Culture

On nous écrit – De la Tunisie à Tahanaout : Les voyageurs, une œuvre née d’une rencontre artistique panafricaine

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  • 12 août 2026
  • 5 min de lecture
On nous écrit – De la Tunisie à Tahanaout : Les voyageurs, une œuvre née  d’une rencontre artistique panafricaine

De retour d’un séjour de création au Maroc où j’ai eu l’honneur de représenter la Tunisie grâce à la plateforme panafricaine « JamSalam 2026», j’ai eu la chance de rejoindre une aventure créative portée et organisée à Al Maqam, à Tahanaout. Placée sous le thème « Au nom de Toumaï, espoir de vie », cette résidence m’a réunie avec un groupe d’artistes venus de quinze pays africains autour d’une même ambition, faire de l’art un espace de dialogue et de création collective.

Accueillie dans cet espace artistique fondé par le peintre marocain Mohamed Mourabiti, et entourée d’artistes aux parcours et aux sensibilités multiples, j’ai vécu cette expérience comme une véritable traversée humaine et artistique. Au-delà de mon propre parcours, cette résidence a offert à chacun d’entre nous un cadre propice à l’échange, à l’inspiration et au partage. L’espace idyllique, la qualité de l’accueil, le regard chevronné et attentif du Sénégalais Ousseynou Wade, président du Grand Jury de sélection de JamSalam 2026, ainsi que la compagnie des artistes tout au long de cette aventure ont contribué à inscrire notre expérience collective dans une dynamique de dialogue, de transmission et d’ouverture sur l’Afrique contemporaine.

C’est à partir de cette expérience humaine et artistique que j’ai conçu mon œuvre picturale, née des vibrations intimes de cette résidence au cœur du splendide espace de Tahanaout, au Maroc. Ma peinture que j’ai intitulée Les voyageurs (146 x 146 cm), acrylique sur toile, est bien plus qu’un simple paysage: elle est le journal intime d’un voyage visuel, géographique et émotionnel. Dès les premiers instants, la magie du lieu a opéré. L’architecture locale aux teintes ocre, la majesté des montagnes sculptées par le temps et la quiétude des plans d’eau ont nourri mon imaginaire.

Pourtant, au milieu de cette nature grandiose, j’ai tenu à préserver l’essence même de mon univers artistique à travers une figure tutélaire : cette petite fille de dos, un leitmotiv dans mon parcours. Tournant le dos au spectateur, elle devient le miroir universel de chacun d’entre nous, l’incarnation de notre propre quête et de notre âme d’enfant intemporelle.

La toile se lit et se vit comme un quadriptyque poétique, ou plutôt comme une partition visuelle composée de champs symboliques interconnectés.

Le premier champ s’établit comme le berceau des origines, la matrice mémorielle. C’est là que réside Toumaï (le plus ancien ancêtre humain connu), représenté par la figure de peluche enfantine, tel un gardien des souvenirs, qui s’adonne au jeu innocent de lancer des bateaux de papier sur la rivière. Juste à côté, sur le flanc droit, un nid d’oiseaux niché discrètement vient insuffler l’idée primordiale de la naissance, du renouveau et du commencement. C’est le point de départ de toute création, l’enracinement terrestre d’où jaillit l’élan vital.

S’élevant de cette terre nourricière, le deuxième champ nous propulse dans les airs avec la fillette se tenant debout sur sa balançoire. Debout, avec l’assurance farouche de Toumaï, elle défie l’équilibre, ancrée fermement sur ses deux jambes, tout en tendant grand les bras vers l’horizon. Elle n’est plus seulement spectatrice, elle devient elle-même un oiseau, se confondant et s’intégrant au vol gracieux de l’ensemble des oiseaux qui sillonnent le lointain. C’est une réécriture audacieuse de l’imaginaire, une ode à ce rêve d’enfant indomptable qui refuse les limites de la gravité.

Dans cette dynamique de voyage, le troisième champ introduit une nuance subtile mais puissante .Un petit bateau de papier jaune, voguant en marge sur le côté droit, exprime le désir ardent d’appartenance au groupe. C’est une métaphore poignante de notre propre expérience collective lors de cette résidence artistique. Venus d’horizons et de pays divers, nous étions comme ces esquifs solitaires avant de converger vers un même point de ralliement, trouvant notre résonance et notre famille d’âme dans le partage de l’art.

Enfin, le quatrième champ de mon tableau embrasse l’horizon lointain, épousant la topographie singulière de Tahanaout et la spécificité de son architecture. Ici, un détail hautement symbolique se dévoile, une rose des vents se substitue au drapeau marocain, tel un appel universel et un clin d’œil à nos origines communes. Car, au-delà des frontières géographiques, notre véritable patrie d’origine demeure ce territoire intemporel qu’est le rêve de l’enfant.

Dans cette composition, la toile entière se fait l’écho de ces quinze bateaux de papier glissant ensemble vers un même horizon. Quinze trajectoires unies par un seul et unique rêve, celui qui nous a tous réunis, artistes d’Afrique, sous le ciel bienveillant de Tahanaout. Une célébration de l’identité mémorielle et de la poésie africaine, où la peinture devient le territoire infini de la liberté.

Sabra Ben Fradj

Artiste Peintre et Universitaire

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Auteur

La Presse

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