Le long métrage d’animation « Daglouta et Machmoum », écrit et réalisé par Latifa Robbana Doghri et produit par Salem Trabelsi, est actuellement en pleine phase de production. Cette semaine, les comédiens se retrouvent en studio pour enregistrer les voix des personnages. Une nouvelle étape dans une aventure qui mérite que l’on s’y arrête, tant la réalisation d’un long métrage d’animation mobilise compétences et savoir-faire.
La Presse — Il y a quelque chose de particulièrement fascinant dans le passage d’un univers littéraire à l’animation. Sur le papier, les personnages existent par les mots, les descriptions et l’imaginaire du lecteur. À l’écran, il faut leur donner des formes, des mouvements, des voix, des expressions, un rythme et une présence. Et lorsque l’on parle d’un long métrage, l’entreprise change encore d’échelle.

« Daglouta et Machmoum » est précisément engagé dans cette transformation. Le film est adapté de l’œuvre littéraire pour enfants de Latifa Robbana Doghri, «Le mystère de la datte d’or», une œuvre primée et traduite en plusieurs langues. La cinéaste en assure elle-même l’écriture et la réalisation, faisant passer son univers du livre au grand écran dans le langage, particulièrement exigeant, de l’animation. Cette semaine, une partie de cette transformation se joue derrière les micros.
Les comédiens sont en studio pour prêter leurs voix aux personnages. Dans l’animation, cette étape est loin d’être secondaire. La voix participe à la construction même du personnage : elle lui donne un tempérament, une énergie, une couleur et une émotion. Il faut trouver le ton juste, le rythme, l’intention, et faire exister un personnage que le comédien ne voit pas nécessairement devant lui comme il le ferait sur un plateau de tournage traditionnel.
La direction des acteurs est assurée par Slah Msaddak. Parmi les comédiens réunis autour du projet figurent Jamal Madani et Alaeddine Chouiref. Le cinéaste Mahdi Hmili se prête, lui aussi, à l’exercice et prête sa voix à l’un des personnages. Un autre terrain de jeu pour un réalisateur qui doit faire vivre un personnage uniquement par la voix.
Cette séquence de production donne surtout à voir la dimension collective d’un film d’animation. Si « Daglouta et Machmoum » explore de nouveaux horizons visuels et s’appuie sur des technologies de pointe, le projet met également en avant ce qui demeure au centre de toute création : les artistes et leurs interprétations.
Car l’animation, malgré les évolutions technologiques qui transforment aujourd’hui ses méthodes de fabrication, reste une somme de gestes, de choix et de sensibilités. Il faut des auteurs, des réalisateurs, des comédiens, des animateurs, des techniciens et toute une chaîne de compétences pour faire passer un récit d’un support à un autre.

Chacun intervient à un moment précis d’un processus qui peut être particulièrement long avant que le film ne rencontre son public.
Pour Latifa Robbana Doghri, cette aventure prolonge un parcours où littérature, image et cinéma se croisent depuis plusieurs années. Après des études de littérature française à Tunis puis en Belgique, elle se spécialise dans l’écriture et l’édition des contes pour enfants avant de poursuivre des études de communication par l’image et les multimédias.
Son parcours cinématographique comprend plusieurs documentaires coréalisés avec Salem Trabelsi. « Bnet el boxe», sélectionné dans plusieurs festivals internationaux, ensuite « Made in Gougou », qui reçoit le prix du meilleur documentaire au Festival du film africain de Louxor, en Égypte, en 2014, puis « Sœurs Courage », produit en 2017, sélectionné à Visions du réel à Nyon et récompensé par le prix du jury au Festival du film de Louxor. En 2018, elle signe le court métrage de fiction « Le Cadeau ». Son dernier long métrage documentaire « Rien sur ma mère » a été sélectionné au Festival du film de Bruxelles.
Avec « Daglouta et Machmoum », elle revient ainsi vers l’univers du conte pour enfants, mais dans une forme et une échelle nouvelles. Pour l’heure, le film est encore en fabrication et il faudra attendre son aboutissement pour découvrir ce que sera cette transposition à l’écran.
Ce que l’on peut déjà observer, en revanche, c’est l’ampleur du chantier : adapter une œuvre littéraire, construire un univers animé, réunir des voix et des talents, et faire dialoguer création humaine et technologies. Une aventure qui, avant même de dévoiler ses images, raconte déjà quelque chose du travail considérable nécessaire pour faire naître un long métrage d’animation.
les coulisses du premier long métrage d’animation tunisien « Daglouta et Machmoum » cliquez ici



