A l’approche de la rentrée scolaire, les parents d’élèves renouvellent leurs aspirations et leurs attentes, celles de voir leurs efforts récompensés par les deux autres partenaires de la scolarité que sont le cadre enseignant, d’une part, et les élèves eux-mêmes, d’autre part.
La Presse — Ce renouvellement s’avère être un passage obligé, un choix unique, une obligation en dépit des réserves de certains. C’est que les parents assument leur responsabilité de garantir les fournitures scolaires, les tenues neuves ainsi que le goûter de leurs enfants; des charges qui résumaient, autrefois, le rôle des parents dans la scolarité de leurs progénitures.
Une fois conduit à l’école, l’élève relevait de la responsabilité du cadre administratif. Et ce sont les enseignants qui assumaient leur mission non seulement de vulgariser l’information mais aussi de hisser le niveau de l’élève via une pédagogie sans faille. Or, cette répartition des rôles a été chamboulée. Le parent endosse souvent la responsabilité de l’enseignant à la maison…Ses attentes se heurtent à un rendement qui semble être insatisfaisant tant de la part de l’enseignant que de l’élève.
L’enseignement : une activité commerciale ?
Les familles de nos jours militent pour soutenir la scolarité de leurs enfants. Mais la déception est souvent au rendez-vous, notamment pour les parents d’élèves moyens. Confrontés à un programme scolaire trop chargé pour être assimilé avec aisance, ces élèves arrivent au niveau du collège avec une démotivation confirmée et verbalisée.
«Je ne veux plus aller à l’école», «Je n’ai pas envie de réviser», «je n’aime pas telle ou telle matière» ; tels sont les signes du détachement moral de l’élève par rapport à son école, lequel est dû, d’ailleurs, à moult facteurs. «La majorité des élèves de nos jours réfutent l’école. Ils sont convaincus que l’enseignement est devenu une activité purement commerciale, qui vise dans la rentabilité financière et puise dans l’opportunisme tout son sens.
Les élèves savent pertinemment que, pour décrocher leurs moyennes, ils sont amenés à s’inscrire aux cours particuliers et à payer leurs propres enseignants ! Du coup, la relation entre l’élève et son enseignant est devenue une relation commerciale, ni plus ni moins», indique Chaïma Hfaïedh, mère de deux garçons dont le cadet est inscrit en huitième année de l’enseignement de base.
Cette situation en dit long sur le rendement qui, aux yeux de certains parents, s’avère être bien en deçà de leurs attentes. Chaïma a la conviction que, en dehors de cette sphère purement lucrative, le rendement serait atrocement faible, ce qui influe sensiblement sur le moral et sur la psychologie des élèves moyens.
« Ceux qui continuent à fournir l’effort et à s’appliquer à leurs études, renchérit-elle, le font sous pression de leurs parents. D’ailleurs, au moment de recevoir le bulletin scolaire, certains évitent de sortir de la salle de classe, de rentrer à la maison alors que d’autres, terrorisés, vont jusqu’à mettre leur vie en péril…».
Le parent : le maillon fort malgré lui !
Les parents se voient dans l’obligation de compenser les lacunes en revêtant, eux aussi, le tablier de l’enseignant, à la maison. Et pour accomplir cette mission en bonne et due forme, ils s’appuient sur les manuels parascolaires afin de multiplier les chances de réussite tant escomptée. «Ce sont les parents de nos jours qui souffrent le martyre pour aider leurs enfants à réussir leur parcours scolaire.
Cela commence par la fourniture scolaire qui coûte cher, en passant par les honoraires des enseignants des cours particuliers, le coût des parascolaires et l’accompagnement scolaire à la maison. Ils investissent leur argent, leur bien-être physique et psychologique pour finir dans les pièges que tendent certains enseignants via les examens ! Certains enseignants font tout pour rendre la scolarité insipide. Même le cours de musique, qui devait apporter gaieté et fraîcheur aux élèves, devient ennuyeux sous l’effet des doctrines dignes d’un grand conservatoire», ajoute Chaïma.
Les lacunes à répétition que décèlent les parents trahissent le manque de mesures pourtant simples et faisables, à même de résoudre bon nombre de problèmes et de compenser moult défaillances. Ces dernières rongent le système, les établissements et jusque la sérénité des familles. Le confort physique et psychologique de l’enfant en peine…Et en dépit des recommandations insistantes des experts et des pédagogues, les actions laissent à désirer !
Un programme et un emploi du temps trop chargés
Selon Awatef Slama, maman de deux enfants, dont l’aîné vient de décrocher son baccalauréat, la situation est bien plus complexe. Les attentes des parents et de leurs enfants bloquent, face à une série de faiblesses. Elle pointe du doigt la frêle infrastructure des établissements scolaires, lesquelles sont parmi les composantes pourtant basiques comme les vestiaires, les terrains de sport et jusqu’aux blocs sanitaires.
Ces derniers ne correspondent généralement pas aux normes d’hygiène les plus élémentaires… «S’agissant du programme scolaire, je le trouve trop chargé pour être assimilé, ce qui influe sur l’emploi du temps. L’élève qui quitte l’école à 16h ou à 17h n’a plus le temps nécessaire pour pratiquer du sport, ce qui est grave !
D’autant plus que les cours particuliers prennent jusqu’à deux heures de temps par jour. Même les week-ends sont consacrés aux cours particuliers et à la révision surtout pour les élèves qui s’apprêtent à passer des concours. Il faut admettre que les cours particuliers sont une nécessité pour l’élève, vu que les cours donnés en classe ne suffisent plus surtout avec le laxisme de certains enseignants, l’encombrement des classes etc.», explique-t-elle. Et d’ajouter que les parents sont aussi coupables de ne pas savoir résister comme il se doit à certains phénomènes nuisibles à l’enfant comme les écrans par exemple…
La récompense manquante !
Cette maman a bataillé pour que son fils aîné décroche son baccalauréat avec brio. Cependant, même avec seize et demi de moyenne, il n’a pas réussi à accéder aux universités de ses préférences, dont l’école d’architecture et la faculté de médecine. «Ce n’est pas facile, pour un élève qui a passé sa vie à étudier ardument de finir par choisir une filière qui ne correspond pas à ses attentes. C’est aussi décevant pour ses parents», indique-t-elle.
D’un autre côté, Awatef s’étonne des prestations numériques du ministère de tutelle qui invite les parents à opter pour les inscriptions en ligne sans pour autant garantir un site pratique et opérationnel à coup sûr !
L’école de la citoyenneté !
Cette maman lance un appel insistant pour faire de l’éducation, de l’enseignement et de la santé des jeunes générations une priorité absolue. «Je tire la sonnette d’alarme pour attirer l’attention sur la santé psychologique et physique des enfants de nos jours qui seront, forcément, les adultes de demain. Il faut également dispenser une formations continue sur la santé psychologique et physique de l’enfant au profit des instituteurs et des institutrices, notamment ceux fraîchement diplômés.
Avouons que certains enseignants continuent à exercer la violence physique et verbale les élèves, ce qui est indécent», ajoute-t-elle. Elle recommande, aussi, de focaliser sur les activités sociales et environnementales pour inculquer auprès des élèves les principes patriotiques et environnementaux.
«Jadis, la mascotte Labib avait marqué toute une génération et l’avait initiée à la culture environnementale. Il convient de renouer avec ces engagements citoyens car, au final, l’école ne rime pas uniquement avec études mais aussi avec citoyenneté. Il faut apprendre aux enfants à aimer leur pays, leur environnement et à en être responsables», conclut-elle.



