La dette de sommeil : ce que le week-end ne peut pas rembourser
Dormir plus longtemps le week-end ne suffit pas à effacer les effets néfastes d’un manque de sommeil chronique accumulé pendant la semaine, avertissent des experts cités par le Washington Post.
Si le « sommeil de rattrapage » procure une sensation de récupération, il ne comble pas entièrement la « dette de sommeil » ni ses conséquences sur la santé.
Cette dette se définit comme l’écart cumulé entre le sommeil dont le corps a besoin et celui qu’il obtient réellement, explique Kimberly Fenn, professeure de cognition et de neurosciences cognitives à l’université d’État du Michigan.
Exemple concret : une personne ayant besoin de 8 heures de sommeil mais n’en dormant que 6 accumule un déficit de 2 heures par jour, soit jusqu’à 10 heures sur une semaine de travail.
Les risques associés à cette privation sont nombreux. À court terme : difficultés de concentration, irritabilité, troubles de la mémoire. À long terme, en cas de privation chronique : hypertension, maladies cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, inflammation accrue, déclin cognitif, résistance à l’insuline et affaiblissement du système immunitaire.
Certaines données suggèrent même une espérance de vie réduite chez les personnes dormant régulièrement moins de 6 heures par nuit.
Le problème du sommeil de rattrapage tient à l’irrégularité qu’il introduit. Modifier fortement ses horaires de coucher et de lever perturbe l’horloge biologique et peut accentuer fatigue et léthargie plutôt que les réduire. Une vaste étude a ainsi établi qu’un sommeil irrégulier augmente de 26 % le risque d’événements cardiovasculaires graves (crise cardiaque, AVC) par rapport à un rythme de sommeil stable ; une autre étude relie l’irrégularité du sommeil à un risque accru de décès prématuré.
Ulysses Magalang, directeur du programme de médecine du sommeil à l’université d’État de l’Ohio, rappelle que la plupart des adultes ont besoin de 7 à 9 heures de sommeil par nuit, avec un minimum de 7 heures. Fenn recommande, en cas de dette de sommeil, de dormir environ une heure de plus le matin plutôt que de bouleverser radicalement ses habitudes.
Une étude de 2019 publiée dans Current Biology confirme que le rattrapage du week-end ne suffit pas à prévenir les dommages métaboliques liés à la privation chronique, sans pour autant le rendre totalement inutile.



