Société

La pénurie d’eau fera-t-elle des émules? : Tout est bon pour spéculer

  • 10 août 2026
  • 6 min de lecture
La pénurie d’eau fera-t-elle des émules? : Tout est bon pour spéculer

La pénurie soudaine d’eau en bouteille a affolé les consommateurs et révélé les fragilités d’un secteur stratégique. Entre délestages électriques, spéculation et monopole, la crise a mis en lumière des défaillances de gestion. Les autorités et les producteurs appellent à la transparence et à des mesures de contrôle pour stabiliser le marché. Un retour progressif à la normale s’est amorcé, mais la nécessité de compter sur les moyens nationaux reste impérative.

La Presse — «Moi, j’étais affolée lorsque j’ai vu les étagères du super marché vides. Je n’avais pas une bouteille d’eau à la maison», a dit la bonne dame, racontant ses déconvenues à sa voisine qui hochait tristement la tête.

«Je pense que c’est une alerte qui a été soigneusement montée.  Bien sûr, il y a eu ces délestages qui ont faussé toutes les prévisions, mais que presque toutes les grandes surfaces se retrouvent à court du même  produit  en même temps, je trouve que c’est bizarre», lui répond-elle avec une moue interrogative.

Passons sur l’exploitation de ce problème d’électricité qui a quand même servi à quelque chose. Deux générateurs géants, un autre flottant ont été immédiatement commandés. Nous devons compter sur nos moyens. C’est la conclusion que bien des Tunisiens ont formulée.

Cette panne a en fait sorti le gros problème que représente cette affaire de l’eau minérale ou de source et que les Ttunisiens ont adoptée au point d’afficher des records. L’eau de robinet étant pour ainsi dire imbuvable d’après la majorité des personnes interrogées, on se rabat sur cette eau dont la nature nous a dotés généreusement. La Tunisie en dépit de son petit territoire, possède une moyenne de sources assez élevée  par rapport à  des pays plus vastes.

Des points d’interrogation

Le problème a commencé à se poser lorsqu’on a, avec la bénédiction des responsables de l’époque, cédé des marques et des sources à un seul fabricant au point de créer un véritable monopole. Bien entendu, l’arrivée sur le marché de nouvelles marques a relativement allégé cette impression, mais la situation de ce créneau, stratégique,  vital, soulève des points d’interrogation. Et comme il s’agit d’un secteur stratégique d’intérêt national il est temps de répondre à ces  questions.

Si ceux qui sont en mesure de s’adresser là où il le faut pour avoir des informations  crédibles, prennent leur mal en patience, ceux qui s’affolent et ils sont malheureusement très nombreux, se jettent directement dans les bras de la spéculation.

En effet, il a suffi que les premières informations aient été distillées par ceux qui n’attendaient que cela pour monter la chose en épingle, que les prix ont changé, d’énormes quantités ont été retirées du marché pour provoquer la pénurie (on a saisi des dizaines de milliers de bouteilles) et le pays s’est retrouvé en pleine crise.

Le président de la Chambre des producteurs de boissons non alcoolisées, Lasaâd Mzah, a démenti «toute augmentation des prix de l’eau minérale en bouteille au niveau de la production. Il a indiqué que ces hausses étaient le fait de distributeurs, grossistes et détaillants.

M. Mzah a appelé les équipes de contrôle du ministère du Commerce à prendre les mesures nécessaires pour endiguer ces augmentations de prix illégales.

Retour à la normale  

Il a confirmé que l’approvisionnement en eau en bouteille sur le marché était revenu à la normale suite à la baisse des températures et à la disparition des coupures de courant fréquentes dans les usines de production.

Pour sa part, le directeur de l’Organisation tunisienne de conseil aux consommateurs, Lotfi Riahi, a appelé les équipes de contrôle économique à «s’enprendre à certains commerçants indélicats qui ont profité de la pénurie d’eau en bouteille pour en augmenter les prix».

La raison est liée aux coupures de courant qui ont automatiquement  perturbé la production. La situation est de ce fait exceptionnelle, mais le tort est que personne n’a pris ses précautions. Et comme la Steg d’où montent toutes les fumées blanches dans ce genre d’informations à adresser au public et aux producteurs de tous les produits stratégiques, pour les inviter à se constituer un stock de réserve et à réguler les  livraisons, a été bien discrète, ce fut un désordre qui a été mal géré.

A ce propos, le Web a fleuri d’accusations portées à l’encontre de ceux qui ont pleinement profité de cette crise en manipulant le marché. L’eau qui sortait en quantité assez réduite, aussitôt la reprise effectuée, leur était réservée. Il faudrait remonter la trace de ces livraisons et sanctionner.

Aux dépens de la santé ou de la vie

Tout est malheureusement devenu bon pour se faire de l’argent facile, même si c’est aux dépens de la santé ou de la vie des citoyens.

Au  point de penser que bien des institutions, parties prenantes de ce secteur des eaux, ont été incapables de gérer des crises qui ont mis à mal bien des assurances de bonne gestion. Le secteur stratégique du lait par exemple, s’en est tiré sans problème grâce aux stocks stratégiques que l’on suit de près. En effet, les usines fonctionnent avec de l’électricité et n’eût été ce stock, on aurait vu déborder les problèmes autour du lait et dérivés. C’est le chao que bien de mauvaises gens attendaient.

Il aurait fallu, à notre sens, prendre ses précautions. Les services météo sont en mesure de prévoir ces vagues de chaleur assez à l’avance. Inviter les secteurs qui pourraient être affectés par une éventuelle panne d’électricité à se constituer des réserves, tel qu’on le fait au mois de Ramadan, tempérer les livraisons et en assurer la traçabilité sont des mesures nécessaires. Ceux qui ont amassé des dizaines de milliers de bouteilles étaient au courant eux. Il faudrait dorénavant prendre en considération et agir en amont, pour stabiliser la situation en fonction du développement de ces facteurs exogènes.

Tant que le réseau national ne sera pas bien en main et à l’abri des déconvenues et des pannes imprévues, les surprises (maivaises, s’entend) seront sans fin.

Auteur

Kamel GHATTAS

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