Culture

Soirée palestino-tunisienne à Boukornine : Deux rives, une même mémoire

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  • 14 août 2026
  • 5 min de lecture
Soirée palestino-tunisienne à Boukornine : Deux rives, une même mémoire

De la Palestine de Wala Marra à la Tunisie de «Gorbi », une soirée où les traditions ont rencontré les langages musicaux d’aujourd’hui.

La Presse — Le Théâtre de plein air d’Hammam-Lif a accueilli, lundi 10 août, une soirée musicale placée sous le signe de la mémoire, de l’identité et du dialogue entre les cultures. Dans le cadre de la 44e édition du Festival international de Boukornine, organisée sous l’égide du ministère des Affaires culturelles et dirigée par Ikbel Hamzaoui, deux univers se sont succédé sur scène : celui du duo palestinien Wala Marra, pour sa première apparition en Tunisie, puis celui de Nidhal Yahyaoui avec « Gorbi ». Deux propositions différentes, mais traversées par une même démarche: puiser dans le patrimoine pour mieux le réinventer au présent.

La soirée s’est ouverte avec Wala Marra, formé du rappeur et beatboxeur Osloob et de le oudiste et compositeur Issa Murad. Leur musique repose sur une rencontre aussi inattendue que féconde entre les sonorités du oud, les rythmes urbains, le rap et le beatbox. Une alliance qui ne cherche pas à opposer tradition et modernité, mais à les faire dialoguer.

Dès les premières notes, le oud d’Issa Murad a installé une profondeur mélodique à laquelle Osloob est venu répondre par le souffle du beatbox et la force du rap. La rencontre produit une musique à la fois énergique et sensible, où les racines arabes demeurent perceptibles tout en s’inscrivant dans une esthétique contemporaine. Le duo a notamment interprété « Palestine » et « Jana ya watana », avant de revisiter des œuvres de Cheikh Imam et de puiser dans le patrimoine musical levantin. À travers ces choix, Wala Marra ne livre pas seulement une performance musicale : il fait entendre une mémoire, une histoire et une identité palestiniennes, avec leurs blessures comme avec leurs aspirations.

Le public tunisien a immédiatement répondu présent. À plusieurs reprises, les voix de l’assistance ont repris le slogan « Free, Free
Palestine », transformant la salle en un espace de solidarité et d’émotion partagée. Les artistes ont également évoqué leur attachement à la Tunisie, où ils ont tourné leur dernier clip. Un lien qui a donné une résonance particulière à cette première rencontre avec le public tunisien, conclue sous de longs applaudissements.

Après la Palestine, la scène de Boukornine s’est tournée vers les profondeurs de la mémoire tunisienne avec « Gorbi », la création de Nidhal Yahyaoui. Pour l’artiste, cette soirée avait une dimension particulière : dix ans après sa première apparition sur cette même scène, il retrouvait le festival avec un projet qu’il souhaitait depuis longtemps y présenter.

Le titre lui-même intrigue.

Le « gorbi », espace où se côtoient objets, souvenirs, fragments du quotidien et traces du passé, devient ici une métaphore de la mémoire collective. Sur scène, Nidhal Yahyaoui en explore les différentes strates, faisant émerger des fragments du patrimoine populaire du Nord-Ouest pour les inscrire dans une écriture musicale contemporaine.

Mélodies traditionnelles, arrangements électroniques et textures sonores actuelles se croisent au fil d’un répertoire comprenant notamment “Rim Chared », « Nawar  », «Sidi el Gadhi » … L’enjeu n’est pas de reproduire le patrimoine, mais de le faire circuler autrement, de lui donner de nouveaux espaces d’expression sans en perdre l’âme.

La scénographie prolonge cette démarche. Jeux de lumière, symboles amazighs et éléments visuels puisés dans la culture locale composent un univers où se répandent l’ombre et la lumière, le caché et le dévoilé. Au centre, la voix de Nidhal Yahyaoui agit comme un fil conducteur, portant les récits populaires avec une présence sobre et habitée.

Peu à peu, la frontière entre la scène et la salle s’est effacée. Chants, youyous et réactions spontanées ont transformé le public en véritable partenaire du spectacle. « Gorbi » a ainsi démontré que le patrimoine ne se réduit ni à une archive ni à une nostalgie. Il peut rester une matière vivante, disponible pour de nouvelles lectures et capable de dialoguer avec les langages musicaux du présent.

En réunissant Wala Marra et Nidhal Yahyaoui sur une même scène, le Festival international de Boukornine a offert une soirée qui dépassait le simple enchaînement de deux concerts. D’une rive à l’autre de la Méditerranée, la musique a fait circuler des mémoires, des identités et des imaginaires. La Palestine et la Tunisie s’y sont retrouvées autour d’une même conviction : le patrimoine n’est véritablement vivant que lorsqu’il continue à se transformer, à se transmettre et à parler au présent.

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Auteur

Asma DRISSI

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