Située à une dizaine de kilomètres de Jendouba, Bulla Regia constitue l’un des sites archéologiques majeurs du nord-ouest tunisien. Occupée depuis l’Antiquité préromaine, puis développée sous la domination romaine et transformée au fil des périodes chrétienne, vandale et byzantine, la cité se distingue notamment par ses demeures dotées d’étages souterrains, ses mosaïques et la richesse de ses monuments publics.
Dans le nord-ouest de la Tunisie, au pied méridional du Jebel Rebia, les vestiges de Bulla Regia témoignent de plusieurs siècles d’histoire. Le site archéologique, situé à environ dix kilomètres de Jendouba et à une vingtaine de kilomètres de Chimtou, s’étend sur près de 67 hectares et conserve les traces d’une cité antique particulièrement riche.
Bulla Regia n’est pas une “ville souterraine”, contrairement à une présentation parfois véhiculée sur les réseaux sociaux. Sa particularité réside dans son architecture résidentielle : plusieurs demeures possédaient un étage souterrain, une caractéristique qui constitue aujourd’hui l’une des principales attractions du site. L’INP qualifie d’ailleurs les somptueuses maisons dotées d’étages souterrains de principale attraction et célébrité de Bulla Regia.
Une histoire qui précède l’époque romaine
L’histoire de Bulla Regia ne commence pas avec Rome. Les recherches archéologiques ont révélé l’existence d’une occupation préromaine importante. Aux IIe et Ier siècles avant notre ère, la cité faisait partie du territoire carthaginois et constituait le siège d’une résidence royale de la dynastie numide. Les fouilles ont notamment mis au jour une enceinte numide, une nécropole, des dolmens, des céramiques, des monnaies numides ainsi que des stèles de l’époque néo-punique.
Les vestiges montrent également qu’avant son intégration au monde romain, Bulla Regia était déjà une véritable ville, dotée notamment d’une enceinte construite avec de gros blocs selon un appareil polygonal.
Cette dimension préromaine est essentielle pour comprendre l’importance historique du site : Bulla Regia ne constitue pas uniquement un témoignage de la présence romaine en Afrique du Nord, mais conserve les traces de différentes civilisations et périodes qui se sont succédé dans la région.
Bulla Regia connaît un développement architectural considérable durant la période romaine. Sous l’empereur Hadrien, au début du IIe siècle, la cité est élevée au rang de colonie sous le nom de Colonia Aelia Hadriana Augusta Bulla Regia. Elle connaît alors un important développement et se dote d’un ensemble monumental qui témoigne de son statut et de son dynamisme.
Le site conserve notamment les vestiges d’un forum, de basiliques civiles, de thermes publics, d’une bibliothèque, d’un marché, d’un théâtre, d’un amphithéâtre, d’un capitole et de plusieurs temples.
Les vestiges donnent ainsi à voir une cité organisée autour des différents espaces qui structuraient la vie publique, religieuse et sociale d’une ville antique.
Le mystère des maisons à étage souterrain
Mais ce sont surtout les habitations de Bulla Regia qui ont contribué à la renommée particulière du site. Plusieurs demeures importantes comportaient un niveau souterrain organisé autour d’un péristyle, avec des pièces destinées notamment à l’habitation et à la réception.
La Maison de la Chasse, par exemple, possède un étage souterrain accessible par un escalier de 22 marches. Celui-ci s’organise autour d’un péristyle et comprend notamment un triclinium, c’est-à-dire une salle à manger, ainsi que des chambres.
La Maison de Vénus dispose elle aussi d’un étage souterrain, auquel on accède par un escalier de 23 marches. Elle comprend notamment deux pièces et un triclinium. La conservation de la voûte d’une grande partie de cet étage est particulièrement remarquable.
La Maison du Trésor possède, quant à elle, un sous-sol accessible par 17 marches, comprenant trois salles : deux chambres et une salle à manger. Son nom vient de la découverte, dans son triclinium, d’une cruche contenant 70 pièces de monnaie d’époque byzantine.
D’autres demeures, comme la Villa des Mosaïques et la Maison de la Pêche, présentent également cette organisation avec un niveau souterrain.
Cette architecture constitue l’une des caractéristiques les plus originales de Bulla Regia. Elle témoigne surtout de la sophistication des habitations de la cité et de la manière dont leurs espaces ont été organisés.
Des mosaïques d’une grande richesse
Bulla Regia est également réputée pour ses mosaïques, qui constituent une part essentielle de son patrimoine archéologique. Plusieurs maisons ont livré des pavements décorés de scènes figurées qui ont parfois donné leur nom aux demeures.
La Maison de la Chasse doit ainsi son appellation à une scène cynégétique représentée sur l’un de ses pavements. La Maison de Vénus tire son nom d’une mosaïque représentant le triomphe de Vénus, tandis que la Maison de la Pêche doit son appellation à une mosaïque représentant des amours pêcheurs.
Ces œuvres ne constituent pas seulement des éléments décoratifs. Elles apportent également des informations précieuses sur les goûts artistiques, les représentations et certains aspects de la vie des habitants de la cité antique.
L’intérêt de Bulla Regia tient donc à la coexistence, sur un même site, de monuments publics imposants et d’habitations particulièrement élaborées.
L’originalité de certaines demeures est encore renforcée par leurs techniques de construction. L’INP relève notamment, dans la Maison de la Chasse, un système de voûtes réalisé à partir de tubes en terre cuite emboîtés les uns dans les autres et scellés avec du plâtre, une technique utilisée dans plusieurs cités romaines de Tunisie.
Les maisons souterraines ne doivent donc pas être considérées comme de simples espaces enterrés. Elles constituent des parties intégrantes de demeures complexes, comprenant cours, péristyles, salles à manger, chambres et parfois des installations thermales.
Du christianisme à la période byzantine
L’histoire de Bulla Regia se poursuit après la période romaine. Le christianisme y est attesté dès le IIIe siècle. Selon l’INP, un évêque de Bulla Regia est mentionné en 256 après J.-C., tandis que la cité est représentée au concile de Carthage de 411 par deux évêques.
La période vandale puis la reconquête byzantine au VIe siècle marquent également l’histoire de la cité. À l’époque byzantine, certains monuments sont fortifiés et la ville s’organise notamment autour des édifices fortifiés et des lieux de culte.
Les vestiges chrétiens constituent aujourd’hui une autre composante importante du site, avec notamment une grande basilique, une petite basilique et l’église dite d’Alexander. L’INP mentionne également des recherches archéologiques récentes portant sur une nouvelle église située à la périphérie du site.
Bulla Regia a fait l’objet de recherches archéologiques dès le XIXe siècle. Plusieurs campagnes ont ensuite été organisées au début du XXe siècle, avant que les recherches ne se poursuivent à partir de 1957 sous la direction de l’Institut national tunisien d’archéologie et d’arts, devenu par la suite l’Institut national du patrimoine.
Les travaux archéologiques ont progressivement permis de dégager une partie importante de la cité et de mieux comprendre son organisation, ses monuments et ses différentes phases historiques.
L’INP continue d’ailleurs de documenter et d’étudier le site à travers de nouvelles recherches et campagnes de fouilles.
Un patrimoine tunisien à préserver et à valoriser
Bulla Regia constitue aujourd’hui un témoignage particulièrement riche de l’histoire de la Tunisie et, plus largement, de l’évolution des sociétés urbaines en Afrique du Nord.
Son intérêt réside dans la superposition des périodes historiques, depuis les traces numides et néo-puniques jusqu’aux périodes romaine, chrétienne, vandale et byzantine. Il tient également à la diversité de ses vestiges : espaces publics, édifices religieux, thermes, théâtre, amphithéâtre, maisons et mosaïques.
Le site est par ailleurs bien documenté dans les inventaires de l’Institut national du patrimoine. Plusieurs de ses monuments, parmi lesquels la Maison de la Pêche, la Villa aux Mosaïques, le théâtre, l’amphithéâtre, les thermes d’Iulia Memmia ou encore le temple d’Apollon, figurent dans la liste des monuments classés.
Bulla Regia rappelle ainsi que le patrimoine tunisien ne se résume pas à quelques grands sites mondialement connus. Dans le nord-ouest du pays, cette ancienne cité offre un témoignage exceptionnel de plusieurs siècles d’histoire, avec une architecture résidentielle dont les étages souterrains restent l’une des caractéristiques les plus remarquables.
Et c’est précisément ce mélange entre histoire numide, héritage romain, architecture domestique, mosaïques et patrimoine chrétien et byzantin qui fait de Bulla Regia un site majeur pour comprendre la richesse et la diversité du patrimoine archéologique tunisien.
R.I



