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Eau : de la pénurie à la crise de confiance

  • 21 août 2026
  • 5 min de lecture
Eau : de la pénurie à la crise de confiance

La problématique de l’eau en Tunisie est une “crise structurelle” qui se répète d’année en année, estime l’expert en ressources hydriques Houcine Rahili. Selon lui, les coupures d’électricité, les difficultés de pompage, la hausse des températures et la forte demande en eau embouteillée ont aggravé la situation actuelle, appelant à des investissements durables dans les réseaux et à une réforme du système d’approvisionnement.

La crise de l’eau que traverse actuellement la Tunisie ne relève pas d’un simple épisode conjoncturel. Elle traduit, selon l’expert en ressources hydriques Houcine Rahili, une crise structurelle qui se répète chaque année et qui nécessite des réponses de long terme.

Intervenant sur les ondes de Diwan FM, l’expert a appelé les autorités à mettre en place des solutions radicales et durables, estimant que la multiplication des mesures ponctuelles ne permet pas de sortir durablement de ce cycle de pénuries et de perturbations.

Les coupures d’électricité aggravent la situation

Selon Houcine Rahili, la situation actuelle s’est notamment aggravée en raison de l’interaction entre les coupures d’électricité et les opérations de pompage de l’eau. Les interruptions du courant électrique peuvent en effet affecter le fonctionnement des équipements nécessaires à l’approvisionnement et contribuer aux perturbations enregistrées dans plusieurs régions.

À cette difficulté s’ajoutent, selon lui, de nouveaux facteurs qui compliquent davantage le paysage hydrique tunisien, notamment les tensions observées sur le marché de l’eau embouteillée.

L’expert s’est notamment alarmé de la place prise par l’eau en bouteille dans les habitudes de consommation des Tunisiens. Il a avancé une consommation annuelle d’environ 246 litres par habitant, contre une moyenne mondiale qu’il situe à 42 litres.

Pour Houcine Rahili, cette forte consommation traduit notamment une perte de confiance dans l’eau du robinet, qu’il associe à des préoccupations concernant sa qualité.

L’eau embouteillée sous pression

La crise actuelle de l’eau embouteillée s’expliquerait, selon l’expert, par la combinaison de plusieurs facteurs.

Il cite d’abord les coupures d’électricité de plusieurs heures, qui auraient perturbé la production de certaines usines. Il évoque également la réduction des stocks stratégiques détenus par les industriels, certains opérateurs craignant, selon lui, d’être accusés de rétention ou de spéculation.

Ces difficultés interviennent dans un contexte marqué par la hausse des températures et l’augmentation de la demande, accentuant les tensions sur l’approvisionnement.

Houcine Rahili estime par ailleurs que l’intervention du ministère du Commerce dans ce dossier est intervenue « tardivement et de manière injustifiée ». Selon lui, la nouvelle tarification appliquée à l’eau embouteillée aurait contribué, dans les faits, à une hausse des prix plutôt qu’à une protection du pouvoir d’achat.

L’expert affirme également que les principales zones de consommation, notamment le Grand Tunis, ont connu des pratiques de rétention et de spéculation impliquant, selon ses déclarations, certains grands distributeurs et intermédiaires. Il estime en revanche que les régions intérieures n’ont pas connu de difficultés majeures d’approvisionnement.

Repenser le système de l’eau embouteillée

Face à cette situation, Houcine Rahili appelle à revoir en profondeur le système de production et de distribution de l’eau embouteillée.

Il préconise notamment d’imposer aux industriels la constitution de stocks stratégiques, qui permettraient de réguler le marché lors des périodes de forte demande ou en cas d’interruption de la production.

Au-delà de l’urgence actuelle, l’expert plaide surtout pour une stratégie à moyen et long terme. Il recommande la mise en place d’un plan d’investissement sur cinq ans destiné à renouveler les réseaux d’eau vétustes et à améliorer la qualité de l’eau potable.

L’objectif serait notamment de réduire les pertes sur les réseaux, d’améliorer la qualité de l’eau distribuée et, par conséquent, de restaurer progressivement la confiance des citoyens dans l’eau du robinet.

Une crise qui dépasse la seule question de l’approvisionnement

Pour l’expert, la réponse à la crise ne peut toutefois pas se limiter à l’augmentation de l’offre ou à la gestion des coupures. Elle doit également passer par un renforcement des mécanismes de contrôle, notamment pour lutter contre les pratiques de rétention et les augmentations jugées injustifiées des prix de l’eau.

La crise actuelle met ainsi en évidence une problématique plus large : celle de l’accès à une eau sûre, disponible et abordable.

Pour Houcine Rahili, l’enjeu est désormais de rompre avec la logique des interventions ponctuelles et de construire une politique hydrique capable d’anticiper les périodes de tension. L’eau, rappelle-t-il, constitue un droit fondamental pour chaque citoyen, ce qui impose, selon lui, de placer la modernisation des infrastructures, la qualité de l’eau et la sécurité de l’approvisionnement au cœur des priorités publiques.

Auteur

S. R

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