Banques tunisiennes : Repenser le modèle pour mieux préparer l’avenir
Face aux mutations technologiques, aux nouvelles exigences réglementaires et à l’évolution des attentes des clients, le secteur bancaire tunisien est appelé à se réinventer. La 9e édition de l’Université d’été du secteur financier a, ainsi, ouvert le débat sur les leviers susceptibles de renforcer la compétitivité, la résilience et l’ouverture des banques tunisiennes.
La Presse — C’est sous le thème « Repenser le business model des banques tunisiennes » que s’est tenue la 9e édition de l’Université d’été du secteur financier, récemment organisée à Hammamet par l’Association tunisienne pour la promotion de la culture financière (Atcf).
Dédié au secteur bancaire, cet événement a constitué, pendant deux jours, un cadre d’échanges et de réflexion autour de cette thématique, dans un contexte où « la finance d’aujourd’hui ne peut plus se penser comme hier », constate le président de l’Atcf dans son mot d’ouverture. « Elle doit être plus agile, plus inclusive, plus résiliente. Elle doit répondre aux enjeux de digitalisation, de durabilité, de réglementation, ainsi qu’aux attentes citoyennes », a-t-il fait remarquer.
Reréglementation de l’espace bancaire tunisien
Prenant la parole, Ahmed Karam, président honoraire de l’association, a souligné que le thème choisi pour l’événement est aujourd’hui d’actualité, d’autant que le modèle économique des banques tunisiennes remonte au plan d’ajustement structurel instauré vers la fin des années 1980. Ce programme avait introduit, poursuit-il, une manière déréglementée d’exercer l’activité bancaire, qui a également été consolidée par la loi de 2016.
Selon Ahmed Karam, l’apparition d’une forme de reréglementation de l’espace bancaire tunisien, conjuguée à l’émergence, à l’échelle internationale, de technologies novatrices, notamment l’intelligence artificielle (IA), constitue une nouvelle donne. Il a ajouté que cette nouvelle technologie offre aux banques des opportunités en matière de réduction des délais et des coûts, mais pourrait également, si elle n’est pas utilisée convenablement, produire des effets pervers. Ces évolutions imposent ainsi une réflexion sur les nouveaux modèles économiques à adopter par les banques tunisiennes.
Évoquant les résultats d’une enquête réalisée par EY, qui a révélé que 50 % des clients n’ont pas confiance dans les banques, Ahmed Karam a expliqué que ce manque de confiance n’est pas lié à la tarification. Il est principalement lié à la qualité du service et, donc, à une expérience client jugée insatisfaisante, a-t-il indiqué. Pour l’intervenant, tous ces facteurs appellent à s’interroger sur la validité des modèles actuels.
Une concentration bancaire est nécessaire
Après avoir présenté les différentes étapes réglementaires par lesquelles est passé le secteur bancaire depuis l’Indépendance, l’économiste Mongi Safra a, à son tour, estimé qu’il est aujourd’hui pertinent de repenser le modèle économique des banques. Il a évoqué, dans ce contexte, deux principales réformes que le secteur pourrait entreprendre dans l’immédiat.Il a cité, en premier lieu, un processus de fusion-acquisition qui serait, selon lui, nécessaire pour pallier le phénomène de sur-bancarisation.
« Une concentration bancaire est nécessaire. On ne peut pas continuer avec des banques de taille très réduite qui survivent. Il faut un processus qui peut être fait par étapes : holding au début, puis intégration totale par la suite. La Tunisie a besoin de banques fortes pour aller en Afrique, comme c’est le cas, par ailleurs », a-t-il expliqué.Il a insisté sur le fait que cette fusion devrait prendre la forme d’un partenariat entre une banque privée, d’un côté, et une banque publique, de l’autre, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP).
La deuxième mesure est liée à la résolution du problème des impayés, mais aussi à l’application des normes IFRS, qui implique, d’après ses dires, de tenir compte du risque souverain. Il a ajouté, dans ce même contexte, que la décote de la dette tunisienne sur le marché financier est aujourd’hui très faible, une nette amélioration qu’il attribue au dernier remboursement de 700 millions d’euros d’euro-bonds.


