Culture

SEE DJERBA : Quand l’île devient un territoire de création

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  • 9 août 2026
  • 6 min de lecture
SEE DJERBA : Quand l’île devient un territoire de création

Du 8 au 16 août, le Festival international d’art médiatique revient avec « Akros – De la rencontre à l’enchevêtrement ». Une édition qui fait de l’île un espace d’expérimentation, de dialogue et de réflexion sur les liens qui nous relient au monde.

La Presse — À Djerba, l’art contemporain ne vient pas simplement occuper les lieux. Il s’y inscrit, s’y confronte, s’en nourrit. Depuis sa création en 2017, See Djerba a choisi de faire de l’île un territoire de création à part entière, où patrimoine, mémoire, architecture, pratiques locales et nouvelles technologies peuvent se rencontrer. Pour son édition 2026, le festival poursuit cette démarche avec « Akros – De la rencontre à l’enchevêtrement », du 8 au 16 août, à Guellala et Houmt Souk. Le titre de cette édition emprunte à l’amazigh le mot akros, qui signifie le « nœud », ce point où les fils se croisent dans le tissage traditionnel. Une image qui dit beaucoup de la démarche du festival: ce qui nous relie, les réseaux visibles et invisibles qui structurent nos existences, les dépendances entre les êtres, les territoires et les écosystèmes.

Dans un monde traversé par la crise écologique, les migrations, l’accélération technologique, les fractures géopolitiques et l’isolement social, See Djerba pose une question aussi simple qu’essentielle : comment une rencontre peut-elle devenir une relation durable ? L’enchevêtrement proposé par le festival n’est pas ici une figure de style. Il est envisagé comme une condition de notre présent, et peut-être de notre survie. Cette réflexion prend tout son sens dans un festival qui a toujours fait du territoire son premier matériau. À See Djerba, les œuvres ne sont pas simplement importées puis exposées. Les artistes sont invités à regarder l’île, à l’écouter, à travailler avec ses paysages, son architecture, son histoire et ses communautés.

Musées, bâtiments historiques, rues, places, patios et anciens espaces commerciaux deviennent des lieux de création et de rencontre. L’art médiatique se confronte ainsi à l’architecture vernaculaire, aux savoir-faire artisanaux et à la vie quotidienne.

Cette approche a progressivement construit la singularité de cet e+événement dans le paysage méditerranéen de l’art contemporain : faire sortir la création des espaces qui lui sont habituellement consacrés pour la remettre dans l’espace public, au contact des habitants et des visiteurs.

Les éditions précédentes avaient déjà exploré des questions liées à l’eau, au sel, à la terre, aux transformations environnementales et à notre rapport au territoire. Avec Akros, le festival déplace légèrement le regard : après avoir interrogé les éléments, il s’intéresse davantage aux relations qui les relient. Le festival s’est ouvert le 8 août à Guellala avec Lila fi Guellala, une soirée qui a investi le musée de Guellala pour une nuit. Projections, installations et images en mouvement transformeront le musée en un espace immersif où patrimoine, mémoire et création contemporaine se superposent.

Du 10 au 13 août, place à la réflexion et à la transmission avec cinq Labs qui réuniront artistes, chercheurs, commissaires, institutions et professionnels de la culture.

Behind What You See donnera à voir ce qui se trouve derrière les œuvres : leurs processus, leurs choix techniques et les réflexions qui les ont fait naître.

Decolonise Contemporary Art, dirigé par Bettina Pelz, interrogera les modèles institutionnels hérités et les possibilités de penser autrement l’art contemporain à partir de savoirs pluriels et situés.

Art in Action s’intéressera à l’art comme outil d’engagement citoyen, de résistance et de transformation sociale. Bukya ouvrira le dialogue entre cinéma et art médiatique, tandis que Nahkiw Arbi – We Speak Arabic réunira des acteurs de la scène artistique arabe autour de la question d’un discours contemporain sur l’art en langue arabe et du renforcement des réseaux culturels de la région.

Du 14 au 16 août, c’est Houmt Souk qui deviendra le cœur du festival. Le centre historique sera transformé en un vaste espace d’exposition décentralisé. Les œuvres prendront place dans les bâtiments patrimoniaux, les anciennes boutiques, les rues et les places. Installations, œuvres sonores, performances, projection mapping, concerts et projections de courts métrages composeront un parcours qui se découvrira en mouvement, au gré des rues de la vieille ville. Cette édition fera également une place à l’artisanat. Une présence qui résonne particulièrement avec Akros et son imaginaire du fil, du nœud, du geste et de la transmission. Car derrière les nouvelles technologies et les formes numériques, le festival rappelle aussi que toute création s’inscrit dans une histoire des gestes et des savoir-faire.

L’international est au rendez-vous avec 35 artistes venus de Tunisie, du Mexique, d’Italie, du Chili, d’Indonésie, d’Allemagne, du Zimbabwe, de Palestine, de Jordanie, de Taïwan, des Pays-Bas et d’autres horizons.

Installations, performances, sons, images en mouvement, intelligence artificielle, systèmes génératifs, environnements immersifs et médias interactifs traverseront cette programmation.

Les artistes s’intéressent aux écosystèmes marins, aux migrations, aux mémoires coloniales, aux traditions orales et rituelles, à la mémoire numérique, aux systèmes algorithmiques ou encore aux transformations environnementales.

La diversité géographique n’est pourtant pas ici une fin en soi. Elle sert à faire circuler les expériences et à mettre en regard des réalités différentes autour de préoccupations qui, elles, dépassent les frontières.

Organisé par Zakham, Momentum for Contemporary Culture, See Djerba poursuit donc son évolution. Exposition, mais aussi laboratoire, espace de formation, plateforme de recherche et lieu d’échange international, le festival revendique une conception décloisonnée de l’art contemporain. Et il maintient, cette année encore, la gratuité de l’ensemble de ses manifestations.

À travers Akros, See Djerba ne cherche pas seulement à montrer des œuvres. Il propose de créer des situations de rencontre, de faire dialoguer l’ancien et le nouveau, le local et l’international, le geste artisanal et la technologie, le patrimoine et l’expérimentation.

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Auteur

Asma DRISSI

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