Il n’y a pas si longtemps, l’eau coulait à flots. Le Tunisien ne se sentait, nullement, menacé par une quelconque pénurie qui surviendrait un jour.
Les foyers raccordés au réseau de la Sonede n’avaient aucune conscience de ce qui allait nous arriver. Aussi, personne ne se souciait de la nécessité qu’il y avait à rationaliser la consommation de l’eau.
La Presse — On arrosait son jardin à l’envi. On lavait sa voiture à profusion. Même dans les recettes culinaires on conseillait aux cuisinières de laver les légumes et autres produits à grande eau.
Le temps de l’abondance
Jusqu’à une date pas très lointaine, nos différents quartiers avaient leurs propres fontaines publiques.
Tout le monde venait s’y approvisionner. Aussi bien les riverains que les gens de passage. Certaines de ces fontaines étaient dotées de bassins servant d’abreuvoirs pour les animaux. Ce qui n’empêchait pas les jeunes de s’y baigner.
Dans de nombreuses régions, ces fontaines publiques étaient, carrément, des œuvres d’art architecturalement parlant.
Aujourd’hui, certaines subsistent dans des zones non encore reliées au réseau de la Sonede.
Ces vestiges nous rappellent que notre pays n’a pas réussi à surmonter les difficultés d’assurer un taux de raccordement satisfaisant. Ce dernier varie d’une région à l’autre atteignant, parfois, les 100% en milieu urbain pour retomber jusqu’à -50% en milieu rural.
Or, ce qui est nouveau c’est que tout le monde est, désormais, logé à la même enseigne.
Avec la survenue de la canicule, les coupures d’eau sont devenues fréquentes et concernent tous les gouvernorats. Durant cet été, des milliers de foyers ont été privés d’eau potable à plusieurs reprises et pour des périodes plus ou moins longues.
On boude l’eau du robinet
Pourtant, les Tunisiens consomment de moins en moins l’eau du robinet. Celle-ci sert surtout à des usages domestiques ou pour se doucher. En vérité, on constate un gaspillage injustifié de cette matière devenue plus précieuse qu’à n’importe quel autre moment.
On sent que nos citoyens n’accordent aucun intérêt aux consignes relatives à la rationalisation de la consommation de l’eau.
Les gens continuent à arroser copieusement leurs jardins. Les stations de lavage-automobiles s’adonnent à leurs activités comme si de rien n’était. Dans les ménages cette eau coule à haut débit même pour une petite opération de nettoyage.
Malgré les plaintes à cause des coupures inédites, les consommateurs boudent l’eau du robinet.
Depuis plusieurs années, ils ne boivent que l’eau en bouteille. Toutes les familles, de toutes les catégories sociales ou presque, considèrent que l’eau distribuée par la Sonede ne leur convient pas.
Pour des raisons diverses, ils préfèrent dépenser beaucoup d’argent pour l’achat de l’eau en bouteille.
Ce qu’on reproche à l’eau du robinet c’est sa qualité. On la juge “mauvaise” de par le goût, l’odeur ou la salinité.
Officiellement, des assurances sont données que l’eau distribuée par la Sonede est conforme aux normes.
S’il y a quelques anomalies, elles seraient dues à l’état de vétusté de certaines canalisations ou à un taux plus ou moins élevé de salinité.
Ce taux, faut-il le rappeler, varie entre 0.7 g/litre et 2 g/litre selon les régions.
Des efforts sont entrepris pour maintenir ce taux en deçà de 1.5 g/litre. Soit un seuil tolérable.
Mais il semble que les consommateurs ne l’entendent pas de cette oreille. Ils persistent dans leurs habitudes de recourir à l’eau vendue dans les commerces ou à l’eau distribuée par des colporteurs. Ceux-ci utilisent des camions-citernes pour écouler leur “marchandise”. D’origine inconnue, cette eau est vendue partout.
Grâce à (ou à cause de) la canicule et les coupures fréquentes, l’eau en bouteille et l’eau distribuée par ces marchands ambulants ont vu leur prix grimper fortement.
Au moins 4 packs/personne
Du coup, le citoyen est obligé de payer une triple facture. La première, à la Sonede, la deuxième aux industriels des bouteilles d’eau et la troisième pour ces nouveaux marchands d’eau à bord de camions-citernes.
En moyenne, un foyer constitué de 4 personnes consommerait au minimum un pack par semaine et par individu. À multiplier par le nombre des membres de la famille, cela atteint la centaine de dinars mensuellement.
Or, une facture annuelle de la Sonede n’atteindrait pas le quart de cette somme pour une consommation normale.
Le Tunisien est-il vraiment conscient de ce train de vie très dispendieux ?
D’ailleurs, a-t-il d’autres solutions ?
C’est le cas de le dire.
Malgré tout, il est toujours possible de voir autrement les choses et de commencer à envisager une issue.
Le rôle des pouvoirs publics est primordial et incontournable puisqu’il s’intéresse à l’infrastructure. C’est le volet le plus important.
Il s’agit, en effet, de renouveler le réseau de distribution des eaux et de tout faire pour rattraper les autres retards accumulés durant des décennies.
Malheureusement, il faut reconnaître d’avance qu’il n’y a pas trop d’espoir à ce propos. Chacun sait que les autorités sont trop lentes à réagir. De plus, il y a des financements à prévoir pour de grands chantiers.
Jusqu’à 1.000 dinars/famille
L’autre issue consiste à encadrer le secteur de l’eau embouteillée de façon à faire barrage à toutes les dérives. Certes ce n’est pas une mince affaire, mais elle est à la portée.
En attendant les vraies solutions, le Tunisien doit se prendre en main et trouver les moyens d’affronter ces difficultés. Parmi ces moyens il y a lieu de recourir à la purification de l’eau du robinet en utilisant les appareils appropriés.
C’est, peut être, plus économique. Il suffit de faire un petit calcul pour se rendre compte du budget énorme qu’il consacre à l’eau.
La facture de la Sonede est dérisoire par rapport à ce que l’on dépense pour l’eau en bouteille.
Comme le Tunisien consomme entre 250 et 300 litres/an d’eau en bouteille, on dépense, donc, entre 212.5 et 255 dinars/an/personne. Si on multiplie par le nombre de personnes constituant un foyer (disons 4) on obtient la “modique” somme de 850 dinars ou 1.020 dinars.
C’est plusieurs fois le montant des 4 factures envoyées par la Sonede au cours d’une année..
Devant cette problématique, on se trouve acculé à choisir : rester dans l’expectative ou agir.
Les circonstances ne permettent pas de perdre son temps à réfléchir. La décision doit être prise. L’achat d’un appareil purificateur d’eau s’impose. Ce n’est plus un luxe. Toutefois, les services de l’État ont un rôle primordial à jouer dans cette optique.
Les appareils proposés sont nombreux sur le marché. Un acheteur non averti peut tomber sur une mauvaise affaire. D’où l’impérieuse nécessité du concours des autorités compétentes pour conseiller les consommateurs.
Les publicités pour ces machines sont tellement nombreuses qu’il est difficile de faire la part du bon ou du mauvais.
Une telle collaboration aiderait le citoyen à mieux gérer sa bourse et les pouvoirs publics à mieux s’organiser en vue d’apporter les solutions à la crise de l’eau du robinet.
De ce fait, on couperait l’herbe sous le pied aux profiteurs qui font tout pour se remplir les poches au détriment des gens.
En outre, on mettrait fin aux agissements des spéculateurs de tous genres (les commerces d’eau en bouteille, les vendeurs de machines pour purifier l’eau, etc.).
La porte doit être fermée devant tous ces individus qui exploitent les malheurs des Tunisiens pour s’enrichir rapidement et de la façon la plus malhonnête.
Pendant ce temps, aux industriels du secteur de l’eau en bouteille de montrer leur bonne volonté en inondant le marché pour faire disparaître cette pénurie artificielle dont le but essentiel est de faire pression sur le consommateur et le pousser à accepter des hausses de prix.



