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Eau minérale : spéculation, pénurie ou demande record ? Les producteurs s’expliquent

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  • 29 août 2026
  • 8 min de lecture
Eau minérale : spéculation, pénurie ou demande record ? Les producteurs s’expliquent

La Tunisie fait face depuis plusieurs semaines à des tensions dans l’approvisionnement en eau minérale, particulièrement visibles dans plusieurs régions du pays. La forte hausse de la consommation liée aux températures exceptionnelles, les perturbations de la production provoquées par les coupures d’électricité et l’épuisement des stocks constitués avant l’été ont pesé sur l’offre.

Mais la situation s’est également accompagnée de pratiques de rétention et de spéculation constatées par les services de contrôle. Pour tenter de rétablir les flux, le ministère du Commerce annonce l’injection de plus de 9 millions de bouteilles dans les circuits du Grand Tunis.

Les rayons d’eau minérale ne devraient plus rester aussi longtemps vides. Le ministère du Commerce et du Développement des exportations a annoncé, vendredi 28 août, le lancement d’une opération exceptionnelle d’approvisionnement du Grand Tunis portant sur plus de 9 millions de bouteilles de 1,5 et 2 litres.

Cette opération, menée en coordination avec les unités de production et les structures régionales, vise notamment les grandes et moyennes surfaces ainsi que les grossistes opérant dans les circuits légaux. Elle doit se poursuivre durant le week-end afin de répondre aux besoins des consommateurs et de réduire les tensions observées sur le marché.

Mais cette intervention d’urgence pose une question essentielle : comment un produit aussi largement consommé et produit en Tunisie a-t-il pu devenir difficile à trouver dans plusieurs régions ? La réponse semble être à chercher dans la combinaison de plusieurs facteurs.

Une demande qui a bondi de 30 %

La première explication avancée par les professionnels concerne la consommation. Dans un communiqué publié jeudi 27 août, la Chambre nationale syndicale de l’industrie des boissons non alcoolisées affirme que la demande en eau minérale conditionnée a augmenté d’environ 30 % par rapport aux niveaux habituels durant l’été 2026.

Cette hausse exceptionnelle intervient après plusieurs épisodes de chaleur intense ayant entraîné une augmentation rapide de la consommation d’eau embouteillée.

Or, cette progression de la demande s’est produite à un moment où le système de production était lui-même confronté à des difficultés.

Des coupures d’électricité qui ont perturbé la production

Selon la Chambre syndicale, plusieurs régions ont connu des coupures répétées d’électricité, entraînant l’arrêt de certaines unités de production d’eau minérale pendant des périodes variables.

Ces interruptions ont affecté à la fois le rythme de production et la capacité des entreprises à approvisionner rapidement le marché.

Autrement dit, la tension ne proviendrait pas d’une absence structurelle de capacité de production, mais d’un décalage temporaire entre une demande exceptionnellement élevée et une offre perturbée.

Les stocks constitués durant l’hiver n’ont pas suffi

Un troisième élément permet de comprendre l’aggravation de la situation. Les producteurs constituent habituellement des stocks durant les mois d’hiver afin d’anticiper le pic de consommation de la saison chaude. Cette réserve doit permettre de compenser, pendant les périodes de forte demande, l’écart entre les capacités de production et les besoins du marché.

Mais la combinaison de la canicule et des perturbations de production a conduit à l’épuisement de ce stock stratégique, selon la Chambre syndicale.

Les tensions observées cet été seraient ainsi, dans un premier temps, le résultat d’une succession de chocs : une demande qui progresse brutalement, une production momentanément perturbée et une réserve de sécurité qui se réduit plus rapidement que prévu.

Les producteurs démentent toute rétention organisée

Face aux accusations apparues sur les réseaux sociaux, les producteurs ont toutefois tenu à écarter l’hypothèse d’une rétention volontaire des bouteilles.

La Chambre syndicale affirme que les entreprises qui en sont membres fonctionnent au maximum de leurs capacités disponibles et que leur priorité reste d’assurer la continuité de l’approvisionnement.

Elle dément également la constitution volontaire de stocks à des fins spéculatives et considère qu’une telle pratique ne présenterait pas de logique économique dans une situation qu’elle qualifie de conjoncturelle. Avec le recul attendu des températures, la demande devrait progressivement diminuer, ce qui réduirait l’intérêt de conserver aujourd’hui des volumes importants pour les vendre ultérieurement.

Mais cette version ne suffit pas, à elle seule, à expliquer l’ensemble des tensions observées sur le terrain.

Des stocks clandestins effectivement saisis

Car parallèlement aux explications avancées par les producteurs, les services de contrôle économique ont découvert des quantités d’eau minérale stockées en dehors des circuits réguliers.

A titre d’exemple, le 8 août, les services du Commerce à Nabeul ont ainsi saisi 8.832 bouteilles, dont 5.928 découvertes dans un dépôt de matériaux de construction. Les autorités régionales avaient alors indiqué que les quantités étaient dissimulées dans un objectif de rétention et de spéculation.

D’autres opérations ont été menées depuis. À Monastir aussi, 12.672 bouteilles de deux litres ont notamment été saisies le 28 août dans une huilerie à Sidi Ameur et doivent être réinjectées dans les circuits de distribution officiels.

À Ariana, les autorités ont par ailleurs placé en garde à vue un distributeur de Mnihla soupçonné de monopole et de spéculation. 20.112 bouteilles ont été saisies dans cette opération. Un autre distributeur a fait l’objet d’un procès-verbal pour vente à un prix supérieur au tarif réglementé.

Ces opérations ne permettent pas de conclure à une rétention généralisée de la part des producteurs. Elles montrent toutefois que des pratiques de stockage et de spéculation existent bien dans certains maillons de la chaîne de distribution. Cette distinction est importante pour comprendre la crise.

Le ministère passe à l’offensive

Face à la persistance des tensions, le ministère du Commerce a donc décidé de renforcer directement l’approvisionnement.

L’opération annoncée vendredi concerne les quatre gouvernorats du Grand Tunis et prévoit l’injection de plus de 9 millions de bouteilles, exclusivement dans les formats de 1,5 et 2 litres.

Les volumes doivent être orientés prioritairement vers les grandes et moyennes surfaces ainsi que vers les grossistes conventionnels. Les brigades du contrôle économique doivent suivre les opérations de distribution et contrôler notamment le respect des marges réglementaires.

L’objectif est double : augmenter rapidement l’offre disponible et limiter les possibilités de rétention dans les circuits parallèles.

Le dispositif doit également être ajusté en fonction de l’évolution des besoins des différentes régions, afin de concentrer les volumes là où les tensions sont les plus importantes.

Une crise qui dépasse finalement la seule question de la production

La situation actuelle révèle ainsi une fragilité particulière du marché lors des pics de consommation.

La Tunisie dispose de capacités industrielles importantes, mais une hausse très rapide de la demande peut mettre sous pression l’ensemble de la chaîne : production, stocks, transport et distribution.

À cela s’ajoutent les perturbations électriques qui ont affecté certaines unités et, dans certains cas, les comportements spéculatifs constatés chez des opérateurs de distribution. Le problème n’est donc pas réductible à une seule cause.

La canicule a fait bondir la demande ; les coupures d’électricité ont perturbé une partie de la production ; les stocks de sécurité ont été fortement sollicités ; et des opérations de contrôle ont parallèlement mis au jour des pratiques de rétention dans certains circuits.

Vers un retour progressif à la normale ?

La Chambre syndicale table sur une amélioration progressive avec la baisse des températures, qui devrait contribuer à réduire la pression exercée par la consommation estivale. Elle affirme par ailleurs que les capacités nationales de production sont mobilisées au maximum afin de rétablir le rythme normal d’approvisionnement.

Le ministère, de son côté, a choisi d’intervenir directement sur la distribution en injectant des volumes massifs dans les zones les plus affectées.

Le retour à la normale dépendra donc désormais de plusieurs facteurs : l’évolution des températures, la capacité des producteurs à reconstituer les stocks, la régularité de la production et de l’électricité, mais aussi l’efficacité des contrôles contre la rétention et la spéculation.

En attendant, les 9 millions de bouteilles annoncées pour le Grand Tunis constituent une première réponse d’urgence. Elles permettront surtout de tester, dans les prochains jours, la capacité du marché à absorber le déficit d’approvisionnement accumulé au cours des dernières semaines.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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