Economie

Xiamen : Le choix chinois pour donner un nouvel élan à l’Accord Bbnj

  • 5 septembre 2026
  • 6 min de lecture
Xiamen : Le choix chinois pour donner un nouvel élan à l’Accord Bbnj

La Chine propose sa ville maritime du Fujian pour accueillir le Secrétariat d’un accord entré en vigueur en janvier 2026. Derrière cette candidature, Pékin met en avant l’expérience environnementale de Xiamen, ses capacités scientifiques et sa conception d’une coopération internationale fondée sur le partage des connaissances.

La Presse — L’océan ne connaît pas de frontières. Sa biodiversité non plus. C’est tout l’enjeu de l’Accord Bbnj, dont le titre officiel est particulièrement explicite : « Accord se rapportant à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale ».

Adopté le 19 juin 2023, l’accord est entré en vigueur le 17 janvier 2026. Une nouvelle étape s’ouvre désormais : après la négociation et l’adoption du cadre juridique, vient celle de sa mise en œuvre. C’est dans ce contexte que la Chine défend la candidature de Xiamen, dans la province du Fujian, pour accueillir le Secrétariat du Bbnj. Le choix de cette ville maritime n’est pas seulement institutionnel.

Il repose sur une combinaison que Pékin entend présenter comme un atout : une longue histoire tournée vers la mer, une expérience de protection des écosystèmes côtiers, des infrastructures scientifiques et une ouverture internationale. La Chine rappelle, par ailleurs, avoir participé au processus de négociation de l’Accord et contribué à son adoption par consensus.

Elle entend aujourd’hui prendre part à sa mise en œuvre en privilégiant la coopération, la recherche scientifique, le renforcement des capacités et le partage des connaissances. L’enjeu est considérable. Les espaces marins situés au-delà des juridictions nationales représentent une grande partie de l’océan mondial et abritent une biodiversité encore largement méconnue. Leur protection suppose donc une coopération qui dépasse les frontières nationales.

Il ne suffit plus de fixer des règles. Il faut pouvoir les appliquer, produire des connaissances, coordonner les recherches, renforcer les capacités des pays qui en ont le plus besoin et permettre aux scientifiques de travailler ensemble.

C’est précisément sur cette capacité de mise en œuvre que la candidature de Xiamen entend se distinguer, selon des sources officielles chinoises.

Une ville façonnée par la mer

Xiamen possède une relation ancienne avec l’océan. Ouverte sur le détroit de Taïwan, la ville s’est développée au fil des siècles grâce au commerce maritime et aux échanges avec l’extérieur. Cette vocation s’est transformée avec la modernisation de la Chine : Xiamen est devenue une importante plateforme portuaire, économique et technologique, tout en conservant une forte identité maritime.

Cette histoire donne à la candidature une dimension concrète. La mer n’est pas, à Xiamen, un objet de politique internationale éloigné de la vie quotidienne. Elle est au cœur de l’économie, de l’urbanisme, de la recherche et de l’environnement. La ville cherche parallèlement à préserver ses écosystèmes côtiers, notamment ses mangroves et sa biodiversité marine. Elle abrite également le dauphin blanc de Chine, espèce emblématique des eaux de la région.

L’expérience de Xiamen permet ainsi à la Chine de défendre une idée centrale : le développement d’une ville maritime et la protection de son environnement ne sont pas nécessairement contradictoires. Cette approche rejoint la politique chinoise de « civilisation écologique », qui place la protection de l’environnement parmi les priorités du développement.

La science au cœur de l’enjeu

Pour le Bbnj, la question scientifique est déterminante. La biodiversité des espaces situés au-delà des juridictions nationales demeure encore imparfaitement connue. Identifier les espèces, comprendre les écosystèmes, mesurer les transformations des océans et évaluer les effets des activités humaines nécessitent des capacités de recherche importantes et une coopération internationale étroite.

Xiamen dispose dans ce domaine d’un environnement universitaire et scientifique développé, auquel s’ajoutent ses infrastructures portuaires et ses capacités de recherche maritime. La candidature chinoise entend mettre cet ensemble au service de la coopération internationale. L’objectif est moins de faire de Xiamen un simple siège administratif que de l’inscrire dans un réseau de recherche, d’échange et de formation.

Car l’efficacité du Bbnj dépendra aussi de la capacité des États à travailler ensemble sur la base de données scientifiques communes. Cette question est particulièrement importante pour les pays en développement, dont les moyens scientifiques et technologiques sont souvent plus limités. Le renforcement des capacités, le transfert de connaissances et la coopération scientifique constituent donc une dimension essentielle de la mise en œuvre de l’Accord. Sur ce terrain, la Chine entend faire valoir ses propres capacités et son expérience en matière de coopération internationale.

Passer du traité à l’action

L’entrée en vigueur du Bbnj marque une rupture. Pendant plusieurs années, l’essentiel du travail était diplomatique : négocier, rechercher des compromis et parvenir à un accord. La priorité est désormais différente. Il s’agit de faire fonctionner le nouveau cadre international. Cela suppose des institutions capables de coordonner les efforts, des scientifiques en mesure de partager leurs travaux, des États disposant des compétences nécessaires et des mécanismes permettant de transformer les engagements internationaux en actions concrètes. C’est à cette étape que Pékin veut inscrire la candidature de Xiamen.

La ville réunit, selon la Chine, plusieurs conditions favorables: une expérience maritime ancienne, une infrastructure portuaire internationale, des institutions scientifiques, une expertise environnementale et une capacité d’accueil tournée vers l’extérieur. Cette combinaison constitue le cœur de son argumentaire. Au-delà du choix d’une ville, la candidature chinoise traduit une conception de la gouvernance des océans. La Chine défend l’idée que la protection de la biodiversité marine ne peut être durable si elle devient un domaine réservé aux pays disposant des plus grandes capacités scientifiques et technologiques.

Elle met donc l’accent sur le multilatéralisme, le partage des connaissances et le renforcement des capacités.

Cette approche prend une importance particulière à un moment où les océans sont devenus à la fois un enjeu environnemental, scientifique et géopolitique majeur.

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

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