Réseaux sociaux et mineurs : le danger de l’attentisme
Dans quelques jours, des centaines de milliers de nos enfants reprendront le chemin de l’école, smartphone en poche pour près de neuf sur dix d’entre eux. Une génération qui passe déjà quatre heures par jour en ligne en période scolaire, six dès les vacances. Pourtant, la question de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux s’impose partout ailleurs.
Un chiffre officiel le confirme : « Environ 76 % des enfants tunisiens de 10 à 17 ans utilisent l’internet, en moyenne 4 heures par jour pendant l’année scolaire et 6 heures pendant les vacances, et près de 90 % ont accès à un smartphone », selon le rapport national sur la situation de l’enfance en Tunisie (édition 2024), présenté en février 2026 par le ministère de tutelle.
Plus grave encore, une enquête menée en ligne par l’Unicef en 2021 montre qu’un adolescent tunisien sur deux dit avoir vécu ou observé une forme de violence en ligne sous forme de cyberharcèlement, de sollicitations sexuelles, ou de contenus violents. Dès février 2026, l’Organisation internationale pour la protection des enfants de la Méditerranée a appelé les autorités à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le ministère des Technologies de la communication évoquait, à son tour, un projet distinct relatif au contrôle des contenus, mais pas à une interdiction par âge. Depuis, aucun calendrier, aucun dépôt au Parlement, juste des mesures d’accompagnement.
Pendant ce temps, l’Australie a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans et plusieurs pays lui emboîtent le pas. Aux États-Unis, Meta a accepté de payer jusqu’à 18 milliards de dollars pour solder des poursuites l’accusant d’avoir conçu des plateformes addictives pour mineurs.
Pourtant, la réponse à cette crise mondiale ne saurait être simpliste. Comme le rappelle d’ailleurs Unicef Tunisie dans son éditorial publié le 27 août . Une interdiction d’âge seule ne réglera pas tout, car elle laisse intacts les algorithmes conçus pour capter l’attention. Or, l’attentisme n’est pas une politique.
L’Unicef Tunisie souligne que la nécessité de protéger les enfants ne doit pas se limiter à restreindre leur accès, mais à bâtir un environnement numérique pensé autour de leurs droits, prenant en compte la sécurité, la santé et le développement, en y associant les enfants eux-mêmes.
Au demeurant, il ne s’agit pas d’interdire à la hâte ni d’espérer que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes. Entre l’interdiction stricte et l’attentisme, notre pays doit définir une politique numérique pragmatique, mesurée et réellement efficace pour protéger ses enfants.



