né en Indonésie, mort à Carthage, ce peintre au parcours singulier fait aujourd’hui l’objet d’un documentaire retraçant les liens entre les deux pays — l’occasion de (re)découvrir une œuvre et une trajectoire hors du commun.
Hatem El Mekki naît le 16 mai 1918 à Batavia, l’actuelle Jakarta, alors capitale des Indes orientales néerlandaises, d’un père tunisien expatrié. Il n’a que six ans lorsqu’il rejoint Tunis avec sa famille, en 1924, laissant derrière lui une terre natale dont il gardera pourtant l’empreinte toute sa vie. Certains historiens de l’art attribuent ainsi à ses origines une influence discrète mais réelle sur sa technique de l’aquarelle, dont la finesse évoque les traditions picturales d’Asie de l’Est.
Repéré très jeune pour son talent de dessinateur au Lycée Carnot de Tunis, il décroche plusieurs bourses qui lui ouvrent les portes de la France. À Paris et à Lyon, il se forme auprès des courants artistiques de son temps et fréquente des figures majeures de la vie intellectuelle française, dont Albert Camus et le philosophe Gaston Bachelard. En 1947, son travail est récompensé par le Premier Prix de l’affiche à Paris.
Mais c’est en Tunisie que son art trouve sa pleine expression. Sensible aux bouleversements politiques de son époque, il met très tôt son crayon au service du mouvement national, signant des caricatures sous le pseudonyme de Mahmoud pour soutenir la cause de l’indépendance. Cet engagement ne le quittera jamais : ses œuvres, qu’elles soient peintures, affiches ou dessins, portent la marque d’un artiste attentif aux soubresauts de son pays.
Après l’indépendance, Hatem El Mekki devient l’un des visages discrets mais omniprésents de la Tunisie moderne. De 1957 à 1995, il dessine 454 timbres-poste, imprimant durablement son style dans le quotidien des Tunisiens. Il signe également la face d’une pièce de monnaie utilisée entre 1988 et 1990. Cette reconnaissance populaire s’accompagne d’une reconnaissance institutionnelle : mention honorable à la Biennale de Venise en 1960, Prix national des arts et des lettres en 1977, puis titre de Commandeur de l’Ordre de la République tunisienne en 1999.
Hatem El Mekki s’éteint le 23 septembre 2003 à Carthage, laissant une œuvre aussi abondante que diverse, entre réalisme, influences arabo-tunisiennes et touches d’abstraction. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands peintres que la Tunisie ait produits.
Son histoire, longtemps restée dans l’ombre des frontières tunisiennes, s’apprête à trouver un nouvel écho : un documentaire consacré à sa vie est actuellement en cours de production, fruit d’une collaboration entre la Télévision tunisienne, la société Étoiles Filantes Prod. et, côté indonésien, la télévision publique TVRI et la société Produksi Film Negara. Porté par les diplomaties culturelles des deux pays, ce projet entend faire (re)découvrir, par-delà les mers, le destin d’un artiste qui a su faire dialoguer deux cultures que la géographie semblait pourtant destiner à s’ignorer.



