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Propreté urbaine : Quand la théorie de la vitre brisée s’installe chez nous

  • 7 septembre 2026
  • 5 min de lecture
Propreté urbaine : Quand la théorie de la vitre brisée s’installe chez nous

Il se trouve que de nos jours, la mode et les plus belles vitrines parisiennes sont l’œuvre de modélistes et stylistes tunisiens.
Mais, dans nos rues, capitale ou villes de l’intérieur, il y a toujours quelque chose à fixer : ces bennes à ordures éventrées, ces saletés qui entourent les lieux, ces trottoirs défoncés, ces stationnements invraisemblables sont là.

La Presse — En dépit de tous les efforts déployés pour mettre de l’ordre. Des milliers de procès-verbaux, des saisies sur-le-champ, cela ne semble pas dissuader ceux qui s’entêtent à créer le grabuge.

Il y a la théorie de la vitre brisée (Broken Windows Theory) : ce concept sociologique démontre que des signes visibles de désordre ou de saleté (comme une vitre brisée ou un détritus au sol) incitent les gens à négliger l’endroit et à y accumuler encore plus de saleté ou de dégradations…

Le problème est donc social. Ces personnes n’ont pas été éduquées. On ne fait rien pour commencer à la base. A l’école, à la maternelle, en famille, cela traîne ou on n’y accorde pas de l’importance.

Mais ce n’est pas toujours aussi sombre.

Un groupe de volontaires s’est organisé pour nettoyer une partie de la plage de Raoued. Il n’y a plus grand monde. Un certain nombre de nouvelles préoccupations sont venues se greffer sur les habitudes estivales. Réveil, petit-déjeuner, rangement des glacières et assaut sur les voitures de service ou les taxis collectifs pour se rendre à la plage.

Une habitude depuis au moins deux mois.

Le groupe se disperse sur la zone choisie. Deux grandes poubelles ont été déposées par les autorités municipales. Elles sont bien visibles. Deux observateurs ont été placés face à ces deux poubelles, les deux vigiles plantent leurs parasols et s’installent pour observer ce qui se passe, le cas échéant, interpeler gentiment les personnes qui, sans gêne, se débarrassent de leurs sachets n’importe comment. Le reste du groupe, énormes sachets en plastique et pinces à la main, entame le nettoyage. C’est encore tôt, mais les vestiges de la veille sont encore là.

Incorrigibles, les baigneurs ont laissé sur place papiers d’emballage souvent pleins de graisse, des restes de melon ou de pastèque, des écorces de grains de courge, des bouteilles en plastique bien sûr, des pots de glace, etc.

Ce qui nous intéressait le plus, c’est ce qui se trouvait autour des poubelles. En effet, ces poubelles étaient à moitié vides, mais les détritus étaient jetés autour.

Il suffit qu’une seule personne ne veuille pas faire un pas de plus et lance son sachet contenant les restes de son camping qui retombe non pas dans la poubelle mais à côté que des dizaines font autant. La saleté appelle la saleté. C’est connu et c’est la raison pour laquelle il faudrait éduquer, rappeler, interpeller pour réduire considérablement ces mauvaises habitudes.

Ce que nous voyons sur les plages est une réplique de ce qui se passe autour des toutes les bennes déposées un peu partout. Bien entendu, nous ne parlons pas du nombre  insuffisant de ces bennes, ou de celles qui sont tordues sans roues et qui finissent par se coucher sur le flanc et se reverser. Les déchets ménagers presque partout, aussi bien au niveau des chefs-lieux que dans les villages, sont des plaies qui défigurent nos villes.

Les citoyens sont certes indisciplinés mais le rythme de l’enlèvement est mal adapté.  On oublie que tout est actuellement emballé dans du papier, du carton ou du plastique. Cela augmente le volume et prend de la place. C’est une des raisons qui fausse les calculs. Dans les grandes cités, les centres-villes, il faudrait instituer un enlèvement des déchets ménagers deux fois par jour. Sinon nous risquons de présenter ce visage peu reluisant qui défigure nos villes. Pour un pays qui reçoit des millions de touristes et qui ambitionne d’en accueillir plus, c’est «toute une politique à revoir».

Notre interlocuteur est actuellement guide et était un ancien cadre municipal. «Je gagne mieux ma vie ainsi et je suis libre de mon temps».

Il sait donc de quoi il ressort. D’ailleurs, c’est son penchant pour les questions de propreté et de nettoyage qu’il a réussi à convaincre un groupe de six jeunes pour faire ce travail de manière quotidienne.

«Personne ne nous oblige à le faire mais nous le faisons par acquit de conscience.  Le Tunisien n’est pas sale, mais il pense que tant que ce n’est pas à l’intérieur de sa maison ou sur le trottoir devant sa maison, tout est permis. Il faut seulement lui rappeler les bonnes manières. Ce qui nous fait plaisir, c’est qu’il y a des jours où presque tout est propre. Nous voyons des familles procéder au nettoyage de ce qu’il y a autour de leur tente. C’est un progrès et cela prouve que c’est possible».

Le responsable d’une des installations estivales autorisées sur la plage a été catégorique : «Il y a plein de gens qui viennent chaque semaine ou plusieurs fois par semaine. Nous faisons remarquer un certain nombre de manquements à la propreté des lieux et nous constatons que ces mêmes personnes sont devenues aussi responsables que nous. Le Tunisien comprend vite. Il suffit de le convaincre».

C’est compris ? Il faut agir et convaincre et non se contenter de critiquer et d’accuser.

Auteur

Kamel GHATTAS

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