Entreprises publiques : De la correction provisoire à la planification stratégique
Le Président de la République a, souvent, considéré les entreprises publiques comme un «trésor» national qu’il importe de préserver et de performer. Un enjeu qui dépend de notre capacité à garantir à nos unités publiques une compétitivité globale et durable.
Et c’est cette importance accordée à cette catégorie d’entreprises qui explique le refus catégorique du Chef de l’Etat de leur cession, vente ou encore marginalisation.
Il appelle plutôt à leur restructuration et à leur valorisation, car nos entreprises ne font seulement pas partie indissociable de «notre patrimoine mais sont également un élément majeur de notre souveraineté économique nationale».
La Presse — Les entreprises publiques tunisiennes constituent toujours un défi et un enjeu majeur pour nos finances, surtout en ces temps de rigidité et d’assèchement.
C’est que malgré les avancées enregistrées, les charges et les pressions sur le budget de l’Etat sont encore importantes. Nos entreprises, en dépit de l’importance des choix nationaux engagés, sont incapables de générer assez de revenus pour se performer et, plus important encore, de s’autofinancer.
Les réformes engagées n’arrivent pas à s’assurer un rythme élevé. Pourtant, l’Etat a entrepris de multiples et importantes dispositions pour doter nos entreprises de nouveaux outils de performance et de bonne gouvernance, et d’élargir, surtout, leur capacité à se prendre en charge.
Il faut reconnaître, tout de même, que la complexité des dettes des entreprises, et leur apurement empêchent une conduite parfaite des programmes de réformes engagés ou encore prévus. Entre l’Etat, les entreprises publiques, les banques ou encore les caisses sociales, la marge de manœuvre est généralement réduite.
Mais pour certains analystes, les entreprises publiques, elles mêmes, sont responsables des difficultés de la mise en œuvre des réformes. C’est que, à en croire nos experts, nos «unités agissent, souvent, sur les défaillances et les problèmes actuels sans pour autant se soucier des défis et des perspectives de l’étape à venir». On retombe, ainsi, dans la gestion du provisoire qui dure. Comprendre que nos unités sont enfermées dans les solutions de facilité, ce qui explique cette focalisation sur les urgences aux dépens du stratégique. Un comportement qui pourrait expliquer, à lui seul, le blocage du processus de réformes fignolé et engagé depuis une longue date.
Une logique d’autofinancement
Cette défaillance de gestion justifie également les appels répétés du Chef de l’Etat à la nécessité de changer d’approche et de vision pour permettre à nos entreprises d’anticiper les défis et d’éviter, du coup, les éventuelles crises profondes.
Cela suppose, comme le rappellent les analystes, «un passage d’une logique de correction immédiate à une planification à long terme bien ciblée». Un défi qui repose, lui-même, sur le niveau de responsabilisation de nos structures publiques «de porter elles-mêmes la dynamique de réforme».
Cette exigence nécessite, de toute évidence, une réinvention totale de leur politique de gouvernance, de gestion et aussi et surtout de leur culture entrepreneuriale. Cela nécessite également un investissement massif dans la formation et dans la valorisation du capital humain pour espérer adapter les compétences de nos structures publiques aux exigences du marché économique et financier. Une disposition capitale qui permettrait à l’entreprise d’élargir ses marges de manœuvre et de s’assurer une autonomie durable.
Et c’est justement grâce à cette autonomie que nos structures publiques pourraient tenir un rôle primordial dans la concrétisation des principaux choix retenus par le Plan de développement 2026-2030.
Les projections tablent, en effet, et comme on l’a déjà souligné, sur une participation à hauteur de 30% des investissements globaux programmés. Un défi de taille qui donne toute son urgence à la transformation totale de nos unités productives publiques.



