Invraisemblablement, les traditions culinaires ne cessent d’être frappées, et de plein fouet, par les conséquences des dérèglements environnementaux et de la transformation des circuits économiques. De fait, à seulement quelques jours de la célébration du Saint Mouled, l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP) dresse un bilan inquiétant quant à la filière du pin d’Alep.
Oui, les effets pervers des chamboulements climatiques qu’a subis le pays commencent visiblement à se faire ressentir… Les feux de forêt de l’an passé et la pression de l’industrie agroalimentaire rendent la graine noire emblématique des festivités du Mouled une denrée rare et poussent les cours du kilogramme vers des sommets inédits.
Lors d’une intervention radiophonique faite ce matin du vendredi 14 août 2026, Tarek Makhzoumi, représentant de l’UTAP a fait état d’un net fléchissement de la production et de la récolte des pignons de pin d’Alep. « Cette contraction de l’offre sur le marché intérieur découle directement de la destruction par les flammes de pans entiers de massifs sylvestres durant la saison estivale précédente », a-t-il indiqué. Et d’ajouter que cette réduction de la ressource arboricole a été aggravée par une crise de la main-d’œuvre locale. « Les ouvriers ruraux délaissant progressivement une activité de cueillette jugée extrêmement pénible au profit de métiers moins exposés aux intempéries de l’hiver », explique l’intervenant.
M. Makhzoumi a également laissé entendre que la logistique de cette filière forestière souffre aussi des perturbations météorologiques récurrentes qui frappent les reliefs du nord-ouest du pays. « Les variations thermiques extrêmes enregistrées entre les mois de décembre et d’avril ont lourdement restreint le calendrier des sorties de collecte, amputant le rendement final de la saison », note-t-il.
Sur le plan commercial, le dirigeant au sein de l’UTAP a expliqué que la structure de distribution demeure fragmentée entre des structures familiales vulnérables qui écoulent directement de maigres volumes et des réseaux de grossistes qui approvisionnent les chaînes de grande distribution. « Cette articulation traditionnelle se heurte désormais à la concurrence féroce de l’industrie de transformation, les multinationales de l’agroalimentaire captant une part croissante des stocks de ‘’zgougou’’ disponibles pour l’élaboration de produits industrialisés et de confiseries de grande consommation ce qui a davantage réduit la disponibilité de la graine ».
Pour le consommateur tunisien, cette convergence de facteurs négatifs se traduit par une pression tarifaire immédiate qui pèse sur le panier de la ménagère à l’approche de la rentrée. Les relevés de prix effectués au sein des différents marchés régionaux indiquent que le coût du kilogramme de zgougou franchit désormais le seuil des cinquante dinars dans la majorité des agglomérations urbaines. Face à cette spéculation mécanique alimentée par la rareté du produit, les syndicats agricoles préviennent que l’accès à ce composant traditionnel de la gastronomie nationale deviendra un luxe pour les classes moyennes, illustrant la manière dont les mutations climatiques redéfinissent la sécurité alimentaire et le coût de la vie quotidienne des citoyens… Citoyens qui peinent déjà à remplir leur panier, à se mettre quelque chose de décent sous la dent et dont le budget se fait cruellement effiloché par les vautours spéculateurs sans foi ni loi. Des spéculateurs qui sévissent sans merci, règnent en décideurs imposant la loi du « quitte ou double »…



