Culture

Journées Musicales de Carthage 2026 : Au rythme d’une Méditerranée en mouvement

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  • 31 août 2026
  • 4 min de lecture
Journées Musicales de Carthage 2026 : Au rythme d’une Méditerranée en mouvement

Les Journées musicales de Carthage (JMC) reprennent, du 3 au 10 octobre 2026,  possession de la cité pour une 11e édition qui s’annonce d’une densité remarquable. Sous la direction artistique du musicien et producteur Mondher Falleh, le festival a choisi cette année d’ancrer sa boussole au cœur du bassin méditerranéen. Un choix fort, pensé comme un pont tendu entre les rives maghrébines, africaines, arabes et européennes.

La Presse — Pour départager les 378 candidatures reçues de tous les continents, le comité de sélection, réunissant des figures connues du paysage académique et artistique telles que Sami Ben Saïd, Saima Samoud, Hedi Fahem et Mohamed Ben Said, a tranché pour 26 projets. 26 univers sonores qui refusent les étiquettes et font de la frontière une matière malléable, certaines mêlant plusieurs expressions à la fois.

Sur les scènes du festival, le jazz n’apparaîtra pas comme un genre figé mais s’affirmera au contraire comme un laboratoire d’expérimentation permanent. Cette année, la programmation s’articule autour de trois respirations majeures, à commencer par une veine académique et expérimentale d’une grande finesse. Le pianiste tunisien Wajdi Riahi, désormais basé en Belgique, y défendra son Wajdi Riahi Trio aux côtés du projet Um/Welt de l’Italien Marco Centasso, tandis que le guitariste français Jim Monneau déploiera toute l’ampleur de son quintet et que la Française Emma Prat livrera sa création intimiste « Le jour où tout ira bien ». La scène contemporaine prendra ensuite le relais avec des pulsations modernes et fiévreuses, portées par l’énergie néo-jazz et fusion du projet INIT d’Altf4, la présence engagée du groupe palestinien Alkalssat venu de Cisjordanie, et la dynamique entraînante de Groove Alert portée par Béchir Jelassi. Enfin, la manifestation s’ouvrira sur une alternative audacieuse qui va puiser directement dans les racines africaines et orientales où l’Egyptienne Youssra El Hawary insufflera toute la délicatesse de son univers dans Taraddud, dialogue subtil entre chanson et jazz alternatif. Le Sénégalais Sahad Sarr y déploiera avec Sahad une énergie brute et solaire, maître d’un afro-jazz généreusement nourri d’afrobeat et de highlife.

C’est peut-être dans sa capacité à triturer le patrimoine pour en faire une matière d’avant-garde que la scène tunisienne brillera le plus lors de cette édition. Ce travail de réappropriation s’exprimera à travers un flirt audacieux avec le sacré et le mystique à travers les projets: « Willia Rebirth – Vol. 2 / Ancestral Call », du groupe Jathb, une véritable messe où le soufisme hypnotique se confronte à l’électronique et aux sonorités cinématiques; « The Sufi Movement (I) » de la formation Dilaw et « Back To My Roots » de Molka qui opère un retour viscéral aux origines. Cette exploration des racines se prolongera sur le terrain des identités nomades et des métissages folk, portée par le groupe Broua dont le projet « Hor El Ensen » () qui dialogue avec le folk méditerranéen contemporain, par le retour très attendu de l’incontournable Gultrah Sound System et son nouveau spectacle « Wahid El Karn », ou encore par « Gameh El Medina » de l’acteur et chanteur Issam Eddine Absi. Enfin, cette effervescence créative s’achève dans des fulgurations rock et un électro-futurisme assumés par l’afro-futurisme percutant de Nuri (Vibes), l’électronica d’avant-pop de Tarek Zarroug (Taroug) et le rock alternatif teinté d’identités nord-africaines de Saharage (Apex Africa) et du groupe Midnight Pin (Geno-Suite).

L’ancrage méditerranéen de cette 11e édition ne s’enfermera dans aucun chauvinisme et ouvrira ses portes aux vents lointains. Pour la première fois de son histoire, le festival accueille le Brésil à travers la voix afropop colorée d’Anna Tréa (Sola 360), installée en Espagne. La France sera présente à travers  la création polyphonique « Voix de Femmes du Monde » de Solak Balik ainsi que les compositions de Neno. Le duo italien Passepartout (Nicoletta Favari et Christopher Salvito) explorera les méandres de l’ambiant minimaliste.

Enfin, la Méditerranée orientale et l’Afrique du Nord vibreront à travers le rock orientalisé du groupe syrien Sarab (SARÃB Mit Warde) et les sonorités amazighes envoûtantes de la Marocaine Leila Chakir (The Leila).

Voilà une belle occasion de prendre le pouls de la création contemporaine de notre belle Méditerranée, et même au-delà.

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Auteur

Meysem MARROUKI

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