Restaurants et coupures d’électricité : Le risque des intoxications alimentaires va crescendo !
Les intoxications alimentaires risquent de suivre une courbe ascendante, cet été, en raison notamment de l’accroissement du risque dû aux ingrédients périmés qui pourraient être utilisés dans les restaurants, les salons de thé, les fast-foods et dans les pâtisseries. Durant l’été, les aliments rapidement périssables nécessitent une conservation optimale et une chaîne de froid ininterrompue. Or, les coupures d’électricité ont affecté de grandes quantités de marchandises. Ces dernières sont-elles toutes détruites? Dans le cas d’une négation, le risque d’intoxication irait crescendo.
La Presse — Revenons aux données avancées par M. Mohamed Rebhi, président de l’Insspa et portant sur les intoxications alimentaires enregistrées depuis le début de l’année et jusqu’à la fin du mois de juin. L’on compte 22 foyers d’intoxications alimentaire, qui, d’ailleurs, ont été à l’origine de plus de sept-cents cas d’intoxication. Ces données, assez alarmantes pour une période qui n’est pas caractérisée par un pic de chaleur, ont été renforcées par 256 cas d’intoxication à Gabès et 25 autres à Métlaoui.
Les boulangers et les restaurateurs sinistrés
Le pire reste à venir avec, notamment, le risque de consommer des produits périmés précocement, suite aux coupures répétitives d’électricité. D’ailleurs, M. Lotfi Khaldi, président de l’Organisation de défense du consommateur (ODC), n’écarte point l’éventualité d’une augmentation des cas d’intoxication alimentaire. «Certes, nous n’avons pas reçu de réclamations suite à des cas d’intoxication dues aux prestations de restauration.
Cela dit, en tant que membre du Conseil des services des urgences aussi bien à l’hôpital Salah Azaïez qu’ à l’hôpital Charles Nicolle, je peux vous assurer que des cas d’admission pour intoxications alimentaires commencent à y être enregistrés», indique-t-il. Le manque de réclamations ne rime pas forcément avec absence de cas notables. D’après M. Khaldi, les consommateurs se montrent de plus en plus réticents face aux actes de réclamation, persuadés que leurs requêtes lomberaient dans l’oreille d’un sourd. «En revanche, ajoute-t-il, ce sont les restaurateurs et les boulangers qui nous ont contactés, la semaine dernière, pour dénoncer les coupures d’électricité, qui ont affecté leurs marchandises».
La marchandise périmée ne sera pas remboursée !
Bon nombre de restaurateurs, de propriétaires de fast-foods et autres commerces similaires ont vu leurs provisions pourrir, suite aux coupures préméditées d’électricité. Pour les boulangers, le pain à demi cuit à cause desdites coupures finit, immanquablement, à la poubelle car, irrécupérable. «Pour les uns comme pour les autres, exiger des remboursements auprès de la Steg s’avère être la seule solution. Sauf que la société tunisienne de l’électricité et du gaz ne daigne accorder des indemnisations que pour les équipements endommagés. La marchandise, poursuit M. Khaldi, est considérée comme un dégât survenu suite à une force majeure imprévue et est, par conséquent, exclue de tout système de remboursement. Pourtant, les coupures d’électricité étaient bel et bien prévisibles, voire planifiées…». Il rappelle que tout acte volontaire, à même de nuire au bon fonctionnement de la chaîne du froid, doit être considéré comme une responsabilité à assumer. Or, ce qui se passe vient contrecarrer toute logique. Prouver la responsabilité de la Steg et lui exiger des indemnisations serait compliqué.
Le consommateur payera la facture…
A défaut d’une indemnisation qui leur revient, éthiquement, de droit, certains restaurateurs ainsi que des propriétaires de salons de thé, de fast-foods et de pâtisseries choisiraient plutôt d’utiliser la marchandise périmée pour amortir leurs pertes. Et ce serait donc au consommateur de payer doublement la facture : payer le produit et subir les intoxications alimentaires et leurs éventuelles complications. Il est à rappeler qu’une intoxication alimentaire peut entraîner des complications redoutables chez les personnes à risque comme les malades chroniques, les malades en déficience immunitaire, les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes.
Serait-il, donc, plus judicieux, pour les consommateurs, de se méfier des prestations des restaurants et commerces similaires durant cette période ? Ou est-il simplement recommandé d’opter pour des enseignes jugées comme étant «haut de gamme» et qui laissent croire que le respect des conditions de conservation et d’hygiène est infaillible ? Le président de l’ODC ne cache pas sa méfiance y compris pour les restaurants de luxe. «Certains s’approvisionnent en sauces, en fromages et en d’autres produits introduits dans notre territoire illicitement ; des produits, continue-t-il, qui ne sont pas conformes aux normes et qui, de surcroît, ont été transportés et stockés dans de mauvaises conditions et dans l’irrespect des règles de la chaîne du froid. Aussi le risque des intoxications alimentaires cet été s’avère-t-il être redoutable. La vigilance est de mise».



