Le nouveau système européen d’entrée et de sortie (EES), pleinement opérationnel depuis avril 2026, connaît ses premières difficultés à grande échelle en pleine saison estivale. Des files d’attente pouvant atteindre plusieurs heures ont été signalées dans certains grands aéroports européens. Le dispositif concerne directement les ressortissants tunisiens se rendant dans l’espace européen pour de courts séjours.
Le premier été sous le régime du nouveau système européen de contrôle aux frontières ne se déroule pas sans difficultés. Dans plusieurs aéroports et points de passage européens, la mise en œuvre de l’Entry/Exit System (EES), qui introduit l’enregistrement biométrique des voyageurs non européens, entraîne un allongement des délais aux contrôles frontaliers.
Les difficultés sont particulièrement visibles durant les périodes de forte affluence. Des temps d’attente pouvant atteindre deux heures dans certains grands aéroports, notamment à Francfort et Amsterdam, ont été rapportés ces derniers jours. Des organisations représentant les compagnies aériennes et les aéroports avaient déjà alerté, avant la haute saison, sur le risque de congestion lié au nouveau dispositif.
La situation n’est toutefois pas uniforme à l’échelle européenne. Tous les aéroports ne connaissent pas les mêmes niveaux de congestion et les délais varient selon les infrastructures, les effectifs disponibles, le volume de passagers et les modalités de mise en œuvre du système.
Un nouveau passage aux frontières
Entré progressivement en service à partir du 12 octobre 2025, l’EES est officiellement pleinement opérationnel depuis le 10 avril 2026 dans les pays européens qui l’utilisent. Il concerne les ressortissants de pays tiers voyageant pour un court séjour, c’est-à-dire jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours.
Le principe est de remplacer progressivement le traditionnel tampon apposé sur le passeport par un enregistrement numérique des entrées et des sorties. Lors du passage à la frontière, les autorités enregistrent les données du document de voyage et, selon les modalités applicables, les données biométriques du voyageur, notamment son image faciale et ses empreintes digitales.
Le dispositif doit notamment permettre aux autorités de mieux suivre les durées de séjour, d’identifier les personnes dépassant la durée autorisée et de renforcer les contrôles d’identité et la sécurité aux frontières.
Les Tunisiens directement concernés
Pour les voyageurs tunisiens, cette évolution est particulièrement importante. La Tunisie étant un pays tiers, les ressortissants tunisiens qui se rendent dans les pays utilisant l’EES pour un court séjour sont concernés par le dispositif, sous réserve des exemptions prévues par la réglementation européenne. Le fait d’être titulaire d’un visa de court séjour ne dispense pas de l’enregistrement dans l’EES.
Autrement dit, un Tunisien voyageant vers la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne ou un autre pays participant au système doit désormais s’attendre à un contrôle différent de celui auquel il était habitué.
Le passeport reste indispensable, mais le tampon manuel laisse progressivement place à un enregistrement numérique. Les données biométriques sont associées au dossier du voyageur afin de faciliter son identification lors des franchissements ultérieurs des frontières.
Il faut également souligner que l’EES ne constitue pas une nouvelle demande de visa. Pour les ressortissants tunisiens soumis à l’obligation de visa Schengen, les conditions d’obtention du visa restent distinctes du fonctionnement de l’EES.
Pourquoi les files d’attente s’allongent-elles ?
Le problème tient principalement à la transition entre l’ancien système et le nouveau. Lorsqu’un voyageur est enregistré pour la première fois, les autorités doivent effectuer des opérations supplémentaires, notamment recueillir et enregistrer les données biométriques. Cette procédure demande davantage de temps qu’un simple contrôle traditionnel du passeport.
La Commission européenne prévoit également des solutions permettant de préenregistrer certaines informations avant l’arrivée à la frontière. L’application officielle “Travel to Europe” permet ainsi, dans les pays qui la prennent en charge, aux voyageurs concernés disposant d’un passeport biométrique de préenregistrer certaines données et leur image faciale jusqu’à 72 heures avant le franchissement de la frontière. Cette application ne remplace toutefois pas le contrôle frontalier.
Dans les faits, les capacités des différents points de passage ne sont pas identiques. Les problèmes techniques, la disponibilité des équipements et les effectifs affectés aux contrôles peuvent également influencer les délais.
Face aux difficultés observées durant l’été, certains pays disposent par ailleurs d’une possibilité de suspension temporaire de certaines opérations biométriques dans des situations exceptionnelles de congestion, afin d’éviter que les files d’attente ne deviennent incontrôlables. Cette possibilité a été utilisée ou envisagée dans plusieurs points de passage durant la haute saison.
Une période de transition encore délicate
Le paradoxe du nouveau système est donc manifeste. L’EES a été conçu par l’Union européenne pour moderniser les contrôles, améliorer leur efficacité et renforcer la sécurité, mais son déploiement à grande échelle intervient dans une période particulièrement sensible : celle des grands départs et retours de l’été.
Dès juillet, les compagnies aériennes et les gestionnaires d’aéroports avaient demandé davantage de souplesse dans l’application du dispositif face au risque de files d’attente excessives. Des temps d’attente allant jusqu’à plusieurs heures avaient alors été signalés dans certains points de passage.
Les difficultés observées ne remettent pas en cause le calendrier officiel : l’EES est bien pleinement opérationnel depuis le 10 avril 2026. Elles montrent surtout que son fonctionnement concret reste encore inégal selon les frontières et les volumes de voyageurs.
Pour les Tunisiens qui prévoient de voyager en Europe, la principale conséquence est donc pratique : il faut désormais prévoir davantage de temps pour le passage aux frontières, particulièrement pendant les périodes de forte affluence, et se familiariser avec les nouvelles procédures biométriques.
Il convient enfin de ne pas confondre l’EES avec l’ETIAS, l’autorisation de voyage destinée aux ressortissants de pays bénéficiant d’une exemption de visa. Selon le portail officiel de l’Union européenne, l’ETIAS n’est pas encore en fonctionnement et son lancement est prévu au dernier trimestre 2026.
En somme, pour les voyageurs tunisiens, le changement est déjà concret : lors d’un court séjour dans les pays européens utilisant l’EES, le passage à la frontière repose désormais sur un enregistrement numérique et biométrique. Et en cette première haute saison estivale sous le nouveau régime, cette transformation se traduit, dans plusieurs points de passage, par des contrôles plus longs et des files d’attente parfois importantes.
R.I



