Ligue 1 – Saison 26-27- Il revient à la tête de la Direction Nationale d’Arbitrage Neji Jouini est-il prêt ?
L’ex-arbitre charismatique fait son retour et sait bien que tous les regards seront braqués sur lui. Comment agira-t-il ?
La Presse — A quelques jours du début du championnat, et au moment où toutes les équipes sont encore en rodage et parachèvent leur préparation et opèrent encore sur le mercato, l’arbitrage revient à la une de l’actualité. Neji Jouini revient comme patron des arbitres après un intermède pas très réussi de quelques mois en 2024. Depuis, l’homme a été loin des médias, mais faisait tout pour revenir un jour à la charge. Il a essayé avant l’arrivée de Kamel Idir de proposer un projet au ministère des Sports, mais sa tentative a été mal vue et son projet jugé trop cher. Mourad Daami lui a succédé, et puis Himoudi a pris la relève pour un bail catastrophique à tous les niveaux. Jamel Himoudi a été un point noir dans l’histoire de l’arbitrage tunisien. Il n’a rien fait que créer des clans, et régner au gré des jeux macabres des coulisses et à l’aide d’ex-arbitres suspects qui lui faisaient la propagande sur les émissions télé et radio. Heureusement qu’il est parti. Maintenant, Neji Jouini, soutenu par la tutelle, n’avait pas de concurrents sérieux, lui qui voulait ce poste à tout prix. Et selon les échos, il ne va pas percevoir le moindre sou, lui qui a régné plus de 20 ans au Qatar comme patron des arbitres et quelqu’un qui a réussi à tenir contre tous avec son énorme capacité à s’imposer. Il est de nouveau patron des arbitres, et travaillera pratiquement avec la même équipe. A part son préféré Youssef Sraiari, on a les lieutenants et les fidèles à Néji Jouini à l’image de Ben Hassana et Harrak.
Un orateur confirmé, un autoritaire discret
L’ex-arbitre international est sûrement l’arbitre le plus charismatique de l’histoire du football tunisien. Il était toujours l’arbitre élégant, qui sait parler, qui sait diriger avec des mains de fer dans des gants de velours. Une carrière pleine, et aussi controversée avec des épisodes inoubliables, tels ce carton sévère à Abedi Pelé à la CAN 1992 qui l’a privé de la finale ou cet inoubliable CA-CAB en finale du championnat 1992 et trois cartons rouges en fin du match qui ne lui ont pas fait d’amis. Un arbitre issu des années 80 de notre football, une période de disette, de marasmes dans un environnement politico-économique déboussolé et malsain même. Cette période enfantait de bons joueurs, et de bons arbitres, mais aussi voyait une injustice arbitrale qui faisait tabac.
Contrairement à ce qu’on disait, ces arbitres des années 80 et 70 n’étaient pas meilleurs que ceux d’aujourd’hui, ils étaient, en bonne partie, partisans, voire complices dans plusieurs titres détournés et des résultats manipulés. À l’époque, il n y avait pas de VAR, de moviola, d’équité sportive, de transparence, de bureau fédéral stable et courageux. Les arbitres qui ont évolué depuis les années 60 et jusqu’aux années 90 ne sont pas aussi angéliques et innocents que l’on pense. C’est toujours ce même système qui vit avec une qualité qui va de mal en pis, et surtout une omerta et une impuissance des plus frustrantes. Si à l’époque de Neji Jouini, on avait quelques arbitres qui pouvaient émerger et aller à une CAN ou à un mondial, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Jouini, qui a côtoyé plus de 20 ans de football tunisien, avant de partir au Qatar, a un point fort : c’est un bon orateur, quelqu’un qui domine ses arbitres par sa réputation, sa façon de parler et sa capacité à négocier et à trouver des compromis. En même temps, ce n’est pas quelqu’un de facile à influer. Pour une personne qui a réussi à perdurer au Qatar plus de 20 ans, il est clair que c’est un personnage spécial et tenace. Est-il prêt à éviter ses erreurs du premier passage et éviter que la machine en place ne favorise des clubs au détriment des autres ? Est-il prêt à revoir les astuces de désignation et à améliorer la qualité de la VAR ? Est-il prêt à mettre de l’ordre dans le corps des commissaires et des formateurs ? Est-il prêt à «nettoyer» la DN Arbitrage des intrus et des ex-arbitres « vendus» et défectueux ? S’il est prêt d’abord à changer les choses même à petite dose, il pourrait réussir. Il sait très bien comment fonctionne notre arbitrage et pourquoi il est tombé si bas. En tout cas, le retour de Neji Jouini n’est pas la panacée. Il ne faut pas lui trop demander, bien sûr. Les matches déterminants, comme le derby tunisois par exemple, devraient être confiés à des arbitres étrangers tels que l’Autrichien Christian Petru-Ciochirca qui a magistralement dirigé le dernier derby.



