Dans toutes les villes tunisiennes, grandes ou moyennes, jusque dans les espaces verts, bois et forêts, voire sur les hauteurs et sur les plages, un spectacle désolant s’impose aux regards : celui des déchets abandonnés, entassés, parfois brûlés à ciel ouvert. Ce phénomène, devenu endémique, affecte non seulement l’environnement et la santé publique, mais aussi l’image du pays et son industrie touristique, déjà fragilisée.
Ce qui frappe, c’est l’absence criante des autorités. Le laxisme dans l’application des mesures de salubrité, l’absence de contrôle et de sanctions, la dissolution des conseils municipaux qui priva les villes de relais locaux efficaces : autant de facteurs qui nourrissent le désespoir des citoyens attachés à l’hygiène et à la propreté. Beaucoup se disent catastrophés par l’état sordide de leur cadre de vie.
Sociologiquement, le problème s’explique par une banalisation du geste. Jeter ses déchets dans la rue est devenu une pratique normalisée, transmise par mimétisme social. L’école n’a pas suffisamment inculqué la valeur du bien commun, et l’espace public est trop souvent perçu comme « n’appartenant à personne ». À cela s’ajoute une urbanisation rapide, sans infrastructures adaptées, et un désenchantement politique qui nourrit le sentiment d’impunité.
Pourtant, ailleurs dans le monde, des exemples montrent qu’il est possible d’inverser la tendance. Kigali, au Rwanda, est aujourd’hui l’une des capitales les plus propres d’Afrique grâce à une interdiction stricte des plastiques et à des contrôles policiers réguliers. Singapour a imposé une politique de tolérance zéro, avec des amendes sévères et des campagnes de sensibilisation continues. Au Japon, la propreté est devenue une norme sociale, chacun assumant la responsabilité de ses propres déchets.
La Tunisie peut s’inspirer de ces expériences. Mais cela suppose une volonté politique claire : instaurer un cadre légal renforcé, rétablir la police environnementale et son autorité, multiplier les poubelles publiques, lancer des campagnes nationales massives et intégrer la propreté dans les programmes scolaires. Les citoyens, eux aussi, doivent être mobilisés : associations locales, initiatives de nettoyage collectif, coopératives de recyclage, valorisation sociale de la propreté.
Il n’est pas trop tard. Mais chaque année de laxisme rend la tâche plus ardue. La propreté doit devenir une norme sociale valorisée, un acte patriotique. Car un pays qui se respecte commence par respecter ses rues, ses plages et ses espaces verts. La Tunisie mérite mieux que ce décor de déchets qui trahit son potentiel et ternit son image.



