Culture

Festival « Nassamat Al Moutawasset » à la goulette jusqu’au 13 aout : Des brises culturelles au souffle populaire

Avatar photo
  • 11 août 2026
  • 5 min de lecture
Festival « Nassamat Al Moutawasset » à la goulette jusqu’au 13 aout : Des brises culturelles au souffle populaire

Le festival a fait, ainsi, le choix d’une programmation gratuite et accessible, répartie dans différents lieux. Ainsi, ce sont les spectacles qui viennent au public et les rues, places et autres bords de mer deviennent autant de scènes éphémères.

La Presse — Dimanche 9 août, devant la Porte espagnole, qui trône à l’entrée de La Goulette, une scène faisait face à plusieurs rangées de chaises disposées pour le public. Autour de cet espace aménagé, les spectateurs ont inventé leur propre manière d’assister au spectacle.

 Certains ayant apporté leurs tabourets, leur chaises longues, parfois de quoi se rafraîchir ou quelques collations à partager. D’autres ont simplement pris place sur les abords de la rue, transformant peu à peu le quartier en une vaste tribune à ciel ouvert. Aux balcons des immeubles voisins, les spectateurs étaient également au rendez-vous. Pas besoin de quitter son domicile, il suffit d’ouvrir une fenêtre ou de s’installer quelques minutes sur son balcon pour profiter de la musique. Cette dernière débordait ainsi largement du périmètre de la scène, se répandant dans les rues avoisinantes, se dissipant progressivement jusqu’à l’entrée de la rue Roosevelt. La scène était devant la Porte espagnole, mais le spectacle appartenait à tous.

Ce soir-là, c’est Rayan Youssef, porté par une voix superbe et généreuse, qui était à l’affiche de la cinquième édition du festival « Nassamat Al Moutawasset » (« Brises méditerranéennes »), lancé le 26 juillet. Le chanteur a, entre autres, revisité quelques grands classiques du tarab, du khaliji et de la chanson wataria, offrant au public un programme musical varié, entre mélodies populaires et morceaux qui appartiennent désormais à la mémoire collective. Et dans cette atmosphère estivale, où les senteurs du fell et du jasmin des marchands ambulants se mêlaient à la fraîcheur iodée venue de la mer, la musique se glissait entre les rues, se mêlait aux conversations et aux rires, avant de se perdre au loin.  Le chanteur s’est quelque peu fait attendre, jusqu’à ce que sa voix, avant même son apparition sur scène, retentisse dans les enceintes et se répande dans les alentours. Lorsqu’il a enfin fait son entrée, il a été accueilli par une salve d’applaudissements, signe de l’attente et de l’enthousiasme du public.

Originaire de Djerba, Rayan Youssef s’est fait connaître très jeune du grand public. En 2014, il est présenté comme un nouveau « gamin prodige », allant jusqu’à susciter autour de son âge une curiosité qui dépassera rapidement le cadre musical. Rayan Youssef, lui, a toujours considéré sa vie privée comme une ligne rouge à ne pas franchir.

Plus de dix ans après, il s’est imposé par une voix reconnaissable et une présence qui lui ont permis de construire progressivement son propre public. Son premier single, « Hayra », ouvre une trajectoire ponctuée de plusieurs succès, parmi lesquels « Rahma», mais aussi des collaborations avec des artistes tels que AZ.I, Klay et Chirine Lajmi. À cela s’ajoute un répertoire de reprises qui a largement contribué à sa popularité, avec notamment « Waylo », « Garahouna » et d’autres titres devenus familiers pour ses admirateurs.

Le festival « Nassamat Al Moutawasset » est né à l’initiative de l’association culturelle «Nesmet La Goulette», autour de l’acteur et metteur en scène Salah Msadek, qui en assure la direction. L’idée fondatrice était assez claire, celle de réinvestir les espaces publics de La Goulette par la culture, en sortant des espaces traditionnels de spectacle. Depuis sa création, le festival a fait, ainsi, le choix d’une programmation gratuite et accessible, répartie dans différents lieux. Ainsi ce sont les spectacles qui viennent au public et les rues, places et autres bords de mer deviennent autant de scènes éphémères.

La démarche prend un sens particulier dans une cité qui fut, notamment dans les années 1960, un territoire vivant sur le plan culturel. Cinéma, théâtre, musique et lieux de rencontre participaient alors à une vie artistique qui faisait partie de l’identité de La Goulette. Aujourd’hui, cette dimension semble s’être progressivement effacée au profit d’une ville davantage tournée vers la consommation, les restaurants, les commerces et l’activité estivale, avec un déficit manifeste d’espaces et de rendez-vous culturels réguliers. C’est dans ce contexte que « Nassamat Al Moutawasset » tente de réinvestir l’espace commun et de renouer avec une mémoire culturelle qui ne demande qu’à être réveillée avec une programmation volontairement éclectique faite de musique, théâtre, cinéma, arts de la rue, cirque, marionnettes, contes et autres ateliers pour enfants.

Pour cette cinquième édition, la Porte espagnole demeure le point d’ancrage de la manifestation, accueillant la majorité des soirées. La place Ennasr, la plage de La Goulette ainsi que les rues de la ville participent également à cette réappropriation artistique de l’espace public. Après une ouverture très animée confiée aux Majorettes de Sousse, donnant immédiatement au festival cette dimension populaire et déambulatoire qui constitue l’une de ses particularités, les rendez-vous se sont succédé, avec notamment le cirque de Lazhar Ben Saad, un concert de Nasser Ali, le spectacle « Qasr al-Thara » de Hafedh Khalifa, un spectacle de contes de Laaroussi Zebidi, ainsi qu’un spectacle international de danse folklorique du Monténégro, organisé en collaboration avec le ministère des Affaires culturelles. La clôture, le 13 août, sera assurée par Chokri Bouzayen, précédé de la projection du documentaire « Claudia Cardinale » de Lotfi Bahri.

Avatar photo
Auteur

Meysem MARROUKI

You cannot copy content of this page