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Femme rurale : Le pilier silencieux de l’économie

  • 16 août 2026
  • 6 min de lecture
Femme rurale : Le pilier silencieux de l’économie

Dans les campagnes et les champs, à l’aube, bien avant l’ouverture des marchés, des milliers de femmes sont déjà à l’œuvre. Elles sèment, récoltent, élèvent, transforment. Elles représentent le maillon décisif de la souveraineté alimentaire nationale. Derrière chaque panier de légumes, fruits…, il y a souvent une femme rurale dont le travail structure silencieusement l’économie agricole du pays.

La Presse  —Les femmes représentent près de la moitié de la main-d’œuvre agricole, participant activement à la production, à la transformation et à la valorisation des produits du terroir. Elles ne sont plus seulement des travailleuses de l’ombre. Elles deviennent des entrepreneures, des gestionnaires, des cheffes de coopératives et des actrices de la gouvernance locale.

Valoriser leur travail, améliorer leurs conditions d’emploi et renforcer leur accès aux droits sociaux ne relève pas uniquement de l’équité : c’est un impératif économique. Car la souveraineté alimentaire de la Tunisie, au-delà des politiques publiques et des stratégies sectorielles, repose d’abord sur leurs mains d’œuvre.

La femme agricultrice, cette force tranquille mais déterminante,  façonne l’avenir du pays. Souvent loin des projecteurs des métropoles économiques, la femme rurale est bien plus qu’une figure de résilience, elle est la colonne vertébrale de l’économie sociale et solidaire et la garante de la sécurité alimentaire.

Autonomisation 

La Tunisie croit fermement que l’autonomisation de ces femmes est le levier le plus puissant pour transformer durablement notre société. L’apport indéniable des femmes et des jeunes filles rurales à la transformation et au développement du monde agricole est, de plus en plus, sous les feux des projecteurs.

Leur rôle pourrait être amélioré en étendant leur participation au-delà de l’étape de production, vers les étapes de transformation, de distribution et de commercialisation, qui sont traditionnellement dominées par les hommes.

Pour rehausser la participation des femmes aux activités commerciales, leurs compétences entrepreneuriales devraient être améliorées et leur accès à l’aide financière, à la micro-finance et aux coopératives facilité.

Le secteur public comme le secteur privé doivent promouvoir le rôle des femmes et leur permettre d’être plus actives dans le développement socioéconomique en leur offrant plus de moyens et de ressources pour l’amélioration de leur condition.

Sur le plan macroéconomique, la valeur ajoutée agricole devrait poursuivre sa progression, portée notamment par la résilience des filières de transformation où les femmes occupent une place déterminante.

Les femmes et la science agricole

Des femmes rurales qui travaillent la terre aux ingénieures et chercheuses qui développent de nouvelles solutions agronomiques, en passant par les entrepreneures qui investissent dans les technologies numériques, la robotique ou l’intelligence artificielle, leur rôle dans l’agriculture tunisienne ne cesse de se transformer.

Cette dynamique prend une résonance particulière en 2026, proclamée par les Nations unies Année internationale de la femme agricultrice. « Une initiative qui vise notamment à mieux reconnaître la contribution des femmes aux systèmes agroalimentaires et à agir contre les inégalités persistantes en matière d’accès à la terre, au financement, aux technologies, à la formation et aux services agricoles ».

Bien avant les capteurs connectés, les drones et l’intelligence artificielle, les campagnes tunisiennes disposaient déjà d’une technologie précieuse : le savoir transmis de génération en génération.« Dans les différentes régions du pays, les femmes participent depuis longtemps à toutes les étapes de l’activité agricole et agroalimentaire.

Elles sèment, entretiennent les cultures, récoltent, trient, transforment et commercialisent les produits. Elles interviennent également dans l’élevage, la conservation des semences et la transmission des pratiques liées aux produits du terroir », précisent les professionnels du secteur agricole.

À travers les produits du terroir, la transformation artisanale, les coopératives et les petites entreprises rurales, certaines femmes parviennent ainsi à convertir des ressources locales en activités génératrices de revenus.

Cette réalité prend toute son importance dans une agriculture tunisienne confrontée à des défis multiples: changement climatique, stress hydrique, vieillissement de la population agricole, pression sur les ressources naturelles et nécessité de renforcer la valeur ajoutée des productions.

Agriculture intelligente

Bien que l’agriculture soit un secteur économique important en Tunisie, elle n’a pas encore adopté des pratiques durables et modernes. Les initiatives pour une agriculture intelligente, durable et résiliente demeurent restreintes. Les plans et stratégies pour l’agriculture n’assurent pas toujours sa transformation en un secteur intelligent et durable.

Il est important d’utiliser pleinement les possibilités des nouvelles technologies pour l’optimisation des ressources. Le potentiel de la Tunisie en matière d’agriculture climato-intelligente est immense, mais faiblement exploité de nos jours.

Mais l’on ne peut ignorer que la nouvelle révolution est désormais en marche. Capteurs connectés, drones, imagerie satellitaire, plateformes numériques, robotique et intelligence artificielle commencent à transformer les méthodes de production agricole. Leur objectif n’est pas nécessairement de remplacer l’agriculteur, mais de lui fournir des informations plus précises pour prendre de meilleures décisions.

L’intelligence artificielle peut notamment contribuer à analyser des images de cultures, identifier certains symptômes de maladies, suivre l’état végétatif des plantes, anticiper les besoins en irrigation ou encore optimiser l’utilisation des intrants.

Pour la Tunisie qui est confrontée à une pression croissante sur les ressources hydriques, « ces outils pourraient jouer un rôle important dans le développement d’une agriculture de précision, capable d’adapter les interventions aux besoins réels des cultures ».

Les femmes, elles, ingénieures, chercheuses, développeuses, entrepreneures ou spécialistes des données, pourraient investir progressivement ces nouveaux domaines. « Elles ne sont plus seulement présentes sur le terrain comme utilisatrices des technologies : elles participent aussi à leur conception et à leur déploiement », affirment les professionnels du secteur.

Pour eux, l’évolution du rôle des femmes dans l’agriculture se mesure également à travers l’entrepreneuriat. « Dans les territoires ruraux comme dans les pôles urbains, de nouvelles initiatives féminines apparaissent dans la transformation des produits agricoles, l’agroalimentaire, les services agricoles, l’agriculture biologique, l’agritourisme et les solutions numériques ».

Auteur

Najoua Hizaoui

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