Economie

Paris sportifs et casinos en ligne en Afrique : Un marché de 23 milliards de dollars

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  • 21 août 2026
  • 5 min de lecture
Paris sportifs et casinos en ligne en Afrique : Un marché de 23 milliards de dollars

Le marché africain des jeux de hasard en ligne connaît une croissance rapide, mais l’essentiel de l’activité échappe encore aux circuits officiels. En 2025, les paris sportifs et casinos en ligne ont généré 23 milliards de dollars de revenus bruts, dont 77% issus du secteur non réglementé. Pour les États, le défi consiste, désormais, à rendre l’offre légale suffisamment attractive pour capter cette activité, renforcer les recettes publiques et favoriser l’émergence d’un écosystème local.

La Presse — Le marché africain des paris sportifs et des casinos en ligne poursuit son expansion. Selon le rapport de «Gaming Compliance International» (GCI), le chiffre d’affaires brut des jeux (GGR) est passé de 20 milliards de dollars en 2024 à 23 milliards en 2025, soit une hausse de 15 %. Dans le même temps, le nombre de personnes ayant utilisé ou côtoyé ce marché est passé de 198 à 215 millions, représentant désormais 14% de la population africaine.

Cette progression profite cependant davantage aux circuits non réglementés. Le GGR du secteur légal est passé de 4,4 à 5,2 milliards de dollars en un an, tandis que celui du marché non réglementé a progressé de 15,6 à 17,8 milliards. La part des activités réglementées n’a ainsi augmenté que d’un point, pour atteindre 23 % du marché. Autrement dit, près de quatre dollars sur cinq générés par le secteur échappent encore au cadre officiel.

Cette domination de l’informel se retrouve également dans le nombre d’opérateurs. GCI en a recensé 4.129 en 2025, contre 3.644 l’année précédente. L’exposition du public aux contenus et services non réglementés est, elle, estimée à 89 %, contre seulement 11% pour les acteurs légaux. Pour le rapport, cet indicateur constitue un signal important sur l’évolution future du marché.

De fortes disparités régionales

L’Afrique de l’Ouest représente le principal marché continental, avec 10,3 milliards de dollars de GGR en 2025. Le secteur réglementé n’en capte toutefois que 2,9 milliards. L’Afrique du Nord arrive ensuite avec 4,8 milliards de dollars, dont 1,5 milliard dans le segment légal. Elle affiche ainsi un taux de formalisation de 31 %, le plus élevé parmi les cinq régions étudiées.

L’Afrique australe totalise 4 milliards de dollars, mais seulement 603 millions sont réglementés.
En Afrique de l’Est, le marché atteint 2,8 milliards de dollars, alors que le segment légal ne représente que 9 millions. L’Afrique centrale génère pour sa part environ 1,1 milliard, dont 246 millions réglementés.

Ces écarts témoignent de situations nationales très différentes. Le rapport ne fournit cependant pas de ventilation permettant d’identifier précisément le poids de chaque pays d’Afrique du Nord. Il convient donc d’éviter toute extrapolation concernant la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, l’Égypte ou la Libye.

Pour GCI, la question n’est pas uniquement de renforcer les contrôles ou de multiplier les licences. L’objectif est surtout de faire basculer les utilisateurs vers les plateformes autorisées. Pour y parvenir, plusieurs paramètres sont déterminants : fiscalité, coûts supportés par les opérateurs et les joueurs, systèmes de paiement et diversité de l’offre.

Une fiscalité trop lourde peut rendre les plateformes légales moins compétitives face aux acteurs non autorisés. De même, des restrictions excessives sur les produits, les mises ou les gains peuvent inciter les utilisateurs à se tourner vers des plateformes échappant aux contraintes nationales. Les coûts de paiement constituent également un facteur important lorsqu’ils renchérissent les transactions réalisées sur les circuits réglementés.

La formalisation apparaît donc comme un enjeu économique autant que juridique. Une réglementation efficace doit permettre de protéger les utilisateurs tout en maintenant une offre capable de concurrencer les opérateurs non autorisés.

Le niveau de structuration du marché reste faible. Le score moyen attribué par GCI à l’ensemble du continent n’était que de 10 sur 100 en 2025, contre 9 en 2024. L’Afrique australe obtient la meilleure note régionale, avec 16, devant l’Afrique de l’Est, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. L’Afrique du Nord obtient, pour sa part, un score moyen nul.

Certains pays se distinguent néanmoins. Le Ghana obtient 38 sur 100, grâce à un cadre jugé stable et transparent. Le Nigeria atteint 32, la Tanzanie 27 et le Kenya 26. Ces résultats montrent que l’existence d’un cadre légal ne suffit pas : son efficacité dépend également de son application et de la capacité des autorités à limiter l’accès aux opérateurs non autorisés.

Transformer la croissance en valeur économique

Les 17,8 milliards de dollars générés par le secteur non réglementé ne correspondent pas automatiquement à un manque à gagner fiscal équivalent. Le rapport ne fournit pas d’estimation précise des recettes perdues par les États. L’enjeu dépasse toutefois la seule fiscalité.

La formalisation peut favoriser la création d’entreprises locales, l’emploi, les investissements et le développement de services liés aux paiements et aux technologies numériques. Elle peut également renforcer la protection des consommateurs et améliorer la traçabilité des flux financiers.

Le principal défi pour les gouvernements africains consiste donc à transformer une demande numérique déjà massive en activité économique formelle. Avec seulement 23% du GGR capté par les circuits réglementés en 2025, le potentiel reste considérable. La question centrale sera désormais de savoir comment réduire l’écart de compétitivité entre l’offre légale et les plateformes non réglementées, afin que la croissance du marché profite davantage aux économies nationales.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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