Culture

May Farouk au « Carthage Off » : Entre classiques et répertoire personnel

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  • 3 septembre 2026
  • 7 min de lecture
May Farouk au « Carthage Off » : Entre classiques et répertoire personnel

Dans un théâtre comble, la star égyptienne a fait son entrée sous de longs applaudissements. Elle a d’emblée charmé le public par son élégance, arborant une robe aux tons écru et doré, d’inspiration pharaonique. Le programme du concert de deux heures et demie a ainsi été varié, entre créations personnelles et reprises. Il y a eu du tarab pour le grand plaisir des amateurs du genre. Les longues introductions musicales, rythmées et soigneusement travaillées, ont séduit le public de tous âges.

La Presse — La star égyptienne May Farouk a retrouvé la scène de Carthage et son public fidèle lors de la soirée du 1er septembre. Après le succès de son concert de l’année dernière, dans le cadre de la 59e  édition du Festival international de Carthage, elle est revenue cette fois pour le «Carthage off». Il s’agit d’une série de spectacles organisés par différentes boîtes privées qui se tient juste après la clôture du festival officiel, et qui compte cette année 11 dates. Une sélection prestigieuse d’artistes tunisiens et arabes est au programme. Le concert de May Farouk a été orchestré en collaboration avec le ministère des Affaires culturelles. D’ailleurs, c’est le maestro Mohamed Lassoued qui a dirigé l’ensemble des musiciens, tout comme l’année dernière.

May Farouk est particulièrement célèbre pour des reprises très réussies du répertoire de sa compatriote, la star légendaire Oum Kalthoum. Des chefs-d’œuvre particulièrement exigeants sur le plan musical, et nécessitant, en plus du talent vocal pur, cette capacité singulière de transmettre les émotions que portent les chansons. Et, c’est là que réside la force de l’interprétation de May Farouk. Les titres d’Oum Kalthoum ont été repris maintes fois par plusieurs artistes, les uns et les autres tentant de ressusciter l’Astre de l’Orient à sa manière, de Georges Wassouf à ses débuts jusqu’à notre compatriote Dorsaf Hamdani. D’innombrables interprètes y ont trouvé matière pour meubler une partie de leurs concerts, ou parfois l’intégralité de la setlist. Nous avons même accueilli récemment Cindy Latti, au Festival international de Hammamet, pour une soirée de reprises de chansons intemporelles de la diva égyptienne.

Le passage de May Farouk à Carthage, l’année dernière, a pourtant suscité quelques critiques dès l’annonce du programme du festival. En fait, certains pensaient à tort qu’elle n’a pas de productions propres à elle et qu’elle se contente du legs d’Oum Kalthoum. Or, son concert de 2025 avait pour objectif essentiel de rendre hommage à la voix emblématique de l’Egypte à l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition. May Farouk a tout de même démontré qu’elle a une sensibilité et un style personnels. Elle a réussi à convaincre et conquérir le public tunisien, ce qui explique la forte affluence à son spectacle du 1er septembre. La setlist était cette fois plus variée, plus rythmée, et bien différente du spectacle de l’année précédente.

Dans un théâtre comble, la star égyptienne a fait son entrée sous de longs applaudissements. Elle a d’emblée charmé le public par son élégance, arborant une robe aux tons écru et doré, d’inspiration pharaonique.

Le concert a été entamé par un couplet de «Men ajl aynayk», un classique d’Oum Kalthoum en arabe littéraire, sorti en 1972. May Farouk a enchaîné avec «Oyoun el alb» de Najet Essaghira qui date de 1983 et marque la rencontre de deux géants de la scène artistique arabe: Abderrahmane Abnoudi pour le texte et une musique de Mohamad Elmougy. Bien que ce fût une version longue de l’œuvre, durant près de 25 minutes, le public l’a accompagnée au chant avec un grand enthousiasme. May Farouk est ensuite passée à son propre répertoire, dont elle a interprété quatre titres alternés avec des reprises. Il y a eu au programme « Aftekerlak eeh », son tube le plus célèbre. Sortie en 2023, une partie de cette chanson a d’abord été lancée par le compositeur Amr Mustapha avec la voix d’Oum Kalthoum recréée par l’IA. La ressemblance avec l’univers artistique de l’Astre de l’Orient a été tellement intrigante que le public a cru que la chanson était bien à elle. Et, c’est ce coup de marketing particulièrement intelligent qui a fait connaitre « Aftekerlak eeh » auprès d’un large public, avant qu’elle ne soit interprétée en entier par May Farouk. De ses œuvres personnelles, la star égyptienne a également chanté « Ye chams ye mnawara ghibi ». C’est le générique phare du feuilleton « Elil we Akhrou », qui a eu un énorme succès en 2003, avec à l’affiche Yahia Fakharani et Nermine Feki. Il y a eu aussi « Habayebna » sortie le mois dernier. Et, l’artiste a davantage conquis les spectateurs à travers une chanson dédiée à la Tunisie que lui a composée Mohamed Lassoued et qu’elle a interprétée sur scène pour la première fois. Elle a même promis de revenir parmi nous lors du prochain spectacle avec une chanson en dialecte tunisien. D’autres reprises de classiques arabes ont été au programme. Ces titres que le public connaît par cœur ont instauré une ambiance de partage chaleureuse. Et, c’est précisément ce que l’expérience des concerts et les interactions en direct avec les artistes apportent de plus par rapport aux enregistrements que l’on écoute en dehors de ces rendez-vous. Il y a eu au programme « Tab Wana mali » de Warda, l’une de ses collaborations les plus célèbres avec Baligh Hamdi. Ce morceau figure sur la bande originale du film « Sawt el hob » datant de 1973. May Farouk a aussi interprété une longue version de «Wehyatak ye habibi». La chanson appartient à l’origine à Sayed Mekkaoui. Elle a été rendue plus célèbre plus tard à travers la reprise de Warda, et on en connaît surtout le couplet « Me tfoutnich ana wahdi » Du répertoire de Najet Essaghira, May Farouk a interprété « Ama brawa » que la star a chanté en 1971 dans le film «Ibnati al aziza ». Un hommage particulièrement émouvant a été rendu à Hany Chaker qui nous a quittés récemment. May Farouk a eu de la peine à retenir ses larmes en racontant comment il l’a soutenue à ses débuts et des souvenirs de soirées où ils ont partagé la scène. « Nesyanak saab akid », une de ses chansons les plus célèbres, a naturellement trouvé sa place dans le programme. « Gana El Hawa », l’un des titres les plus entraînants d’Abdelhalim Hafez, a enflammé les gradins, faisant vibrer le public au rythme de la musique. Et, d’Oum Kalthoum, plusieurs titres emblématiques ont figuré sur la setlist : « Fakarouni », « Esaal rouhak », « Dhalamna el hob », « Enta Omri » et enfin « Alf lila w lila » pour clôturer la soirée en apothéose.

Le programme du concert de deux heures et demie a ainsi été varié, entre créations personnelles et reprises. Il y a eu du tarab pour le grand plaisir des amateurs du genre. Les longues introductions musicales, rythmées et soigneusement travaillées, ont séduit le public de tous âges. Les spectateurs se sont  laissés entraîner par la musique, jusqu’à se lever pour danser au rythme des classiques. La prestation des musiciens tunisiens qui ont accompagné May Farouk est particulièrement à saluer. Une mention spéciale revient au solo au violon de Samir Sghaier.

Le spectacle est une belle réussite dans l’ensemble. L’alchimie entre la star égyptienne et le maestro Mohamed Lassoued était bien palpable. Peut-on alors espérer de nouvelles collaborations, sur scène ou peut-être de futures compositions ?

Le théâtre antique de Carthage accueillera d’autres concerts jusqu’au 15 septembre. Il y aura des spectacles tunisiens fortement appréciés ainsi que des artistes arabes très attendus qui seront de retour après une longue absence.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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